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Eczéma & psoriasis : comprendre, traiter et vivre au quotidien

2,5 millions de patients atopiques + 2 millions de psoriasiques en France — traitements locaux, biothérapies et qualité de vie

de patients atopiques en France

2,5M

2e maladie de peau la plus fréquente

de psoriasiques en France

2M

soit 3 % de la population adulte

biothérapies remboursées

3

dupilumab, tralokinumab, lébrikizumab

Pr. Marie Tauber

Qu'est-ce que l'eczéma atopique et le psoriasis, deux dermatoses inflammatoires chroniques majeures ?

L'eczéma atopique (dermatite atopique) et le psoriasis sont les deux dermatoses inflammatoires chroniques les plus fréquentes en France. L'eczéma atopique touche 2,5 millions de Français et constitue la 2e maladie de peau la plus fréquente (SFD 2024). Le psoriasis concerne environ 2 millions de personnes, soit 3 % de la population adulte. Ces deux maladies partagent un impact majeur sur la qualité de vie : démangeaisons, perturbation du sommeil, stigmatisation sociale et retentissement psychologique.

📋En bref — Points clés à retenir

4,5M de patients en France

2,5M d'eczéma atopique + 2M de psoriasis

Biothérapies disponibles

Dupilumab, tralokinumab, lébrikizumab (eczéma) ; anti-IL-17/23 (psoriasis)

Impact majeur sur la qualité de vie

Sommeil, travail, vie sociale affectés

Nouvelles recommandations 2024

GREAT / SFD actualisées en décembre 2024

La prise en charge a été révolutionnée ces dernières années par l'arrivée des biothérapies (anticorps monoclonaux ciblant les interleukines) et des inhibiteurs de JAK (Janus Kinase). Les recommandations françaises du GREAT (Groupe de Recherche sur l'Eczéma ATopique) et de la SFD ont été actualisées en décembre 2024, intégrant ces nouvelles molécules dans les stratégies thérapeutiques.

Signes d'alerte — Quand consulter en urgence

Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate

Eczéma herpeticum (syndrome de Kaposi-Juliusberg)

Urgence — appelez le 15

Surinfection herpétique d'un eczéma : vésicules groupées en bouquets sur les plaques d'eczéma, fièvre, altération de l'état général. Complication rare mais grave nécessitant un traitement antiviral (aciclovir IV) en urgence. Potentiellement mortel sans traitement.

Érythrodermie (rougeur généralisée > 90% du corps)

Urgence dermatologique

Extension massive d'un psoriasis ou eczéma couvrant > 90 % de la surface corporelle. Risque de déshydratation, hypothermie et surinfection. Hospitalisation en dermatologie pour soins locaux intensifs et traitement systémique.

Surinfection bactérienne étendue

Consulter en urgence

Croûtes jaunâtres (impétigo), suintement purulent, fièvre, adénopathies : surinfection à staphylocoque ou streptocoque d'un eczéma. Nécessite une antibiothérapie par voie orale et des soins locaux adaptés.

Psoriasis pustuleux généralisé

Hospitalisation urgente

Apparition brutale de pustules stériles sur fond érythémateux généralisé, fièvre, malaise général. Forme rare mais sévère nécessitant une hospitalisation et un traitement systémique en urgence.

Démangeaisons intenses perturbant le sommeil > 2 semaines

Consulter rapidement

Prurit nocturne entraînant un manque de sommeil chronique, avec retentissement sur le travail, l'humeur et la concentration. Signe d'un eczéma ou psoriasis insuffisamment contrôlé nécessitant une réévaluation thérapeutique.

Eczéma atopique : la maladie, ses causes et son évolution

L'eczéma atopique (ou dermatite atopique) est une maladie inflammatoire chronique de la peau liée à une anomalie de la barrière cutanée et à une dérégulation du système immunitaire (réponse Th2 excessive). Elle touche 15-20 % des enfants et 2-5 % des adultes en France.

Physiopathologie

L'anomalie centrale est un défaut de la barrière cutanée (mutation du gène de la filaggrine dans 30 % des cas), qui permet la pénétration d'allergènes et d'irritants, déclenchant une réponse inflammatoire dominée par les interleukines IL-4 et IL-13. Ce cercle vicieux entretient la sécheresse cutanée, le prurit et les poussées.

Formes cliniques selon l'âge

  • Nourrisson (3 mois - 2 ans) : plaques rouges suintantes du visage (joues, front), cuir chevelu. Respect de la zone centro-faciale. Amélioration spontanée dans 60 % des cas avant l'âge de 6 ans.
  • Enfant (2-12 ans) : atteinte des plis (coudes, genoux, poignets), sécheresse cutanée diffuse. Lichénification (épaississement de la peau par grattage chronique).
  • Adolescent / Adulte : eczéma des mains, du visage (paupières), du cou. Formes sévères résistantes justifiant les biothérapies. L'eczéma de l'adulte est souvent sous-diagnostiqué et banalisé.

La marche atopique : l'eczéma atopique du nourrisson est souvent suivi d'asthme (30 %) et de rhinite allergique (50 %). Ce concept de « marche atopique » est aujourd'hui nuancé : les trois maladies partagent un terrain commun mais n'évoluent pas systématiquement l'une vers l'autre.

Psoriasis : une maladie auto-immune systémique

Le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique à médiation immunitaire touchant 2-3 % de la population mondiale. Ce n'est pas une simple maladie de peau : c'est une maladie systémique associée à un risque cardiovasculaire accru, un rhumatisme psoriasique (30 % des cas), et un syndrome métabolique.

Les formes cliniques

  • Psoriasis en plaques (vulgaire) : 80 % des cas. Plaques rouges bien limitées, couvertes de squames blanchâtres, localisées aux coudes, genoux, cuir chevelu, région lombaire.
  • Psoriasis en gouttes : petites papules disséminées, souvent post-angine streptococcique chez l'enfant/adolescent. Bon pronostic.
  • Psoriasis inversé : atteinte des plis (inguinaux, axillaires, sous-mammaires). Plaques rouges lisses, peu squameuses. Diagnostic différentiel avec les mycoses.
  • Psoriasis palmoplantaire : handicapant fonctionnellement. Fissures douloureuses des mains et pieds.
  • Psoriasis unguéal : ongles ponctués (dés à coudre), onycholyse, épaississement. Touche 50 % des psoriasiques.
  • Rhumatisme psoriasique : arthrite inflammatoire associée (30 % des cas). Douleurs articulaires matinales, dactylites (doigts en saucisse), enthésite. Nécessite une prise en charge rhumatologique.

Facteurs déclencheurs des poussées

Stress (50 % des cas), infections (angines), médicaments (bêtabloquants, lithium, arrêt de corticoïdes systémiques), traumatismes cutanés (phénomène de Koebner), alcool, tabac, climat froid et sec.

Traitements : des crèmes aux biothérapies de dernière génération

La stratégie thérapeutique est graduée selon la sévérité, mesurée par le SCORAD (eczéma) ou le PASI (psoriasis).

Palier 1 — Traitements locaux (formes légères à modérées)

  • Émollients : pierre angulaire du traitement de l'eczéma. Application quotidienne, toute l'année, même en dehors des poussées. Restaurent la barrière cutanée.
  • Dermocorticoïdes : traitement de référence des poussées. 4 classes de puissance (faible à très forte). Utilisés par 83 % des patients atopiques (baromètre 2024). Pas de risque de dépendance aux doses recommandées.
  • Inhibiteurs de la calcineurine topiques (tacrolimus) : alternative aux dermocorticoïdes sur le visage et les plis. Pas d'atrophie cutanée.
  • Analogues de la vitamine D + corticoïdes (psoriasis) : calcipotriol + bétaméthasone, traitement local de référence du psoriasis en plaques.

Palier 2 — Traitements systémiques conventionnels (formes modérées à sévères)

  • Photothérapie (UVB à spectre étroit) : efficace dans le psoriasis et l'eczéma. 2-3 séances/semaine pendant 8-12 semaines. Disponible en milieu hospitalier.
  • Méthotrexate : immunomodulateur de référence pour le psoriasis modéré à sévère. 7,5-25 mg/semaine. Surveillance hépatique et hématologique obligatoire.
  • Ciclosporine : immunosuppresseur puissant. Action rapide (2-4 semaines). Durée limitée à 2 ans (néphrotoxicité). Utilisée en traitement de relais.

Palier 3 — Biothérapies et nouvelles molécules

  • Eczéma — Anti-IL-4/IL-13 : dupilumab (Dupixent®, 1re biothérapie remboursée), tralokinumab (Adtralza®), lébrikizumab (Ebglyss®, 2025). Efficacité > 70 % à 16 semaines.
  • Eczéma — Inhibiteurs de JAK : baricitinib, upadacitinib, abrocitinib. Voie orale. Efficacité rapide (2 semaines). Surveillance cardiovasculaire et infectieuse.
  • Psoriasis — Anti-IL-17 : sécukinumab, ixékizumab, bimékizumab. PASI 90 atteint chez 60-70 % des patients.
  • Psoriasis — Anti-IL-23 : guselkumab, risankizumab, tildrakizumab. Injection toutes les 8-12 semaines. Profil de sécurité excellent.
  • Psoriasis — Anti-TNF : adalimumab, infliximab, étanercept. 1re génération de biothérapies, toujours utilisée notamment si rhumatisme psoriasique associé.

Vivre au quotidien : sommeil, travail et bien-être psychologique

L'impact de l'eczéma et du psoriasis sur la qualité de vie est souvent comparable à celui du diabète ou du cancer (score DLQI). Le retentissement touche tous les aspects de la vie quotidienne.

Sommeil

Le prurit nocturne est le symptôme le plus invalidant de l'eczéma atopique. Il touche 60-80 % des patients et entraîne une dette de sommeil chronique (perte estimée à 2h/nuit en poussée). Les conséquences : fatigue diurne, difficultés de concentration, irritabilité, retentissement scolaire chez l'enfant. Les traitements antiprurigineux et les biothérapies améliorent significativement le sommeil dès les premières semaines.

Vie sociale et professionnelle

La visibilité des lésions (mains, visage, cuir chevelu) est source de stigmatisation et de honte. 30 % des patients psoriasiques rapportent un impact professionnel (arrêts de travail, discrimination). L'eczéma des mains est une cause fréquente de maladie professionnelle (coiffeurs, soignants, agents d'entretien). La reconnaissance en maladie professionnelle est possible (tableau 65 du régime général).

Accompagnement psychologique

Le risque de dépression est multiplié par 1,5 à 2 chez les patients atteints de psoriasis sévère. L'anxiété touche 30-40 % des patients atopiques. L'accompagnement psychologique (thérapies cognitivo-comportementales, groupes de patients) fait partie intégrante de la prise en charge. Les associations de patients (Association Française de l'Eczéma, France Psoriasis) offrent soutien, information et plaidoyer.

Éducation thérapeutique

Les programmes d'éducation thérapeutique du patient (ETP) en dermatologie sont dispensés par les CHU et certains centres spécialisés. Ils apprennent aux patients à appliquer correctement les traitements locaux, gérer les poussées, identifier les facteurs déclencheurs et vivre avec une maladie chronique.

Bon à savoir — Eczéma & psoriasis

L'eczéma atopique touche 2,5 millions de Français (2e maladie de peau). Le psoriasis concerne 2 millions de personnes (3 % de la population). Trois biothérapies sont remboursées pour l'eczéma sévère en France (dupilumab, tralokinumab, lébrikizumab). Pour le psoriasis, les anti-IL-17 et anti-IL-23 atteignent un PASI 90 chez 60-70 % des patients. Les nouvelles recommandations GREAT/SFD 2024 intègrent ces innovations dans les stratégies thérapeutiques.

Source : SFD 2024, GREAT 2024, Baromètre eczéma 2024, Association Française de l'Eczéma

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Questions fréquentes

Les réponses aux questions les plus posées par les patients

Sources & méthodologie

  • [1]SFD — Société Française de Dermatologie (2024)
  • [2]GREAT — Recommandations dermatite atopique (2024)
  • [3]Association Française de l'Eczéma — Baromètre 2024 (2024)
  • [4]France Psoriasis — Données épidémiologiques (2024)
  • [5]EADV — European guidelines on atopic eczema (2024)

Dernière mise à jour : Mars 2026

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Données patients vérifiées • Mise à jour Mars 2026