Vénéréologie et infections sexuellement transmissibles
Se dépister, se traiter, se protéger : sans honteLes infections sexuellement transmissibles (IST) touchent des millions de personnes en France, souvent sans symptôme apparent. Dépister, traiter et prévenir : trois gestes simples, accessibles, qui protègent autant soi-même que ses partenaires.
« Le dépistage des infections sexuellement transmissibles est un acte de santé publique autant qu'un acte intime. Il protège, il libère, et il ne devrait jamais être différé par la honte. » — Pr Christine Katlama, infectiologue, hôpital Pitié-Salpêtrière, 2023
La vénéréologie est la branche de la dermatologie qui prend en charge les infections transmissibles par voie sexuelle. Elle s'est considérablement développée depuis les années 1980 avec l'épidémie de VIH (virus de l'immunodéficience humaine), et reste aujourd'hui au cœur d'enjeux de santé publique majeurs : recrudescence de la syphilis, progression des chlamydias, émergence du mpox.
Cette page vous donne des repères clairs sur les infections sexuellement transmissibles les plus fréquentes, les modalités de dépistage et les outils de prévention disponibles, sans jugement et avec des faits.
Les infections sexuellement transmissibles en France
Les infections sexuellement transmissibles sont en nette progression depuis dix ans en France, portées par des comportements sexuels plus diversifiés et une baisse de l'usage du préservatif.
En France, le délai moyen entre la contamination par le VIH et le diagnostic est encore de 3 ans. Pendant ce temps, la personne ne sait pas qu'elle est infectée et peut transmettre le virus sans le savoir. Un test de dépistage VIH rapide (TROD) réalisé dans un CEGIDD (Centre Gratuit d'Information, de Dépistage et de Diagnostic) donne un résultat en 30 minutes, gratuitement et anonymement.
Source : Santé publique France, 2023Les infections sexuellement transmissibles les plus fréquentes
Chaque infection sexuellement transmissible a ses propres signes, ses délais d'apparition et ses traitements. Beaucoup sont silencieuses, ce qui ne les rend pas moins transmissibles.
La chlamydia (infection à Chlamydia trachomatis) est l'infection sexuellement transmissible bactérienne la plus fréquente en France. Elle touche particulièrement les 15 à 29 ans. Trois quarts des cas sont asymptomatiques.
Quand elle se manifeste : pertes vaginales ou urétrales anormales, brûlures urinaires, douleurs pelviennes. Chez l'homme, parfois une légère irritation urétrale.
Risque en l'absence de traitement : salpingite (infection des trompes), infertilité tubaire, grossesse extra-utérine chez la femme. Arthrite réactionnelle dans les deux sexes.
Traitement : antibiotique (azithromycine en dose unique ou doxycycline 7 jours), efficace à quasi 100 %. Les partenaires des 60 derniers jours doivent être informés et traités. Source : HAS, 2023.
La syphilis est une infection bactérienne due à Treponema pallidum. Elle évolue en plusieurs stades si elle n'est pas traitée, pouvant atteindre le système nerveux et cardiovasculaire après des années.
Les stades :
- Primaire (3 semaines après contamination) : chancre, ulcération indolore, unique, génitale, anale ou buccale. Disparaît spontanément en 3 à 6 semaines sans traitement, mais la maladie progresse.
- Secondaire (6 semaines à 6 mois) : roséole syphilitique (éruption cutanée généralisée, pâle, non prurigineuse), plaques muqueuses, condylomes plans. Très contagieuse.
- Tertiaire (années plus tard, sans traitement) : atteintes neurologiques, cardiovasculaires, cutanées. Aujourd'hui rarissime grâce au dépistage.
Traitement : pénicilline G en injection intramusculaire, efficace à tous les stades. Doxycycline en alternative en cas d'allergie. Source : Santé publique France, 2024.
Le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) s'attaque aux lymphocytes CD4, affaiblissant progressivement le système immunitaire. Sans traitement, il peut conduire au syndrome d'immunodéficience acquise (sida) après plusieurs années.
Aujourd'hui, une personne séropositive traitée précocement :
- A une espérance de vie proche de la normale
- Atteint une charge virale indétectable en quelques semaines, et ne transmet plus le virus (principe U=U : Indétectable = Intransmissible)
- Prend en général un seul comprimé par jour
Source : Santé publique France, 2023 ; CNS (Conseil National du Sida), 2024.
Les papillomavirus humains (HPV) sont les virus sexuellement transmissibles les plus répandus : 80 % des personnes sexuellement actives y seront exposées au cours de leur vie. La grande majorité des infections sont éliminées spontanément par le système immunitaire.
Deux types de risques :
- HPV à bas risque (types 6 et 11) : condylomes acuminés (verrues génitales), lésions bénignes, traitables par cryothérapie, laser ou crème
- HPV à haut risque (types 16 et 18) : responsables de 70 % des cancers du col de l'utérus et impliqués dans les cancers de l'anus, du pénis, du vagin et de l'oropharynx
Vaccination : recommandée pour tous les garçons et filles entre 11 et 14 ans (rattrapage jusqu'à 19 ans). Source : HAS, 2023.
La gonorrhée (infection à Neisseria gonorrhoeae) est en progression constante depuis 2010. Elle se manifeste par des écoulements purulents urétraux ou vaginaux, des brûlures à la miction, mais peut aussi être asymptomatique, notamment les formes pharyngées et rectales.
La gonorrhée est préoccupante en raison de l'émergence de souches résistantes aux antibiotiques. Un suivi microbiologique après traitement est indispensable pour vérifier la guérison. Source : Santé publique France, 2024.
Se dépister : qui, quand, où
Le dépistage des infections sexuellement transmissibles est la clé pour interrompre les chaînes de transmission. Il est simple, souvent gratuit, et n'exige pas de symptômes pour être justifié.
| Situation | Bilan recommandé | Fréquence |
|---|---|---|
| Nouveau partenaire ou partenaires multiples | VIH, syphilis, chlamydia, gonorrhée, hépatites B et C | À chaque changement ou tous les 3 à 6 mois |
| Femme de moins de 25 ans sexuellement active | Chlamydia (dépistage systématique recommandé par la HAS) | Annuel |
| Personnes sous PrEP (prophylaxie pré-exposition au VIH) | VIH, syphilis, chlamydia, gonorrhée, hépatites | Tous les 3 mois obligatoirement |
| Grossesse | VIH, syphilis, hépatite B (obligatoires), chlamydia (recommandé) | Premier trimestre, parfois répété au 3e trimestre |
| Exposition à risque dans les 72 heures | Orientation vers urgences ou CEGIDD pour traitement post-exposition (TPE) au VIH | Urgence : ne pas attendre |
Prévention : les outils disponibles
La prévention des infections sexuellement transmissibles repose aujourd'hui sur une combinaison d'outils complémentaires. Aucun n'est parfait seul : c'est leur association qui offre la meilleure protection.
Une personne séropositive au VIH sous traitement efficace, avec une charge virale indétectable depuis au moins 6 mois, ne transmet pas le virus à ses partenaires lors de rapports sans préservatif. Ce principe, appelé U=U (Undetectable = Untransmittable), est validé par plusieurs grandes études cliniques et reconnu par l'OMS (Organisation mondiale de la Santé). Il a profondément changé la vie des personnes vivant avec le VIH.
Source : The Lancet, étude PARTNER2, 2019 ; OMS, 2023Où s'adresser
Des structures spécialisées existent pour accompagner le dépistage, le traitement et la prévention des infections sexuellement transmissibles, souvent gratuitement et dans la confidentialité.
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Questions fréquentes
Oui, pour certaines infections. Le préservatif protège efficacement contre les infections transmises par les sécrétions (VIH, gonorrhée, chlamydia), mais offre une protection incomplète contre les infections transmises par contact cutané direct, notamment l'herpès, la syphilis et les papillomavirus (HPV). Le mpox (anciennement variole du singe) se transmet également par contact cutané rapproché. Un rapport protégé n'est donc pas une garantie absolue contre toutes les infections sexuellement transmissibles.
Non. La PrEP est recommandée pour toute personne présentant un risque élevé d'exposition au VIH, quelle que soit son orientation sexuelle ou son identité de genre : hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) avec partenaires multiples, personnes transgenres à risque, femmes dont le partenaire est séropositif avec charge virale détectable ou inconnue, personnes usagères de drogues par injection partageant le matériel. La PrEP est prescrite et remboursée à 100 % par l'Assurance maladie. Source : HAS, 2023.
Oui, c'est une recommandation de santé publique essentielle pour interrompre les chaînes de transmission. Pour la plupart des infections sexuellement transmissibles bactériennes, les partenaires des 60 à 90 derniers jours doivent être informés et dépistés. Si la démarche est difficile à faire seul, des professionnels de santé en CEGIDD peuvent contacter les partenaires de façon anonyme à votre demande.
Cela dépend de l'infection. Les infections bactériennes (chlamydia, gonorrhée, syphilis) guérissent avec un traitement adapté et ne laissent pas d'immunité : on peut être réinfecté après un nouveau contact. Les infections virales (herpès, HPV) laissent le virus dans l'organisme à vie après la primo-infection. Pour le VIH, le traitement antirétroviral contrôle le virus mais ne l'élimine pas. Un dépistage régulier reste donc indispensable même après une infection traitée avec succès.
Sources et références
- Santé publique France — Infections sexuellement transmissibles bactériennes : données épidémiologiques, 2024. santepubliquefrance.fr
- HAS — Infections à chlamydia : dépistage et prise en charge, 2023. has-sante.fr
- HAS — Prophylaxie pré-exposition (PrEP) au VIH, 2023. has-sante.fr
- HAS — Doxy-PEP : recommandations provisoires, 2024. has-sante.fr
- The Lancet — PARTNER2 study: risk of HIV transmission with suppressive ART, 2019. thelancet.com
- Ameli.fr — Dépistage des infections sexuellement transmissibles, 2024. ameli.fr
Sélection éditoriale Hospitalidée : toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.