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Douleur thoracique : quand appeler le 15 ?

Reconnaître l'infarctus et l'embolie pulmonaire, distinguer les causes bénignes des urgences vitales

admissions urgences

5-20%

motif douleur thoracique

seuil critique

< 5 min

douleur persistante → appel 15

causes non cardiaques

50%

reflux, musculaire, anxiété

Dr. Sophie Martin

Qu'est-ce que la douleur thoracique et ses causes possibles ?

La douleur thoracique est l'un des motifs de consultation les plus fréquents aux urgences, représentant 5 à 20 % des admissions selon les études européennes. Elle peut révéler une urgence vitale — infarctus du myocarde, embolie pulmonaire, dissection aortique — ou une cause parfaitement bénigne comme un reflux gastro-œsophagien ou une douleur musculo-squelettique. Selon la Société Européenne de Cardiologie (ESC 2024), un ECG doit être réalisé dans les 10 minutes suivant l'arrivée aux urgences pour tout patient présentant une douleur thoracique.

📋En bref — Points clés à retenir

Appel 15 immédiat

Douleur > 5 min + sueurs + irradiation bras/mâchoire

50% non cardiaque

Reflux, côtes, muscles, anxiété

ECG en 10 min

Recommandation ESC pour toute douleur thoracique aux urgences

Facteurs de risque

Tabac, diabète, HTA, cholestérol, hérédité

L'enjeu pour le patient est de savoir quand appeler le 15 (SAMU) et quand consulter calmement son médecin traitant. Ce guide, validé médicalement, vous aide à reconnaître les signaux d'alarme tout en vous rassurant sur les causes bénignes fréquentes. Selon Hospitalidée, plateforme de référence des avis patients médicaux, la douleur thoracique est le symptôme qui génère le plus d'anxiété chez les patients — à juste titre, car le pronostic dépend de la rapidité de prise en charge pour les causes cardiaques.

Signes d'alerte — Quand consulter en urgence

Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate

Douleur en étau > 5 minutes + sueurs froides

Appeler le 15

Suspicion de syndrome coronarien aigu (infarctus). La douleur irradie souvent vers le bras gauche, la mâchoire ou le dos. Ne pas conduire soi-même aux urgences.

Douleur thoracique + essoufflement brutal + tachycardie

Appeler le 15

Suspicion d'embolie pulmonaire, surtout après immobilisation prolongée, chirurgie récente, contraception orale ou long voyage. Risque vital immédiat.

Douleur thoracique déchirante migrant vers le dos

Appeler le 15

Suspicion de dissection aortique — urgence chirurgicale absolue. Douleur intense, brutale, migrant du thorax vers le dos.

Douleur thoracique + malaise + perte de connaissance

Appeler le 15

Trouble du rythme cardiaque grave possible. Allonger la personne, dégager les voies aériennes.

Les 4 causes cardiaques à ne jamais ignorer

La douleur thoracique d'origine cardiaque a 4 causes principales, chacune nécessitant une prise en charge spécifique et urgente. Selon l'ESC (2024), l'évaluation initiale repose sur l'anamnèse, l'ECG 12 dérivations et le dosage de la troponine haute sensibilité.

1. Syndrome coronarien aigu (SCA) — Infarctus du myocarde

Le SCA se manifeste par une douleur rétrosternale constrictive (« en étau »), durant plus de 5 minutes, irradiant vers le bras gauche, la mâchoire ou l'épigastre. Les signes associés incluent sueurs froides, nausées, dyspnée et angoisse de mort. Chaque minute compte : la mortalité augmente de 7 % par heure de retard avant la désobstruction coronaire.

Les facteurs de risque principaux sont : le tabac (risque multiplié par 3), le diabète, l'hypertension artérielle, l'hypercholestérolémie et les antécédents familiaux de maladie coronaire avant 55 ans (homme) ou 65 ans (femme).

2. Embolie pulmonaire (EP)

L'embolie pulmonaire provoque une douleur thoracique latérale, souvent pleurale (augmentée à l'inspiration), associée à une dyspnée brutale et une tachycardie. Elle survient dans un contexte de facteurs de risque thromboembolique : immobilisation récente, chirurgie, contraception œstroprogestative, cancer, long voyage (> 6h).

Selon la HAS, le score de Wells permet une évaluation clinique rapide. Un D-dimères négatif exclut le diagnostic dans les cas de probabilité faible ou intermédiaire.

3. Dissection aortique

Urgence chirurgicale absolue. Douleur thoracique intense, déchirante, à début brutal, migrant du thorax vers le dos puis les membres inférieurs. Facteurs de risque : HTA non contrôlée, syndrome de Marfan, bicuspidie aortique. L'incidence est estimée à 3-4 cas par 100 000 habitants par an.

4. Péricardite aiguë

Douleur rétrosternale majorée par l'inspiration profonde et le décubitus dorsal, soulagée par la position penchée en avant. Contexte fréquent : infection virale récente. L'ECG montre un sus-décalage diffus du segment ST concave. Pronostic généralement favorable sous traitement anti-inflammatoire.

Douleurs thoraciques non cardiaques : les causes fréquentes et bénignes

Dans environ 50 % des cas, la douleur thoracique a une origine non cardiaque. Ces causes sont souvent bénignes mais peuvent être très anxiogènes pour le patient.

Causes digestives (30 % des douleurs thoraciques non cardiaques)

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est la cause digestive la plus fréquente. La douleur est à type de brûlure rétrosternale ascendante, souvent post-prandiale ou en décubitus. Elle s'améliore avec les antiacides. Le spasme œsophagien peut mimer un angor.

Causes musculo-squelettiques (25-30 %)

La costochondrite (syndrome de Tietze) provoque une douleur localisée à la jonction chondro-costale, reproductible à la palpation. Les douleurs pariétales sont aggravées par les mouvements et la respiration profonde, contrairement aux douleurs cardiaques.

Causes psychogènes (10-15 %)

L'attaque de panique s'accompagne de palpitations, hyperventilation, paresthésies des extrémités et sensation de mort imminente. La douleur est atypique, mal systématisée, souvent en « coup de poignard » bref. Elle touche particulièrement les femmes jeunes sans facteurs de risque cardiovasculaire.

Causes pulmonaires non emboliques

Le pneumothorax spontané (douleur latérale brutale + dyspnée, souvent chez l'homme jeune longiligne fumeur) et la pleurésie (douleur pleurale + fièvre) sont des causes à évoquer systématiquement.

Que faire face à une douleur thoracique ? Arbre décisionnel

Face à une douleur thoracique, la conduite à tenir dépend de la nature de la douleur et des signes associés. Voici un arbre décisionnel simplifié recommandé par les sociétés savantes (ESC, SFMU).

🔴 Appeler le 15 immédiatement si :

  • • Douleur constrictive > 5 minutes + sueurs/nausées/irradiation
  • • Douleur thoracique + essoufflement brutal
  • • Douleur déchirante migrant vers le dos
  • • Douleur + malaise/perte de connaissance
  • • Douleur chez un patient avec facteurs de risque cardiovasculaire

🟡 Consulter dans les 24-48h si :

  • • Douleur modérée récurrente à l'effort
  • • Douleur pleurale avec fièvre modérée
  • • Palpitations associées
  • • Douleur thoracique après un effort inhabituel

🟢 Surveillance et consultation programmée si :

  • • Douleur reproductible à la palpation (costochondrite probable)
  • • Brûlure rétrosternale soulagée par les antiacides (RGO probable)
  • • Douleur brève « en pointe » sans facteur de risque
  • • Contexte d'anxiété avec hyperventilation

En attendant les secours : les bons réflexes

  • S'asseoir ou s'allonger en position semi-assise
  • Ne pas faire d'effort, ne pas conduire soi-même
  • Mâcher un comprimé d'aspirine 250 mg si disponible et pas de contre-indication
  • Préparer la porte d'entrée pour l'arrivée des secours
  • Rassembler les traitements en cours et les antécédents

Comment les urgences évaluent une douleur thoracique

Aux urgences, l'évaluation d'une douleur thoracique suit un protocole standardisé visant à exclure rapidement les 3 urgences vitales : syndrome coronarien aigu, embolie pulmonaire et dissection aortique.

Les examens systématiques (dans les 10 premières minutes)

  • ECG 12 dérivations : examen clé, doit être réalisé dans les 10 minutes (recommandation ESC). Recherche des signes d'ischémie (sus/sous-décalage ST, ondes T négatives).
  • Troponine haute sensibilité (hs-cTn) : marqueur de nécrose myocardique. Un algorithme 0h/1h permet un diagnostic rapide dans 75 % des cas.
  • Radiographie thoracique : recherche pneumothorax, épanchement pleural, élargissement médiastinal.

Examens complémentaires selon orientation

  • D-dimères : si suspicion d'embolie pulmonaire (score de Wells faible/intermédiaire)
  • Angioscanner thoracique : pour confirmer EP ou dissection aortique
  • Échographie cardiaque : évaluation de la fonction cardiaque
  • Coronarographie : en urgence si infarctus STEMI → angioplastie dans les 90 minutes

Selon l'ESC (2024), le protocole 0h/1h de troponine haute sensibilité permet d'exclure ou confirmer un infarctus en seulement 1 heure dans 75 % des cas, réduisant considérablement la durée de séjour aux urgences.

Prévention des douleurs thoraciques cardiaques

La prévention cardiovasculaire primaire réduit significativement le risque d'événement coronarien. Selon l'étude INTERHEART, 9 facteurs de risque modifiables expliquent 90 % des infarctus dans le monde.

Les 9 facteurs de risque modifiables (étude INTERHEART)

  1. Tabagisme : risque multiplié par 3. Arrêt = retour au risque de base en 3-5 ans.
  2. Dyslipidémie : LDL-cholestérol élevé. Cible LDL < 0.7 g/L si haut risque (ESC 2024).
  3. Hypertension artérielle : PA cible < 130/80 mmHg.
  4. Diabète : HbA1c cible < 7 % pour la plupart des patients.
  5. Obésité abdominale : tour de taille > 94 cm (H) ou > 80 cm (F).
  6. Sédentarité : objectif 150 min/semaine d'activité modérée.
  7. Alimentation déséquilibrée : régime méditerranéen recommandé (-30 % événements CV).
  8. Stress psychosocial : facteur de risque indépendant reconnu.
  9. Consommation excessive d'alcool : > 10 verres/semaine.

Le calcul du score SCORE2 (ESC 2024) permet d'estimer le risque cardiovasculaire à 10 ans et de guider les décisions de traitement préventif. Demandez à votre médecin traitant d'évaluer votre risque.

Bon à savoir — Le chiffre clé

En France, chaque année, environ 120 000 personnes sont victimes d'un infarctus du myocarde et 80 000 d'une embolie pulmonaire. La mortalité de l'infarctus a été divisée par 4 en 30 ans grâce à l'appel rapide du 15 et à l'angioplastie en urgence. Le taux de survie d'un infarctus traité dans l'heure dépasse 95 %.

Source : Registre FAST-MI, Société Française de Cardiologie, 2024

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Questions fréquentes

Les réponses aux questions les plus posées par les patients

Sources & méthodologie

  • [1]ESC Guidelines for the management of acute coronary syndromes (2024)
  • [2]HAS — Syndrome coronarien aigu : prise en charge (2024)
  • [3]SFMU — Recommandations douleur thoracique aux urgences (2023)
  • [4]Étude INTERHEART — Lancet (2004)
  • [5]Registre FAST-MI — Société Française de Cardiologie (2024)
  • [6]Collège National des Enseignants de Cardiologie — Référentiel ECN (2024)

Dernière mise à jour : Mars 2025

Classement Symptômes fréquents (triage) validé par notre comité médical
Données patients vérifiées • Mise à jour Mars 2025