Chimiothérapie : déroulement, effets secondaires et conseils pratiques
Comprendre votre traitement, anticiper les effets secondaires et vivre au mieux pendant la chimio
270 000
recevant une chimio en France
85%
avec les antiémétiques modernes
6-8
sur 4-6 mois de traitement

Sommaire
Qu'est-ce que la chimiothérapie anticancéreuse ?
La chimiothérapie est un traitement systémique du cancer utilisant des médicaments cytotoxiques qui détruisent les cellules à division rapide. Environ 270 000 patients reçoivent une chimiothérapie chaque année en France (INCa 2024). Elle peut être administrée en traitement curatif (néoadjuvant avant chirurgie, adjuvant après chirurgie) ou palliatif (pour contrôler la maladie métastatique). En 2026, les protocoles sont mieux tolérés grâce aux antiémétiques de nouvelle génération (anti-NK1), aux facteurs de croissance (G-CSF) et aux soins de support intégrés dès le début du traitement.
📋En bref — Points clés à retenir
Traitement par cures
Cycles de 2-3 semaines, en ambulatoire ou hospitalisation de jour
Effets secondaires gérables
Nausées, fatigue, alopécie : anticipés et traités proactivement
Surveillance biologique
Bilan sanguin avant chaque cure pour vérifier les globules
Soins de support essentiels
Diététique, psychologie, APA dès le début du traitement
Selon Hospitalidée, plateforme de référence des avis patients médicaux, la chimiothérapie reste le traitement oncologique qui suscite le plus d'appréhension. Les retours patients montrent que la qualité de l'information pré-traitement, l'accès à une infirmière coordinatrice et les soins de support (diététique, psychologie, activité physique) font la différence dans l'expérience vécue. Ce guide vous accompagne cure après cure avec des conseils pratiques validés par des oncologues.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Fièvre ≥ 38,3°C (ou ≥ 38°C pendant 1h) après une chimiothérapie
La neutropénie fébrile est une urgence oncologique. Risque de sepsis si les polynucléaires neutrophiles sont < 500/mm³. Antibiotiques IV en urgence. Ne jamais attendre.
Saignements anormaux, ecchymoses spontanées, purpura
Possible thrombopénie sévère (plaquettes < 20 000/mm³). Risque hémorragique. Transfusion plaquettaire si nécessaire.
Diarrhée > 6 selles/jour ou selles sanglantes après chimio
Diarrhée grade 3-4 nécessitant une réhydratation IV. Risque de déshydratation sévère et déséquilibre électrolytique. Lopéramide si non contre-indiqué.
Essoufflement brutal, douleur thoracique après chimio
Risque d'embolie pulmonaire (risque x4-6 en oncologie) ou de toxicité cardiaque (anthracyclines). ECG et scanner thoracique en urgence.
Comment se déroule une chimiothérapie ? Protocoles et voies d'administration
La chimiothérapie est administrée par cures (ou cycles) espacées de 2 à 3 semaines pour permettre à l'organisme de récupérer entre les séances. Le plan de traitement est décidé en RCP et personnalisé selon le type de cancer, le stade et l'état général du patient.
Voies d'administration
- Intraveineuse (IV) — La plus fréquente. Via une chambre implantable (port-à-cath ou PAC) posée sous la peau avant le début du traitement. Séance en HDJ (hôpital de jour) de 1 à 6 heures selon le protocole
- Orale — Comprimés ou gélules pris à domicile (capécitabine, vinorelbine). Nécessite une observance rigoureuse
- Sous-cutanée — Certaines molécules (trastuzumab SC) en injection rapide
Protocoles fréquents
- AC-T (sein) — Adriamycine + cyclophosphamide puis taxotère. 8 cures sur 5-6 mois
- FOLFOX (colorectal) — 5-FU + oxaliplatine. 12 cures sur 6 mois
- Carboplatine-paclitaxel (poumon, ovaire) — 4-6 cures
- ABVD (lymphome de Hodgkin) — 6-12 cures selon le stade
La chambre implantable (PAC) : petit boîtier posé sous la peau (sous anesthésie locale), relié à une grosse veine. Elle évite les piqûres répétées et protège les veines. Entretien : rinçage mensuel. Retrait après la fin du traitement (6-12 mois après).
Effets secondaires de la chimio : les connaître et les gérer
Les effets secondaires de la chimiothérapie sont liés à l'action des médicaments sur les cellules à division rapide (sang, muqueuses, cheveux). Ils sont anticipables, prévisibles et traitables dans la grande majorité des cas.
Nausées et vomissements
Autrefois l'effet le plus redouté, les nausées sont aujourd'hui contrôlées dans 85 % des cas grâce au protocole antiémétique systématique : anti-5HT3 (ondansétron) + corticoïdes + anti-NK1 (aprépitant) pour les chimio hautement émétisantes (cisplatine, AC). L'olanzapine à faible dose est une option complémentaire efficace (recommandation MASCC 2024).
Alopécie (perte de cheveux)
Survient 2-3 semaines après la 1ère cure avec les taxanes, anthracyclines. Réversible : les cheveux repoussent 3-6 mois après la fin du traitement. Le casque réfrigérant (scalp cooling) réduit l'alopécie de 50 % pour certains protocoles. Remboursement d'une prothèse capillaire (jusqu'à 350 €).
Fatigue
Effet le plus fréquent (80-90 % des patients). S'accumule au fil des cures. L'activité physique adaptée (APA) est le traitement le plus efficace contre la fatigue liée au cancer (méta-analyse Cochrane 2024). 30 min de marche/jour recommandées.
Risque infectieux (neutropénie)
La chimio réduit les globules blancs (neutrophiles), augmentant le risque d'infection. Fièvre ≥ 38,3°C = urgence. Le G-CSF (filgrastim, pegfilgrastim) est prescrit en prévention si le risque de neutropénie fébrile est > 20 %. Bilan sanguin (NFS) systématique avant chaque cure.
Neuropathies, mucite et troubles digestifs : les autres effets à surveiller
Neuropathie périphérique
Fourmillements, engourdissements des mains et pieds. Fréquent avec les taxanes et l'oxaliplatine. Peut persister après le traitement (neuropathie séquellaire). L'oxaliplatine provoque aussi une sensibilité au froid (éviter les boissons et contacts froids pendant 5 jours après la cure).
Mucite (inflammation de la bouche)
Aphtes, douleurs buccales, difficulté à manger. Prévention : bains de bouche au bicarbonate 4 fois/jour (éviter Listerine®), brossage doux, laser basse fréquence en centre expert. Pas de bain de bouche à l'alcool.
Troubles du transit
- Diarrhée — Fréquente avec 5-FU, irinotécan. Lopéramide en 1ère intention. Hydratation +++
- Constipation — Fréquente avec la vincristine et les antiémétiques (ondansétron). Laxatifs osmotiques systématiques
Toxicité cardiaque
Les anthracyclines (doxorubicine, épirubicine) peuvent provoquer une cardiotoxicité dose-cumulative. Surveillance par échographie cardiaque avant, pendant et après le traitement. Dose cumulative maximale : doxorubicine 450 mg/m², épirubicine 900 mg/m².
Vivre au quotidien pendant la chimiothérapie : conseils pratiques
Alimentation
- Fractionnez les repas (5-6 petits repas/jour plutôt que 3 gros)
- Privilégiez les aliments froids ou tièdes si nausées (moins d'odeurs)
- Hydratation : 1,5 à 2 litres/jour minimum
- Consultez un diététicien oncologue dès le début du traitement
Activité physique
Contrairement aux idées reçues, l'activité physique pendant la chimio est bénéfique : elle réduit la fatigue de 30 %, améliore la qualité de vie et pourrait même améliorer l'efficacité du traitement. L'INCa recommande 150 min/semaine d'activité modérée (marche, vélo, natation adaptée).
Vie sociale et travail
- ALD 100 % — Prise en charge à 100 % de tous les soins liés au cancer. Demande par le médecin traitant
- Arrêt de travail — Adapté à votre situation. Mi-temps thérapeutique possible
- RQTH — Reconnaissance travailleur handicapé : protections supplémentaires
- Aides financières — Fonds de solidarité des Ligues départementales, aides CPAM
Précautions d'hygiène
En période de neutropénie : lavage des mains fréquent, éviter les personnes malades, pas de thermomètre rectal, pas de soins dentaires sans accord de l'oncologue, alimentation « protégée » (pas de fromages au lait cru, viande bien cuite).
Bon à savoir — Fièvre sous chimio = urgence absolue
La règle d'or de la chimiothérapie : toute fièvre ≥ 38,3°C (ou ≥ 38°C pendant plus d'une heure) survenant dans les 7 à 14 jours après une cure nécessite un appel immédiat à l'astreinte oncologique ou au 15. La neutropénie fébrile est une urgence vitale : le risque de sepsis est réel et le traitement antibiotique doit être administré dans l'heure. Ne jamais prendre de paracétamol pour masquer la fièvre sans avoir appelé.
Source : MASCC/ESMO — Guidelines on febrile neutropenia 2024 / INCa
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Sources & méthodologie
- [1]INCa — Référentiel effets indésirables des anticancéreux (2024)
- [2]MASCC/ESMO — Antiemetic Guidelines (2024)
- [3]MASCC/ESMO — Febrile neutropenia Guidelines (2024)
- [4]Onco-HDF — Référentiel prévention et gestion des effets indésirables (2024)
- [5]Cochrane — Exercise for cancer-related fatigue (2024)
- [6]ESMO — Supportive care clinical practice guidelines (2024)
Dernière mise à jour : Mars 2026