Ostéoporose : dépistage, densitométrie et traitements anti-fracturaires
Guide complet sur l'ostéoporose post-ménopausique et la prévention des fractures en 2024
3 millions
Post-ménopausiques principalement, 40% des femmes > 65 ans
380 000
Vertèbres, col fémoral, poignet, humérus
50%
Après fracture du col fémoral chez les > 75 ans

Sommaire
Qu'est-ce que l'ostéoporose ?
L'ostéoporose est une maladie osseuse caractérisée par une diminution de la densité minérale osseuse (DMO) et une altération de la micro-architecture, augmentant le risque de fractures par fragilité.
📋En bref — Points clés à retenir
Dépistage DXA
Densitométrie recommandée après 60 ans ou si facteurs de risque (ménopause précoce, corticothérapie).
Score FRAX®
Calcul du risque fracturaire à 10 ans pour décider du traitement.
Bisphosphonates
Traitement de référence réduisant de 50-70% le risque de fracture vertébrale.
Vitamine D + calcium
Pré-requis indispensable avant tout traitement anti-ostéoporotique.
Le diagnostic repose sur la densitométrie osseuse (DXA) avec un T-score ≤ -2,5 DS, ou sur la survenue d'une fracture de fragilité. Le score FRAX® évalue le risque fracturaire à 10 ans pour guider la décision thérapeutique. Les bisphosphonates (alendronate, risédronate, zolédronate) restent le traitement de première ligne. Le dénosumab et le romosozumab sont réservés aux formes sévères. La vitamine D et le calcium sont des pré-requis à tout traitement.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Chute + douleur intense de hanche
Toute chute avec impotence fonctionnelle du membre inférieur chez une personne > 60 ans nécessite une radiographie en urgence.
Douleur dorsale brutale + perte de taille
Un tassement vertébral se manifeste par une douleur dorsale aiguë et une diminution de taille de plus de 2 cm.
Fracture après traumatisme mineur
Toute fracture survenant sans traumatisme significatif (chute de sa hauteur) doit faire rechercher une ostéoporose.
Dépistage et diagnostic de l'ostéoporose
Le dépistage de l'ostéoporose repose sur l'identification des facteurs de risque et la densitométrie osseuse (DXA).
Indications de la DXA (remboursée par la Sécurité sociale) : ménopause avec facteurs de risque (ménopause précoce < 40 ans, IMC < 19, tabac, alcool, antécédent familial de fracture du col), corticothérapie prolongée (> 3 mois à > 7,5 mg/j), antécédent de fracture de fragilité, pathologies inductrices (hyperthyroïdie, hyperparathyroïdie, polyarthrite rhumatoïde).
Interprétation : T-score ≤ -2,5 = ostéoporose ; T-score entre -1 et -2,5 = ostéopénie ; T-score > -1 = normal. Les sites mesurés sont le rachis lombaire (L1-L4) et le col fémoral.
Score FRAX® : calcul en ligne (https://frax.shef.ac.uk) intégrant âge, sexe, IMC, antécédent de fracture, corticothérapie, tabac, alcool, PR, causes secondaires. Seuil d'intervention thérapeutique : risque de fracture majeure > 20% ou fracture de hanche > 3% à 10 ans.
Bilan étiologique : NFS, CRP, calcémie, phosphatémie, créatinine, vitamine D (25-OH-D3), PTH, TSH, électrophorèse des protéines sériques (éliminer un myélome), et selon contexte : cortisol, anticorps anti-transglutaminase (maladie cœliaque).
Traitements anti-ostéoporotiques
Les recommandations SFR/GRIO 2024 et UK guideline 2024 stratifient les traitements selon le risque fracturaire :
Bisphosphonates (1ère ligne) :
• Alendronate 70 mg/semaine (per os à jeun, position assise 30 min)
• Risédronate 35 mg/semaine ou 75 mg x 2 jours consécutifs/mois
• Zolédronate 5 mg IV 1x/an (meilleure observance, pas de problème de biodisponibilité orale)
• Réduction du risque fracturaire : vertébral -50 à -70%, col fémoral -40%
• Durée : 3-5 ans, réévaluation systématique (holiday thérapeutique possible si risque modéré)
Dénosumab (anticorps anti-RANKL, 60 mg SC/6 mois) : alternative si intolérance aux bisphosphonates. Attention : risque de rebond à l'arrêt (perte osseuse rapide, fractures vertébrales multiples) → relais systématique par bisphosphonate.
Romosozumab (anti-sclérostine, 210 mg SC/mois pendant 12 mois) : nouveau traitement ostéoformateur réservé aux formes sévères (fractures multiples). Relais par bisphosphonate ou dénosumab après 12 mois.
Tériparatide (PTH recombinante, 20 µg SC/j pendant 18-24 mois) : ostéoformateur pour les formes sévères avec ≥ 2 fractures vertébrales. Relais bisphosphonate obligatoire.
Traitement hormonal de la ménopause : efficace sur la DMO et les fractures, indiqué si syndrome climatérique associé chez la femme < 60 ans.
Vitamine D et calcium : les fondamentaux
La vitamine D et le calcium sont les pré-requis indispensables à tout traitement anti-ostéoporotique.
Vitamine D : l'objectif est un taux de 25-OH-D3 entre 30 et 60 ng/mL (75-150 nmol/L). La carence en vitamine D touche 80% des Français en hiver. Supplémentation : dose de charge si carence sévère (< 10 ng/mL) : 100 000 UI/mois pendant 3-4 mois, puis entretien 800-1200 UI/j ou 100 000 UI/trimestre. La vitamine D3 (cholécalciférol) est préférée à la D2.
Calcium : apport recommandé 1000-1200 mg/j. Privilégier l'apport alimentaire : 1 yaourt = 150 mg, 30 g emmental = 300 mg, 1 verre de lait = 120 mg. La supplémentation médicamenteuse n'est indiquée que si les apports alimentaires sont insuffisants (< 700 mg/j). Carbonate de calcium (pendant les repas) ou citrate de calcium (si IPP au long cours).
Exercice physique : exercices en charge (marche 30 min/j, montée d'escaliers, danse), renforcement musculaire (squats, exercices avec élastiques) 2-3x/semaine. L'exercice augmente la DMO de 1-3% et réduit le risque de chute de 30%. Tai-chi et yoga pour l'équilibre chez les > 70 ans.
Prévention des chutes : bilan ophtalmologique, correction des troubles de l'équilibre, aménagement du domicile (tapis antidérapants, barres d'appui, éclairage), révision des médicaments sédatifs (benzodiazépines, neuroleptiques).
Suivi et réévaluation du traitement
Le suivi de l'ostéoporose requiert une approche structurée :
DXA de contrôle : à 2-3 ans de traitement. Stabilité ou gain de DMO = bonne réponse. Perte de DMO significative (> 5% au rachis) = rechercher une mauvaise observance ou une cause secondaire.
Marqueurs osseux : CTX sérique (résorption) ou P1NP (formation) permettent de vérifier l'efficacité à 3-6 mois. Une diminution du CTX > 40% sous bisphosphonate confirme la bonne réponse.
Holiday thérapeutique : après 3-5 ans de bisphosphonates oraux ou 3 ans de zolédronate IV, une pause peut être envisagée si le risque est redevenu modéré (pas de nouvelle fracture, T-score > -2,5 au col fémoral). Réévaluation annuelle pendant le holiday.
Effets indésirables rares : ostéonécrose de la mâchoire (ONM, 1/10 000 à 1/100 000 sous bisphosphonates oraux — bilan dentaire avant traitement), fractures atypiques du fémur (après > 5 ans de traitement — douleur prodromale de cuisse à surveiller).
Observance : problème majeur avec 50% d'abandon à 1 an des bisphosphonates oraux. Le zolédronate IV annuel améliore l'observance. Éducation thérapeutique et programmes de suivi structuré.
Le saviez-vous ?
Après une fracture du col fémoral, 50% des patients perdent leur autonomie et 20% décèdent dans l'année. Pourtant, seuls 20% des patients fracturés reçoivent un traitement anti-ostéoporotique. Le dépistage précoce sauve des vies.
Source : GRIO 2024 / UK Clinical Guideline 2024
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