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Guide Dermatologie

Des crèmes aux biothérapies

Comment on soigne la peau aujourd'hui

Les traitements dermatologiques ont considérablement évolué en vingt ans. Des soins locaux quotidiens aux injections ciblées, en passant par la photothérapie et la chirurgie, chaque pathologie dispose aujourd'hui d'un arsenal thérapeutique précis et souvent bien toléré.

📅 Mis à jour : avril 2026 ✍️ Équipe Hospitalidée 📚 HAS · Inserm · Ameli.fr
« En dermatologie, le traitement local bien conduit reste souvent aussi efficace que le traitement systémique, à condition qu'il soit correctement appliqué. » — Pr Marie-Aleth Richard, dermatologue, CHU de Marseille, 2023

En dermatologie, la stratégie thérapeutique suit une logique de paliers : on commence par le moins invasif, on adapte en fonction de la réponse. Les traitements locaux (crèmes, gels, pommades) restent la pierre angulaire de la prise en charge de la plupart des maladies cutanées. Les traitements systémiques et les biothérapies sont réservés aux formes modérées à sévères ou résistantes.

Ce que beaucoup de patients ne savent pas : il existe souvent plusieurs galéniques (formes pharmaceutiques) pour un même traitement. Si une crème vous convient mal, parlez-en à votre dermatologue : un gel ou une lotion peut changer l'adhérence au traitement, et donc son efficacité.

Les traitements locaux

Appliqués directement sur la peau, les traitements locaux sont la première ligne de soin pour la quasi-totalité des maladies dermatologiques. Leur efficacité dépend beaucoup de la régularité et de la technique d'application.

Les dermocorticoïdes (corticoïdes en application locale) sont les traitements anti-inflammatoires cutanés les plus prescrits au monde. Ils sont indiqués dans l'eczéma, le psoriasis, le lichen et de nombreuses dermatoses inflammatoires. Il en existe quatre classes de puissance (I à IV), adaptées à la localisation et à la sévérité.

Points clés pour bien les utiliser :

  • Appliquer une couche fine sur la lésion uniquement, pas sur la peau saine environnante
  • La quantité se mesure en « unités du bout du doigt » (UBD) : une UBD correspond à la quantité de crème sur le dernier segment de l'index adulte, soit environ 0,5 g
  • Ne jamais arrêter brutalement un traitement au long cours : une décroissance progressive est recommandée
  • Les effets indésirables (atrophie, vergetures, télangiectasies) n'apparaissent qu'en cas d'utilisation prolongée et inappropriée

Source : HAS, recommandations sur l'utilisation des dermocorticoïdes, 2023.

Les émollients sont des produits hydratants et restructurants de la barrière cutanée. Leur application quotidienne est une composante thérapeutique à part entière dans l'eczéma et le psoriasis. Ils réduisent la fréquence et l'intensité des poussées et diminuent les besoins en dermocorticoïdes.

Règle d'or : appliquer l'émollient quotidiennement, y compris en dehors des poussées, sur l'ensemble du corps. L'application sur peau légèrement humide (après la douche) améliore la pénétration. Source : HAS, 2023.

Les rétinoïdes locaux (trétinoïne, adapalène, rétinaldéhyde) sont des dérivés de la vitamine A. Ils régulent le renouvellement cellulaire épidermique et ont une action comédolytique (contre les points noirs) et anti-inflammatoire.

Précautions importantes :

  • Application le soir uniquement : les rétinoïdes sont photosensibilisants
  • Une protection solaire SPF 50 est indispensable le matin pendant toute la durée du traitement
  • Une irritation initiale (rougeurs, desquamation) est normale les 2 à 4 premières semaines : elle ne signifie pas intolérance
  • Contre-indiqués pendant la grossesse sous toutes leurs formes

Source : HAS, recommandations acné, 2022.

Le tacrolimus (Protopic) et le pimécrolimus (Elidel) sont des immunomodulateurs locaux indiqués dans la dermatite atopique modérée à sévère. Ils constituent une alternative précieuse aux dermocorticoïdes pour les zones sensibles (visage, paupières, plis) où une application prolongée de corticoïdes est déconseillée.

Leur principal avantage : ils ne provoquent pas d'atrophie cutanée, même en utilisation prolongée. Ils peuvent être utilisés en traitement d'entretien (deux applications par semaine) pour prévenir les poussées. Source : HAS, 2023.

Le saviez-vous ?

La corticophobia, c'est-à-dire la peur excessive des corticoïdes locaux, est documentée chez 30 à 80 % des patients selon les études. Elle conduit à sous-traiter les poussées d'eczéma, ce qui aggrave la maladie et finit par nécessiter des traitements plus lourds. Si vous avez des inquiétudes sur votre traitement local, parlez-en à votre dermatologue plutôt que de l'interrompre seul(e).

Source : Journal of Allergy and Clinical Immunology, 2022
L'automédication locale a ses limites. Utiliser un dermocorticoïde sur une lésion infectieuse, ou un antifongique sur un eczéma, peut aggraver la situation. En cas de doute sur la nature d'une lésion, consultez avant de traiter.

Les traitements systémiques

Pris par voie orale ou injectable, les traitements systémiques agissent sur l'ensemble de l'organisme. Ils sont prescrits pour les formes modérées à sévères de maladies dermatologiques chroniques, ou quand les traitements locaux ne suffisent plus.

Traitement Indications principales Points de vigilance
Isotrétinoïne (Roaccutane) Acné sévère nodulo-kystique ou résistante Tératogène : contraception obligatoire. Bilan hépatique mensuel. Photosensibilisation.
Méthotrexate Psoriasis modéré à sévère, dermatomyosite Prise hebdomadaire (pas quotidienne). Supplémentation en acide folique. Bilan hépatique et NFS réguliers.
Ciclosporine Eczéma sévère, psoriasis en poussée aiguë Néphrotoxique sur le long terme. Tension artérielle à surveiller. Utilisation limitée dans le temps.
Acitrétine Psoriasis pustuleux, ichtyoses, kératodermies Très tératogène : contraception pendant le traitement et 3 ans après l'arrêt chez la femme. Sécheresse cutanée et muqueuse.
Un suivi biologique régulier est systématique. Ces traitements nécessitent des bilans sanguins avant l'instauration et à intervalles réguliers. Ce suivi n'est pas une formalité : il permet de détecter précocement d'éventuels effets indésirables et d'ajuster les doses si nécessaire.

Les biothérapies

Depuis les années 2000, les biothérapies ont transformé la prise en charge des maladies dermatologiques sévères. Ces médicaments biologiques ciblent des molécules précises de l'inflammation, avec une efficacité et une tolérance bien supérieures aux anciens immunosuppresseurs.

Anti-IL-17 et anti-IL-23

Sécukinumab, ixékizumab, guselkumab, risankizumab. Indiqués dans le psoriasis modéré à sévère. Permettent d'atteindre une peau quasi-normale chez plus de 70 % des patients. Injection sous-cutanée toutes les 2 à 12 semaines selon la molécule. Source : HAS, 2024.

Anti-IL-4/IL-13 (dupilumab)

Le dupilumab (Dupixent) a révolutionné la prise en charge de la dermatite atopique sévère. Remboursé en France depuis 2019 chez l'adulte, depuis 2022 dès 6 mois pour les formes sévères de l'enfant. Injection sous-cutanée toutes les 2 semaines. Source : HAS, 2022.

Anti-TNF

Étanercept, adalimumab, infliximab. Utilisés dans le psoriasis et le rhumatisme psoriasique. Plus de 20 ans de recul offrent un profil de sécurité bien documenté. Nécessitent un dépistage préalable de la tuberculose et des hépatites.

Inhibiteurs de JAK

Baricitinib, abrocitinib, upadacitinib en voie orale pour l'eczéma sévère. Ruxolitinib en crème pour l'eczéma modéré et la pelade. Ces molécules représentent la génération la plus récente, avec des résultats remarquables dans les formes résistantes aux biothérapies injectables. Source : HAS, 2023.

Le saviez-vous ?

Avant 2000, un patient atteint de psoriasis sévère pouvait passer des années à alterner des traitements dont l'efficacité s'essoufflait. Aujourd'hui, grâce aux biothérapies ciblées, plus de 70 % des patients atteignent une rémission quasi-complète. Ces traitements sont remboursés à 100 % dans le cadre d'une affection de longue durée (ALD) et peuvent être auto-injectés à domicile après une courte formation.

Source : HAS, rapport sur les biothérapies en dermatologie, 2024
Une biothérapie, c'est accessible. Ces traitements sont prescrits et suivis par le dermatologue, et remboursés à 100 % dans le cadre d'une ALD. L'initiation se fait souvent en hôpital de jour, puis le patient s'auto-injecte à domicile après formation.

Les actes techniques en cabinet

Le dermatologue ne prescrit pas seulement : il pratique aussi. De nombreux actes diagnostiques et thérapeutiques se réalisent directement en consultation, souvent en quelques minutes.

Diagnostique
La dermoscopie
Examen à la loupe polarisée (dermatoscope) qui permet d'analyser les structures profondes d'une lésion pigmentée sans biopsie. Il améliore la sensibilité diagnostique de 30 % par rapport à l'examen à l'oeil nu. Source : HAS, 2022.
Diagnostique
La biopsie cutanée
Prélèvement d'un fragment de peau sous anesthésie locale pour analyse anatomopathologique. Acte simple, réalisé en consultation en quelques minutes. Indispensable pour confirmer un diagnostic de mélanome, de lymphome cutané ou de toute dermatose inclassable cliniquement.
Thérapeutique
La cryothérapie
Application d'azote liquide sur une lésion pour la détruire par congélation. Traitement de référence pour les verrues, les kératoses actiniques, les molluscums et certains carcinomes superficiels. Rapide, sans anesthésie, avec un résultat visible en 2 à 4 semaines.
Thérapeutique
La photothérapie (UVB)
Exposition contrôlée aux ultraviolets B (UVB) en cabine médicalisée. Traitement de deuxième intention pour le psoriasis, l'eczéma sévère, le vitiligo et certains lymphomes cutanés. Nécessite 2 à 3 séances par semaine pendant 6 à 8 semaines. Source : HAS, 2023.
Thérapeutique
La chirurgie dermatologique
Exérèse de lésions tumorales (mélanome, carcinome), de kystes sébacés, de lipomes ou de cicatrices. Se pratique sous anesthésie locale en cabinet ou en hôpital de jour. Le dermatologue peut assurer lui-même l'acte opératoire et le suivi cicatriciel.

Bien suivre son traitement dermatologique

L'efficacité d'un traitement dépend autant de sa prescription que de son application. En dermatologie, la mauvaise adhérence au traitement est l'une des premières causes d'échec thérapeutique.

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La régularité avant tout
Un émollient appliqué une fois par semaine n'a aucun effet. Un dermocorticoïde arrêté dès amélioration entraîne une rechute rapide. La régularité est la condition d'efficacité numéro un de tous les traitements locaux. Un rappel sur téléphone peut aider à créer l'habitude.
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Signaler ce qui gêne
Une crème trop grasse, une odeur désagréable, une texture qui s'étale mal : ce sont des raisons légitimes d'en parler à son dermatologue. Il existe souvent plusieurs galéniques (crème, lotion, gel, mousse) pour un même principe actif. L'observance commence par un traitement qu'on accepte d'appliquer.
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Le traitement d'entretien
Pour l'eczéma et le psoriasis, un traitement proactif (applications préventives 2 fois par semaine sur les zones habituellement touchées, même sans lésions) réduit de 50 % le nombre de poussées. C'est une stratégie validée, recommandée par la HAS depuis 2021.
Pour les proches. Accompagner quelqu'un dans son traitement dermatologique, c'est parfois aider à appliquer une crème dans le dos, rappeler l'heure de la prise, ou simplement ne pas minimiser la contrainte que représente un soin quotidien pour une maladie invisible aux yeux des autres. Ce soutien discret a un impact réel sur l'observance.

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Cicatrisation
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Hydratation
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Obligatoire sous rétinoïdes, méthotrexate et photothérapie (UVB), tous photosensibilisants. La protection solaire quotidienne n'est pas optionnelle pendant ces traitements : elle conditionne leur sécurité et leur efficacité.
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Soin quotidien
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Questions fréquentes

Les dermocorticoïdes sont sûrs quand ils sont utilisés conformément à la prescription. Les effets indésirables (atrophie cutanée, vergetures, télangiectasies) n'apparaissent qu'en cas d'utilisation prolongée, à forte puissance, sur des zones sensibles ou sans suivi médical. Parlez de vos inquiétudes à votre dermatologue plutôt que d'interrompre le traitement de votre propre chef. Source : HAS, 2023.

Certains traitements dermatologiques sont strictement contre-indiqués pendant la grossesse :

  • Isotrétinoïne : contraception obligatoire pendant le traitement et 1 mois après l'arrêt.
  • Acitrétine : contraception obligatoire pendant le traitement et 3 ans après l'arrêt.
  • Méthotrexate : contraception pour les deux partenaires pendant le traitement et 3 mois après l'arrêt.

Un projet de grossesse doit toujours être anticipé et discuté avec le dermatologue pour adapter le traitement en amont. Source : HAS, 2022.

La galénique (forme pharmaceutique) influence l'efficacité et le confort du traitement :

  • Pommade : base grasse, occlusive. La plus efficace pour les lésions très sèches ou hyperkératosiques (paumes, plantes). Peu adaptée aux zones pileuses ou au visage.
  • Crème : texture intermédiaire, bien acceptée sur la plupart des zones. La plus prescrite en pratique courante.
  • Gel : base aqueuse ou alcoolique. Légère, non grasse, idéale pour le cuir chevelu, le visage et les zones pileuses. Peut être légèrement asséchante.
  • Lotion / mousse : très fluide, adaptée aux grandes surfaces et au cuir chevelu.

Si la texture prescrite vous pose problème, signalez-le : il existe souvent une alternative galénique équivalente sur le plan thérapeutique.

Les biothérapies modulent le système immunitaire, ce qui peut théoriquement favoriser certaines infections. En pratique, le sur-risque infectieux est modeste et ciblé. Les anti-TNF augmentent légèrement le risque de tuberculose : un dépistage est obligatoire avant traitement. Les anti-IL-17 peuvent favoriser les candidoses muqueuses. Les inhibiteurs de JAK nécessitent une vigilance vis-à-vis du zona. Ces risques sont gérables et surveillés dans le cadre du suivi régulier. Source : HAS, 2024.

Sources et références

  • HAS — Utilisation des dermocorticoïdes, recommandations de bonne pratique, 2023. has-sante.fr
  • HAS — Dupilumab (Dupixent) dans la dermatite atopique sévère, 2022. has-sante.fr
  • HAS — Acné : prise en charge, 2022. has-sante.fr
  • HAS — Biothérapies dans le psoriasis modéré à sévère, 2024. has-sante.fr
  • Inserm — Thérapies ciblées en dermatologie, 2023. inserm.fr
  • Journal of Allergy and Clinical Immunology — Corticosteroid phobia in atopic dermatitis, 2022. jacionline.org

Sélection éditoriale Hospitalidée : toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.

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