Céphalées & migraine : quand s'inquiéter ?
Red flags neurologiques, migraine courante, céphalées de tension — distinguer bénin et urgence vitale
15%
2e cause de handicap chronique
10-30%
dues à une hémorragie méningée
4-72h
crise typique unilatérale

Sommaire
Qu'est-ce que les céphalées, la migraine et les signes de gravité neurologique ?
Les céphalées (maux de tête) sont un symptôme extrêmement fréquent : plus de 90 % de la population en souffre au cours de sa vie. La migraine touche 15 % de la population adulte et constitue la deuxième cause de handicap chronique dans le monde selon l'OMS. La grande majorité des céphalées sont bénignes (migraine, céphalée de tension), mais certaines sont le signe d'une urgence vitale : hémorragie sous-arachnoïdienne, méningite, thrombose veineuse cérébrale.
📋En bref — Points clés à retenir
Red flag n°1
Céphalée brutale « en coup de tonnerre » = urgence absolue
Migraine = bénigne
Pulsatile, 4-72h, nausées, photo/phonophobie
Céphalée de tension
En casque, bilatérale, non pulsatile, pas de nausées
< 10 j/mois d'antalgiques
Au-delà : risque de céphalée par abus médicamenteux
L'enjeu est de savoir reconnaître les « red flags » neurologiques — ces signaux d'alarme qui imposent une consultation en urgence — tout en rassurant les patients souffrant de céphalées primaires courantes. Selon Hospitalidée, plateforme de référence des avis patients médicaux, les céphalées sont le 3ᵉ motif de consultation en médecine générale. Ce guide vous aide à faire le tri entre « mal de tête habituel » et « urgence neurologique ».
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Céphalée brutale « en coup de tonnerre »
Intensité maximale en quelques secondes. Hémorragie sous-arachnoïdienne (HSA) jusqu'à preuve du contraire. 10 à 30 % des céphalées brutales sont dues à une HSA — scanner cérébral + ponction lombaire en urgence.
Céphalée + raideur de nuque + fièvre
Suspicion de méningite bactérienne. Urgence infectieuse absolue nécessitant une antibiothérapie dans l'heure. Ne pas attendre les résultats biologiques pour traiter.
Céphalée + déficit neurologique focal
Paralysie d'un membre, trouble de la parole, perte de vision : suspicion d'AVC ou de processus expansif intracrânien. Chaque minute de retard = neurones perdus.
Céphalée progressive + vomissements en jet
Signes d'hypertension intracrânienne (HTIC). Causes possibles : tumeur cérébrale, hydrocéphalie, thrombose veineuse cérébrale.
Première céphalée sévère après 50 ans
Artérite temporale (maladie de Horton) à évoquer systématiquement. Risque de cécité définitive sans traitement corticoïde urgent. Rechercher une douleur temporale et une élévation de la VS/CRP.
Les 3 grandes catégories de céphalées
La classification internationale des céphalées (ICHD-3) distingue les céphalées primaires (sans lésion sous-jacente) des céphalées secondaires (symptomatiques d'une pathologie). Le diagnostic repose essentiellement sur l'interrogatoire médical.
1. Migraine (15 % de la population)
La migraine se caractérise par des crises de 4 à 72 heures avec au moins 2 des critères suivants : douleur unilatérale, pulsatile, modérée à sévère, aggravée par l'effort physique. Elle s'accompagne de nausées et/ou de photophobie et phonophobie. Selon la Société Française d'Étude des Migraines et Céphalées (SFEMC), la migraine est sous-diagnostiquée : seul 1 migraineux sur 2 a consulté un médecin pour ses céphalées.
L'aura migraineuse (troubles visuels transitoires, paresthésies) précède la céphalée chez 20-30 % des patients. Elle dure 5 à 60 minutes et se résout complètement. La migraine avec aura augmente légèrement le risque d'AVC ischémique, surtout chez les femmes fumeuses sous contraception œstroprogestative.
2. Céphalée de tension (la plus fréquente)
Douleur bilatérale, non pulsatile, « en casque » ou « en étau », d'intensité légère à modérée. Elle n'est pas aggravée par l'effort et n'est pas accompagnée de nausées (ou très rarement). La céphalée de tension est souvent liée au stress, à la fatigue, à une mauvaise posture ou à un défaut de correction visuelle.
3. Céphalées secondaires (urgences possibles)
Toute céphalée nouvelle, inhabituelle ou d'aggravation récente doit faire rechercher une cause secondaire. Les causes graves incluent : hémorragie sous-arachnoïdienne (HSA), méningite, tumeur cérébrale, thrombose veineuse cérébrale, artérite temporale (Horton), glaucome aigu à angle fermé, et hypertension artérielle maligne.
Comment reconnaître une migraine : les critères diagnostiques
Le diagnostic de migraine est clinique et repose sur les critères de l'International Headache Society (IHS/ICHD-3). Aucun examen complémentaire n'est nécessaire si les critères sont remplis et l'examen neurologique est normal.
Critères diagnostiques de la migraine sans aura (ICHD-3)
Au moins 5 crises répondant aux critères suivants :
- Durée de 4 à 72 heures (sans traitement)
- Au moins 2 caractéristiques parmi : unilatérale, pulsatile, modérée à sévère, aggravée par l'activité physique
- Au moins 1 signe associé : nausées/vomissements ou photophobie + phonophobie
- Non attribuable à une autre pathologie
Quand demander un scanner ou une IRM cérébrale ?
L'imagerie cérébrale est indiquée uniquement en présence de signaux d'alarme :
- • Céphalée brutale (« coup de tonnerre »)
- • Déficit neurologique focal
- • Céphalée d'apparition récente après 50 ans
- • Modification du profil habituel des céphalées
- • Céphalée positionnelle (pire debout ou couché)
- • Contexte d'immunodépression ou de cancer
Selon le Collège des Enseignants de Neurologie, un scanner cérébral normal n'exclut pas une HSA : une ponction lombaire reste nécessaire si la clinique est évocatrice.
Traitement de la migraine : crise et prévention
Le traitement de la migraine comprend le traitement de la crise (abortif) et le traitement de fond (préventif) chez les patients ayant des crises fréquentes ou invalidantes.
Traitement de la crise — les 3 paliers
- Palier 1 : Antalgiques simples (paracétamol 1g, ibuprofène 400 mg) dès le début de la crise. Plus le traitement est précoce, plus il est efficace.
- Palier 2 : Triptans (sumatriptan, rizatriptan) — traitement spécifique de la migraine. Très efficaces si pris dans les 2 heures. Contre-indiqués en cas de maladie coronarienne.
- Palier 3 : Associations ou triptans injectables pour les crises résistantes.
⚠️ Attention aux céphalées par abus médicamenteux (CAM)
La prise d'antalgiques plus de 10-15 jours par mois pendant plus de 3 mois peut provoquer des céphalées chroniques quotidiennes. C'est la 3ᵉ cause de céphalée chronique. Le seul traitement est le sevrage médicamenteux, idéalement encadré médicalement.
Traitement de fond — quand l'envisager ?
Un traitement préventif est indiqué si ≥ 4 crises par mois ou si les crises sont très invalidantes. Les options incluent : bêtabloquants (propranolol), antiépileptiques (topiramate), antidépresseurs tricycliques (amitriptyline), et les anticorps anti-CGRP (érénumab, galcanézumab) pour les migraines résistantes. L'objectif est une réduction ≥ 50 % de la fréquence des crises.
Céphalée de tension : prise en charge et prévention
La céphalée de tension est la céphalée la plus fréquente dans la population générale. Souvent banalisée, elle peut devenir chronique et altérer significativement la qualité de vie.
Traitement de la crise
Paracétamol (1 g) ou ibuprofène (400 mg) sont efficaces. Les triptans ne sont pas indiqués car la céphalée de tension ne résulte pas du même mécanisme que la migraine. Le risque majeur est la surconsommation médicamenteuse (céphalée par abus).
Prévention — les mesures efficaces
- Gestion du stress : relaxation, méditation, thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
- Hygiène de vie : sommeil régulier (7-8h), activité physique régulière (30 min/jour)
- Ergonomie : correction de la posture au travail, écran à hauteur des yeux
- Correction visuelle : un trouble de la réfraction non corrigé est une cause fréquente
- Hydratation : la déshydratation est un déclencheur sous-estimé
Si les céphalées de tension sont fréquentes (> 15 jours/mois), un traitement de fond par amitriptyline à faible dose peut être proposé. L'efficacité de la kinésithérapie cervicale est bien documentée pour les céphalées de tension d'origine musculaire.
Bon à savoir — Le réflexe vital
Toute céphalée brutale (intensité maximale en quelques secondes, « coup de tonnerre ») est une hémorragie sous-arachnoïdienne jusqu'à preuve du contraire. Cette règle clinique fondamentale permet de sauver des vies : l'HSA a une mortalité de 40 % mais un excellent pronostic si traitée à temps. Ne jamais banaliser une céphalée inhabituelle et brutale.
Source : Collège des Enseignants de Neurologie, Référentiel ECN 2024
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Sources & méthodologie
- [1]Classification internationale des céphalées ICHD-3 (2018)
- [2]Collège des Enseignants de Neurologie — Référentiel ECN (2024)
- [3]SFEMC — Recommandations migraine (2024)
- [4]HAS — Céphalées chroniques quotidiennes (2023)
- [5]OMS — Global Burden of Disease : migraine (2023)
- [6]NICE — Headaches in over 12s: diagnosis and management (2024)
Dernière mise à jour : Mars 2025