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Guide Anesthésie & Réanimation

Vos droits, votre famille

Consentement, personne de confiance, directives anticipées : des outils pour rester acteur — Face à une anesthésie ou une hospitalisation en réanimation, vous n'êtes pas passif. La loi vous reconnaît des droits précis, et vos proches ont une place réelle dans votre prise en charge.

La loi Kouchner de 2002, puis la loi Leonetti-Claeys de 2016, ont profondément renforcé les droits des patients en France. En anesthésie comme en réanimation, vous n'êtes pas un objet de soins : vous êtes un sujet de droit, avec la capacité de décider, d'être informé et de désigner ceux qui vous représenteront si vous ne pouvez plus le faire vous-même. Connaître ces droits n'est pas une démarche administrative. C'est une façon de rester acteur de ce qui vous arrive à votre corps, même dans les moments où vous n'êtes plus en état de parler. « Le patient doit être informé des risques fréquents ou graves normalement prévisibles. Son consentement libre et éclairé doit être recueilli avant tout acte médical. » — Loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé

Sources :

Le consentement éclairé

Aucun acte médical ne peut être pratiqué sans votre consentement. Ce principe est absolu, sauf urgence vitale où vous êtes dans l'impossibilité d'exprimer votre volonté.

Le consentement éclairé est à la fois un droit fondamental et une obligation légale pour le médecin. Pour qu'il soit valable, trois conditions doivent être réunies : vous devez avoir reçu une information complète et compréhensible, vous devez être en capacité de comprendre cette information, et votre accord doit être libre, sans pression ni contrainte.

Information obligatoire

Le médecin est tenu de vous informer des bénéfices attendus, des risques fréquents ou graves, des alternatives possibles et des conséquences d'un refus. Cette information doit être claire, loyale et adaptée à votre niveau de compréhension. Source : HAS, 2024.

Droit au refus

Vous pouvez refuser tout acte médical, même vital. Le médecin doit respecter ce refus après s'être assuré que vous mesurez les conséquences de votre décision. Votre refus doit être inscrit dans votre dossier médical.

Droit à la non-information

Vous pouvez demander à ne pas être informé d'un diagnostic ou d'un pronostic, sauf si votre ignorance risque de nuire à un tiers. Ce droit, moins connu, est tout aussi garanti par la loi du 4 mars 2002.

Cas de l'urgence

En situation d'urgence vitale où vous ne pouvez pas exprimer votre volonté, les médecins peuvent pratiquer les actes nécessaires à votre survie sans recueillir votre consentement préalable. Ils sont tenus de respecter vos directives anticipées si elles existent.

Le consentement n'est pas un formulaire. Signer un document ne remplace pas le dialogue. Le consentement éclairé est un processus continu : vous pouvez changer d'avis à tout moment, poser de nouvelles questions et revenir sur une décision tant que l'acte n'a pas été réalisé. N'hésitez jamais à dire « j'ai besoin de réfléchir ».

Le saviez-vous ?

Avant 2002, l'obligation d'information du médecin envers son patient était limitée et peu encadrée. C'est la loi Kouchner du 4 mars 2002 qui a consacré le droit à l'information comme un droit fondamental, opposable, inscrit dans le Code de la santé publique. Depuis, le médecin doit apporter la preuve qu'il a bien informé le patient, et non l'inverse.

Source : HAS, guide sur le consentement éclairé, 2024

La personne de confiance

Instaurée par la loi du 4 mars 2002, la personne de confiance est la clé de voûte de votre représentation médicale si vous n'êtes plus en mesure d'exprimer vos volontés.

La personne de confiance est une personne majeure que vous désignez librement par écrit pour vous accompagner dans vos démarches de santé et, si nécessaire, exprimer vos volontés à votre place auprès de l'équipe médicale. Ce peut être un proche (famille, ami) ou votre médecin traitant, mais pas un professionnel de santé qui vous prend en charge au moment de la désignation.

  • Désignation

    Comment désigner sa personne de confiance

    La désignation se fait par écrit, sur un formulaire proposé par l'établissement à l'admission ou sur papier libre. Elle doit être signée par vous et par la personne désignée. Elle est valable pour la durée de l'hospitalisation (sauf indication contraire) et peut être modifiée ou révoquée à tout moment.

  • Rôle

    Ce que la personne de confiance peut faire

    Elle est consultée en priorité si vous ne pouvez plus vous exprimer. Elle témoigne de vos volontés connues, de vos valeurs, de ce qui compte pour vous. Depuis la loi Leonetti-Claeys de 2016, son témoignage prévaut sur celui des autres membres de la famille.

  • Limites

    Ce que la personne de confiance ne peut pas faire

    Elle ne prend pas de décisions à votre place : ce rôle appartient aux médecins, en concertation avec l'équipe soignante. Elle ne peut pas imposer des traitements ou en refuser contre vos directives anticipées. Son rôle est consultatif, pas décisionnel.

  • Conseil

    Parlez-en avant l'hospitalisation

    La désignation de la personne de confiance est plus efficace si elle est faite à tête reposée, bien avant une hospitalisation programmée. Parlez à la personne choisie de vos valeurs et de vos souhaits, notamment de votre rapport à l'acharnement thérapeutique et à la qualité de vie.

Bon à savoir — 85 % des Français souhaitent désigner un représentant. Dans une étude menée dans 78 services de réanimation français, 85 % des personnes interrogées se déclaraient favorables à la désignation d'un représentant en cas d'hospitalisation en réanimation. Pourtant, moins d'un patient sur cinq en a effectivement désigné un. Source : Cairn.info / SRLF, 2022.

Les directives anticipées

Les directives anticipées permettent d'exprimer à l'avance vos volontés concernant votre fin de vie et les soins que vous souhaitez ou refusez, pour le cas où vous ne seriez plus en mesure de les exprimer.

Instaurées par la loi Leonetti de 2005 et renforcées par la loi Leonetti-Claeys de 2016, les directives anticipées s'imposent désormais aux médecins, sauf urgence ou caractère inapproprié dans la situation. Elles ont une durée de validité illimitée et peuvent être modifiées ou révoquées à tout moment par leur auteur.

📄

Formulaire officiel — Directives anticipées

Document du ministère de la Santé, mis à jour en 2023. Gratuit, téléchargeable, utilisable directement ou comme base de rédaction libre.

En savoir plus

Rédigez-les maintenant, pas « plus tard ». Les directives anticipées ne s'adressent pas qu'aux personnes malades ou âgées. Un accident ou une complication chirurgicale imprévue peuvent survenir à tout âge. Les rédiger à tête reposée, quand vous êtes en bonne santé, est la meilleure garantie qu'elles reflètent vraiment vos valeurs.

La famille en réanimation : droits et place

Les proches d'un patient hospitalisé en réanimation ont des droits réels, souvent méconnus. L'évolution des pratiques leur accorde une place de plus en plus centrale dans la prise en charge.

Droit aux visites

La SFAR et la SRLF recommandent depuis 2022 une politique de visites ouvertes, sans restriction d'horaires injustifiée. Si des restrictions vous semblent excessives, vous pouvez demander à rencontrer le médecin responsable ou le cadre de santé du service.

Droit à l'information

Les proches désignés par le patient ont droit à une information régulière sur son état de santé. Les entretiens avec le médecin réanimateur doivent être proposés régulièrement, au moins une fois par semaine selon les recommandations de la SRLF, 2022.

Participation aux soins

Les proches peuvent être invités à participer à certains soins de confort, avec l'accord du patient et de l'équipe. Ces gestes réduisent le delirium et renforcent le lien entre le patient et son entourage. Source : SFAR/SRLF, 2022.

Le saviez-vous ?

Une étude menée dans plusieurs services de réanimation français a montré que la présence prolongée des proches au chevet réduisait de façon significative la durée du delirium et la durée totale du séjour en réanimation. Loin d'être un obstacle pour l'équipe soignante, l'implication des familles est aujourd'hui considérée comme un outil thérapeutique à part entière.

Source : SRLF, conférence de consensus sur l'accueil des familles, 2022

Ressources pour les proches

SRLF Société de Réanimation de Langue Française : recommandations sur l'accueil des familles, guides pour les proches de patients en réanimation. srlf.org

En savoir plus

FAMIREA Groupe de recherche dédié à l'expérience des familles de patients hospitalisés en réanimation. Publications et ressources en accès libre. srlf.org/famirea

En savoir plus

Mon Espace Santé Pour enregistrer vos directives anticipées et les rendre accessibles à tout professionnel de santé qui vous prend en charge. monespacesante.fr

En savoir plus

Service-Public.fr Formulaires officiels pour la désignation de la personne de confiance et la rédaction des directives anticipées. service-public.fr

En savoir plus

Les décisions difficiles en réanimation

Limitation ou arrêt de traitements, sédation profonde, fin de vie en réanimation : ces situations existent et méritent d'être abordées avec clarté, sans tabou.

La réanimation n'a pas pour vocation de maintenir la vie à tout prix. Les équipes médicales sont confrontées régulièrement à des décisions de limitation ou d'arrêt de traitements actifs (LAT) lorsque les soins ne permettent plus d'espérer une récupération compatible avec une qualité de vie acceptable.

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