Lupus érythémateux systémique : diagnostic, poussées et traitements
Guide complet sur le lupus — recommandations EULAR 2023 et PNDS 2024
40 000
Prévalence 1/2500, 9 femmes pour 1 homme
90%
Pronostic transformé par l'hydroxychloroquine et les immunosuppresseurs
50%
La néphropathie lupique conditionne le pronostic vital

Sommaire
Qu'est-ce que le lupus érythémateux systémique (LES) ?
Le lupus érythémateux systémique est une maladie auto-immune chronique dans laquelle le système immunitaire produit des auto-anticorps dirigés contre les propres tissus du patient, pouvant toucher la peau, les articulations, les reins, le cœur, le cerveau et le sang.
📋En bref — Points clés à retenir
Maladie protéiforme
Le lupus peut toucher tous les organes — la peau et les articulations sont les plus fréquentes.
Hydroxychloroquine pour tous
Plaquenil® réduit les poussées, protège les reins et améliore la survie — jamais l'arrêter.
Néphropathie = pronostic
50% d'atteinte rénale — dépistage par bandelette urinaire régulière.
Grossesse possible
Planifiée en rémission depuis ≥ 6 mois, sous hydroxychloroquine, avec suivi rapproché.
Le diagnostic repose sur les critères ACR/EULAR 2019 : anticorps antinucléaires positifs (critère d'entrée) puis score pondéré des domaines cliniques (cutané, articulaire, rénal, neurologique, hématologique) et immunologiques (anti-ADN, anti-Smith, complément bas). L'hydroxychloroquine (Plaquenil®) est le traitement de base pour tous les patients. Les poussées sévères (rénales, neurologiques) nécessitent des immunosuppresseurs (mycophénolate, cyclophosphamide) et le bélimumab. Le pronostic a été transformé : survie à 10 ans > 90%.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Fièvre + AEG + protéinurie nouvelle
Une protéinurie > 0,5 g/24h ou une hématurie glomérulaire signent une néphropathie lupique nécessitant une biopsie rénale urgente.
Confusion, convulsions, déficit neurologique
Le neurolupus (5-15% des patients) peut mimer un AVC ou une méningite — IRM cérébrale + ponction lombaire en urgence.
Douleur thoracique + dyspnée
Le lupus peut causer péricardite, pleurésie ou syndrome des antiphospholipides (embolie pulmonaire).
Diagnostic du lupus : critères ACR/EULAR 2019
Les nouveaux critères ACR/EULAR 2019 utilisent un système de pondération en deux étapes :
Critère d'entrée : anticorps antinucléaires (ANA) ≥ 1/80 sur cellules HEp-2. Sans ANA positifs, le diagnostic de lupus est très improbable.
Domaines cliniques (pondérés) : constitutionnel (fièvre), hématologique (leucopénie, thrombopénie, hémolyse auto-immune), neuropsychiatrique (convulsions, psychose), mucocutané (lupus discoïde, lupus aigu — « ailes de papillon », alopécie, ulcérations buccales), séreux (pleurésie, péricardite), musculosquelettique (arthrites inflammatoires), rénal (protéinurie, biopsie rénale classée ISN/RPS).
Domaines immunologiques : anti-ADN natif, anti-Smith, antiphospholipides (anticardiolipine, anti-β2GP1, anticoagulant circulant lupique), complément (C3, C4 bas).
Score ≥ 10 = classification comme LES (sensibilité 96%, spécificité 93%).
Le bilan initial comprend : NFS, créatinine, BU + protéinurie/créatininurie, C3/C4, anti-ADN, anti-ENA (anti-Smith, anti-SSA, anti-SSB, anti-RNP), antiphospholipides, CPK, bilan hépatique. Radiographie thoracique et ECG systématiques.
Traitement de base : hydroxychloroquine et corticoïdes
Le traitement du lupus suit les recommandations EULAR 2023 mises à jour :
Hydroxychloroquine (Plaquenil®) — pour TOUS les patients sans exception :
• Dose : ≤ 5 mg/kg/j de poids réel
• Bénéfices majeurs : réduction des poussées (-50%), protection rénale, amélioration de la survie, effet antithrombotique, baisse du cholestérol
• Ne jamais l'arrêter (risque de poussée sévère)
• Surveillance ophtalmologique : fond d'œil + OCT annuel après 5 ans d'utilisation (risque de maculopathie : 1% à 10 ans)
Corticothérapie :
• Poussées modérées : prednisone 0,3-0,5 mg/kg/j, décroissance rapide
• Poussées sévères (rénales, neurologiques) : bolus IV de méthylprednisolone 500-1000 mg x 3 jours, puis relais oral
• Objectif EULAR 2023 : sevrage complet des corticoïdes ou dose ≤ 5 mg/j en entretien
• La corticothérapie au long cours est responsable de la majorité des effets indésirables (ostéoporose, diabète, infections, nécrose osseuse)
Protection solaire : facteur fondamental — crème SPF 50+ quotidienne, vêtements couvrants, éviction solaire. Les UV déclenchent les poussées cutanées et systémiques.
Immunosuppresseurs et biothérapies
En cas de lupus réfractaire ou d'atteinte d'organe sévère, les immunosuppresseurs sont nécessaires :
Mycophénolate mofétil (CellCept®, 2-3 g/j) : traitement de référence de la néphropathie lupique classes III-V (KDIGO 2024). Induction + maintenance. Contraception obligatoire (tératogène). Alternative : acide mycophénolique (Myfortic®).
Cyclophosphamide IV : réservé aux formes sévères réfractaires (glomérulonéphrite proliférative, neurolupus, hémorragie alvéolaire). Protocole Euro-Lupus : 500 mg IV toutes les 2 semaines x 6. Conservation des gamètes avant traitement (gonadotoxicité).
Azathioprine (Imurel®, 2-3 mg/kg/j) : maintenance après induction par cyclophosphamide, lupus modéré non rénal. Dosage TPMT avant initiation.
Bélimumab (Benlysta®, anti-BLyS) : biothérapie approuvée dans le lupus actif malgré traitement standard, et dans la néphropathie lupique (EULAR 2023). Réduction des poussées et épargne cortisonique.
Voclosporine (Lupkynis®) : nouvel inhibiteur de la calcineurine approuvé pour la néphropathie lupique active en association au mycophénolate. Réponse rénale supérieure dans l'étude AURORA.
Anifrolumab (Saphnelo®, anti-IFN-α) : biothérapie ciblant l'interféron de type I, approuvée pour le lupus cutané et articulaire réfractaire. Efficacité remarquable sur les manifestations cutanées.
Lupus et grossesse : planification et surveillance
La grossesse est possible et souhaitable sous réserve d'une planification rigoureuse :
Conditions pré-requises (EULAR 2023) : rémission clinique et biologique ≥ 6 mois, pas de poussée rénale active, protéinurie < 0,5 g/24h, créatinine normale, pas de syndrome des antiphospholipides non traité.
Traitements compatibles : hydroxychloroquine (à POURSUIVRE — réduit le risque de poussée pendant la grossesse de 50%), azathioprine (si nécessaire), prednisone ≤ 10 mg/j, aspirine faible dose (100 mg/j dès le 1er trimestre si antiphospholipides ou antécédent obstétrical).
Traitements CONTRE-INDIQUÉS : mycophénolate (arrêt ≥ 6 semaines avant conception), méthotrexate, cyclophosphamide, IECA/ARA2.
Risques spécifiques : poussée lupique (30% pendant la grossesse), pré-éclampsie (×5 si néphropathie), lupus néonatal et bloc auriculo-ventriculaire congénital (si anti-SSA/Ro positifs — monitoring cardiaque fœtal à partir de 16 SA), prématurité (×3).
Suivi : consultation mensuelle rhumatologue + obstétricien, monitoring anti-ADN/complément/protéinurie mensuel, échographies de croissance régulières.
Le saviez-vous ?
L'hydroxychloroquine (Plaquenil®) est le seul médicament qui a démontré une amélioration de la survie dans le lupus. Il réduit les poussées de 50%, protège les reins et le cœur, et ne doit jamais être arrêté — même pendant la grossesse où il divise par 2 le risque de poussée.
Source : EULAR 2023 — Updated recommendations for SLE management
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