Voyager, prévenir et faire valoir ses droits
Avant le départ, pendant le voyage, au retour : les bons réflexesConsulter un CVI (centre de vaccinations internationales), choisir sa prophylaxie antipaludique, se protéger des vecteurs : la prévention des maladies infectieuses en voyage s'anticipe. Cette page couvre aussi les droits des patients atteints d'infection chronique.
« Aucun voyageur ne devrait contracter le paludisme faute d'information sur les mesures de prévention disponibles et efficaces. » OMS, Directives pour le traitement du paludisme, 3e édition, 2023
Chaque année, des milliers de voyageurs reviennent de zones tropicales avec une infection qu'une préparation adaptée aurait pu prévenir. Le paludisme, la dengue, la fièvre typhoïde, les hépatites A et B, le choléra : autant de maladies pour lesquelles des vaccins ou des prophylaxies existent et sont recommandés selon la destination.
Cette page s'adresse aussi bien aux voyageurs se rendant en zone tropicale pour la première fois qu'aux personnes vivant avec une infection chronique qui se demandent ce que cela change pour leurs droits et leur parcours administratif.
Avant le départ : la consultation de médecine du voyage
Une consultation spécialisée avant un voyage en zone tropicale est la première mesure de prévention. Elle doit idéalement avoir lieu 4 à 6 semaines avant le départ, pour laisser le temps aux vaccins d'agir.
Plusieurs structures proposent des consultations de médecine du voyage en France :
- CVI (centres de vaccinations internationales) : agréés par les autorités sanitaires, ils peuvent délivrer le carnet international de vaccination et le certificat de vaccination contre la fièvre jaune (obligatoire pour certains pays). La liste est disponible sur le site de l'Institut Pasteur et des ARS (agences régionales de santé).
- Médecin traitant : pour les vaccins courants et les conseils de base sur les pays les moins à risque.
- Service MIT (maladies infectieuses et tropicales) hospitalier : pour les voyageurs à terrain particulier (immunodéprimés, femmes enceintes, nourrissons, patients sous traitement chronique).
Source : Santé publique France, recommandations sanitaires pour les voyageurs 2024.
Les voyageurs VFR (Visiting Friends and Relatives, personnes rendant visite à leur famille dans leur pays d'origine) consultent moins souvent avant le départ et adoptent moins fréquemment les mesures de prévention, se croyant immunisées. Or l'immunité acquise dans l'enfance diminue après des années passées en France. Ce groupe représente une part importante des cas de paludisme et de fièvre typhoïde d'importation en France, alors même qu'ils font partie des voyageurs les mieux placés pour être informés.
Source : Santé publique France, surveillance des maladies d'importation, 2023Vaccins recommandés et prophylaxie antipaludique
Les vaccins recommandés pour les voyageurs dépendent de la destination, de la durée du séjour, des conditions de vie sur place et du terrain médical. Certains sont obligatoires, d'autres fortement conseillés.
| Vaccin ou prophylaxie | Indications principales | Statut |
|---|---|---|
| Fièvre jaune | Afrique subsaharienne, Amérique tropicale | Obligatoire pour certains pays, 1 dose à vie |
| Hépatite A | Tous pays à hygiène précaire | Recommandé, 2 doses (protection à vie) |
| Fièvre typhoïde | Asie du Sud, Afrique, Amérique latine, séjour long | Recommandé, rappel tous les 3 ans |
| Méningocoque ACWY | Pèlerinage à La Mecque (obligatoire), ceinture méningitique africaine | Recommandé à obligatoire selon destination |
| Rage (pré-exposition) | Séjour long en zone endémique, activités à risque de morsure | Recommandé pour séjours à risque |
| Prophylaxie antipaludique | Zones d'endémie palustre selon niveau de résistance | Prescription médicale obligatoire, à débuter avant le départ |
Sources : Santé publique France, recommandations sanitaires pour les voyageurs 2024 ; OMS, 2023. Ces indications sont générales et doivent être adaptées par un médecin à chaque situation individuelle.
Protection contre les vecteurs
Moustiques, tiques, phlébotomes : les vecteurs transmettent des dizaines de maladies. Les mesures de protection physique et chimique restent indispensables, même en cas de prophylaxie médicamenteuse.
Répulsifs cutanés
Les répulsifs contenant du DEET (N,N-diéthyl-métatoluamide) à 20-50 %, de l'Icaridine à 20-30 % ou du PMDRBO sont les plus efficaces contre les moustiques Anophèles (paludisme), Aedes (dengue, chikungunya, Zika) et les tiques. Ils s'appliquent sur les parties découvertes de la peau, en respectant les précautions d'usage (éviter les muqueuses, les plaies, les mains des enfants). Source : OMS, 2023.
Moustiquaire imprégnée
La moustiquaire de lit imprégnée de perméthrine est recommandée par l'OMS dans toutes les zones d'endémie palustre. Elle protège pendant le sommeil, période de piqûre principale des anophèles. Son efficacité est maximale quand elle est correctement installée, sans déchirure. Le traitement à la perméthrine doit être renouvelé selon les indications du fabricant. Source : OMS, 2023.
Vêtements et comportements
Porter des vêtements longs de couleur claire, de préférence imprégnés de perméthrine, réduit l'exposition aux piqûres. Éviter les sorties au crépuscule et à l'aube (pic d'activité des anophèles), utiliser la climatisation quand elle est disponible et fermer les fenêtres en soirée sont des mesures complémentaires efficaces. Source : Santé publique France, 2024.
Protection contre les tiques
En zone boisée ou de prairie, la prévention de la maladie de Lyme (Borrelia burgdorferi) passe par le port de vêtements couvrants, l'inspection minutieuse du corps après chaque balade et le retrait rapide des tiques avec un tire-tique (pas d'éther ni de vaseline). En Europe centrale et orientale, le vaccin contre l'encéphalite à tiques est recommandé. Source : HAS, 2022.
Au retour du voyage
Le retour de voyage ne signifie pas la fin de la vigilance. Certaines maladies tropicales se manifestent des jours, des semaines ou des mois après l'exposition.
Tout symptôme survenant dans les 3 mois suivant un retour de zone tropicale doit être considéré comme potentiellement infectieux d'importation jusqu'à preuve du contraire :
- Fièvre : urgence absolue si retour d'Afrique subsaharienne ou d'Asie du Sud. Consulter aux urgences le jour même en signalant le voyage.
- Diarrhées prolongées ou sanglantes : peuvent évoquer une amibiase, une shigellose ou une infection à salmonelles.
- Éruption cutanée : peut accompagner la dengue, le chikungunya, la fièvre typhoïde ou une parasitose cutanée (larva migrans).
- Ictère (jaunisse) : peut évoquer une hépatite A ou E d'importation.
Source : SPILF (Société de pathologie infectieuse de langue française), 2023.
Droits des patients atteints d'infection chronique
Les personnes vivant avec une maladie infectieuse chronique bénéficient de droits spécifiques en matière de prise en charge, d'accès aux soins et de protection sociale.
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Questions fréquentes
Oui, dans la grande majorité des cas. Une personne vivant avec le VIH sous traitement antirétroviral efficace, avec une charge virale indétectable et un taux de CD4 satisfaisant, peut voyager dans les mêmes conditions qu'une personne non infectée.
Quelques précautions s'imposent : emporter suffisamment de médicaments pour toute la durée du voyage avec une ordonnance en DCI (dénomination commune internationale), vérifier les conditions d'entrée du pays de destination (certains pays ont encore des restrictions à l'entrée pour les personnes vivant avec le VIH), éviter les vaccins vivants si le taux de CD4 est bas, et anticiper la prophylaxie antipaludique en tenant compte des interactions avec les antirétroviraux. Source : HAS, 2023.
La PrEP (prophylaxie pré-exposition) est un traitement médicamenteux pris par des personnes séronégatives pour se protéger du VIH avant une exposition potentielle. Elle repose sur la prise quotidienne ou à la demande de TDF/FTC (ténofovir disoproxil fumarate et emtricitabine). Son efficacité contre le VIH est supérieure à 99 % si bien prise. Source : HAS, 2021.
En France, la PrEP est remboursée à 100 % par l'Assurance maladie et peut être prescrite par un médecin généraliste, un infectiologue ou dans un centre de santé sexuelle. Elle est indiquée pour les personnes à risque élevé d'exposition au VIH : HSH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes) avec partenaires multiples, personnes transgenres, usagers de drogues injectables, partenaires de personnes vivant avec le VIH. Source : Ameli.fr, 2024.
La bilharziose (ou schistosomiase) est une maladie parasitaire causée par des vers (schistosomes) présents dans les eaux douces de certaines zones tropicales, principalement en Afrique subsaharienne, dans la vallée du Nil et autour des grands lacs africains (lac Malawi, lac Victoria). Les larves pénètrent dans la peau lors d'un contact avec l'eau.
Toute baignade en eau douce dans ces zones est à éviter strictement, même brève. Les eaux chlorées, de mer ou les douches ne présentent pas de risque. Si une exposition a eu lieu, un bilan sérologique est recommandé 3 mois après le retour. Le traitement repose sur le praziquantel, très efficace. Source : Institut Pasteur, 2023.
Sources et références
- OMS : Directives pour le traitement du paludisme, 3e édition, 2023. who.int
- Santé publique France : Recommandations sanitaires pour les voyageurs, édition 2024. santepubliquefrance.fr
- HAS : Prise en charge du patient vivant avec le VIH, recommandations 2023. has-sante.fr
- ANSM : Médicaments antipaludiques, modalités de prescription et de délivrance, 2024. ansm.sante.fr
- Institut Pasteur : Conseils aux voyageurs, fiches pays et maladies, 2024. pasteur.fr
- SPILF : Prise en charge des maladies infectieuses d'importation, 2023. infectiologie.com
Sélection éditoriale Hospitalidée, toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.