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Guide Orthopédie

Kinésithérapie, orthèses et infiltrations

Les traitements conservateurs qui évitent souvent la chirurgie — Dans 70 à 85 % des pathologies orthopédiques courantes, un traitement non chirurgical bien conduit permet de retrouver une vie fonctionnelle satisfaisante. Ces soins ne sont pas un pis-aller en attendant une opération : ils sont, pour la plupart des patients, la réponse définitive.

Il y a une idée reçue tenace : le traitement conservateur serait une façon de « gérer » en attendant mieux. Ce n'est pas ce que disent les données. Pour la lombalgie, les tendinopathies, les entorses et même l'arthrose modérée, la kinésithérapie, les orthèses et les infiltrations permettent, dans la grande majorité des cas, d'obtenir des résultats durables sans intervention chirurgicale. Ce qui conditionne le succès, ce n'est pas la technique utilisée mais la régularité avec laquelle on l'applique. Un traitement conservateur bien conduit pendant 2 à 3 mois représente souvent plus d'efforts quotidiens qu'une opération. C'est aussi pour cela qu'il est efficace. « La rééducation, en préservant la mobilité et la musculature, est le pilier du traitement conservateur de la grande majorité des pathologies articulaires. » Ameli.fr, traitement de l'arthrose du genou, 2024

Sources :

La kinésithérapie : rééduquer et renforcer

La kinésithérapie (ou masso-kinésithérapie) est au coeur du traitement conservateur orthopédique. Elle vise à restaurer la mobilité, renforcer les muscles stabilisateurs et prévenir les récidives.

Renforcement musculaire

Exercices progressifs pour stabiliser l'articulation et compenser la perte de cartilage ou de ligament. Essentiel dans l'arthrose, les entorses et les tendinopathies.

Mobilisation articulaire

Techniques manuelles pour restaurer l'amplitude de mouvement perdue, lutter contre la raideur et prévenir l'enraidissement. Particulièrement utile après immobilisation.

Électrothérapie et ultrasons

Utilisés en complément pour réduire la douleur et l'inflammation dans les tendinopathies et certaines douleurs chroniques. Leur efficacité est encadrée par les recommandations HAS.

Le saviez-vous ?

Le renforcement musculaire excentrique (contraction du muscle en allongement) est plus efficace que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) dans les tendinopathies chroniques. C'est une technique que votre kinésithérapeute connaît bien, mais que beaucoup de patients ne réalisent pas être la plus puissante des options disponibles sans ordonnance.

Source : Cochrane Reviews, meta-analyse tendinopathies, 2023
Bon à savoir — Les exercices à domicile sont essentiels. Les séances en cabinet ne suffisent généralement pas seules : le kinésithérapeute vous prescrira des exercices à réaliser chez vous. Leur pratique régulière multiplie les bénéfices et raccourcit la durée du traitement.
Pour l'entourage. Aider un proche à maintenir sa routine d'exercices est une contribution concrète et précieuse. Un simple rappel quotidien, ou proposer d'être présent pendant les exercices, peut faire toute la différence sur la durée.

Les orthèses : immobiliser, soulager, corriger

Une orthèse est un dispositif externe appliqué sur un membre ou un segment corporel pour soutenir, immobiliser, corriger ou soulager une articulation ou un tendon. Elles jouent un rôle majeur dans la prise en charge orthopédique non chirurgicale.

Type d'orthèseIndications principalesDurée de port typique
Attelle rigideEntorse grade II-III, fracture sans déplacement, syndrome du canal carpien (nocturne)3 à 6 semaines selon la pathologie
Genouillère articuléeInstabilité ligamentaire du genou, suites d'entorse, gonarthroseVariable : quelques semaines à utilisation chronique
Semelles orthopédiquesTroubles statiques du pied, fasciite plantaire, gonarthrose, épine calcanéenneUsage prolongé, réévaluation annuelle
Corset de maintienScoliose évolutive chez l'adolescent, lombalgie chronique invalidantePlusieurs mois à plusieurs années pour la scoliose
Orthèse cervicaleEntorse cervicale, cervicalgie aiguë, hernie discale cervicaleCourte durée : 2 à 4 semaines maximum recommandé
Une orthèse ne remplace pas la rééducation. Le port prolongé d'une orthèse sans rééducation musculaire associée peut conduire à une atrophie des muscles stabilisateurs et aggraver l'instabilité articulaire à long terme. Son utilisation s'inscrit toujours dans un plan de traitement global défini avec votre médecin ou kinésithérapeute.

Les infiltrations : gestes locaux ciblés

Une infiltration est une injection locale d'un médicament directement dans ou autour d'une articulation ou d'un tendon. Elle vise à réduire la douleur et l'inflammation de façon ciblée et durable.

Infiltrations de corticoïdes

Les corticoïdes en injection locale agissent sur l'inflammation dans les 48 à 72 heures et peuvent soulager pendant plusieurs semaines à plusieurs mois. Recommandés lors des poussées inflammatoires (arthrose, bursite, tendinite). Le nombre d'infiltrations est limité pour éviter les effets indésirables locaux. Source : HAS, 2022.

Viscosupplémentation (acide hyaluronique)

L'acide hyaluronique, composant naturel du liquide synovial, peut être injecté dans l'articulation pour améliorer la lubrification et atténuer les douleurs arthrosiques. L'effet est retardé (2 à 4 semaines) mais peut durer 6 mois. Particulièrement proposé pour la gonarthrose (arthrose du genou). Source : SFR, recommandations, 2023.

Plasma riche en plaquettes (PRP)

Le plasma riche en plaquettes est une technique de médecine régénératrice : on injecte du plasma concentré en facteurs de croissance, prélevé sur le patient lui-même. Des études récentes montrent un intérêt pour certaines tendinopathies et l'arthrose débutante, mais le niveau de preuve reste modéré. Source : AAOS, 2021.

Infiltrations guidées par imagerie

Pour certaines articulations profondes (hanche, sacro-iliaque, rachis) ou lorsqu'une précision accrue est nécessaire, l'infiltration est réalisée sous guidage échographique ou radiologique. Ce guidage améliore la précision du geste et réduit le risque de complications.

Le saviez-vous ?

Une légère recrudescence douloureuse dans les 24 à 48 heures qui suivent une infiltration de corticoïdes est normale et ne signifie pas que le geste a échoué. C'est une réaction inflammatoire transitoire liée au dépôt du cristal de corticoïde. Le soulagement durable survient généralement entre le 3e et le 7e jour après l'injection.

Source : HAS, recommandations infiltrations articulaires, 2022
Si de la fièvre apparaît après une infiltration. Une douleur qui s'intensifie, un gonflement rapide et de la fièvre après une infiltration sont des signes qui nécessitent une consultation médicale sans délai. Ces signes peuvent indiquer une infection articulaire (arthrite septique), complication rare mais sérieuse.

Les traitements médicamenteux

Les médicaments ne guérissent pas les pathologies orthopédiques, mais ils permettent de contrôler la douleur et l'inflammation, rendant possible la rééducation et améliorant la qualité de vie.

Antalgiques (paracétamol)

Prescrit en première intention pour les douleurs arthrosiques et mécaniques. Efficace sur la douleur sans effet anti-inflammatoire. Ne jamais dépasser la dose maximale prescrite. Contre-indiqué en cas d'insuffisance hépatique. Source : Ameli.fr, 2024.

Anti-inflammatoires (AINS)

Ibuprofène, kétoprofène, diclofénac : utilisés en cure courte lors des poussées inflammatoires. Effets indésirables digestifs, rénaux et cardiovasculaires possibles. À prendre sur avis de votre médecin, jamais en automédication prolongée.

Anti-arthrosiques d'action lente

Chondroïtine, glucosamine : peuvent être proposés, mais leur efficacité est considérée comme faible. Ils ne modifient pas l'évolution structurale de l'arthrose. Leur utilisation reste à discuter avec le médecin traitant. Source : SFR, 2023.

Automédication : quelques règles de prudence. Ne jamais associer deux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) entre eux. Ne pas dépasser 5 jours d'AINS sans avis médical. Signaler à votre médecin tout traitement en cours avant une infiltration. Les douleurs qui ne répondent pas aux antalgiques habituels doivent être réévaluées médicalement.

Autres approches thérapeutiques

En complément des traitements principaux, d'autres approches peuvent contribuer à la prise en charge orthopédique. Leur niveau de preuve varie selon les pathologies et les techniques.

La Haute Autorité de Santé (HAS) reconnaît l'intérêt de certaines approches complémentaires dans des contextes précis, tout en soulignant l'importance de les intégrer dans un suivi médical global :

  • Activité physique adaptée (APA) : recommandée par la HAS pour l'arthrose. Marche, natation, vélo réduisent la douleur, améliorent la fonction et préservent le cartilage restant.
  • Perte de poids : facteur de risque majeur et modifiable de l'arthrose du genou et de la hanche. Une perte de 5 % du poids corporel réduit significativement les contraintes mécaniques articulaires. Source : HAS, 2022.
  • Acupuncture : peut apporter un soulagement douloureux complémentaire dans certaines lombalgies et gonarthroses. La HAS reconnaît un intérêt dans ces indications spécifiques. Source : HAS, rapport d'octobre 2022.
  • Ondes de choc extracorporelles : utilisées pour certaines tendinopathies calcifiantes (épaule) et fasciites plantaires résistantes aux traitements de première intention.
  • Balnéothérapie et thermalisme : peuvent accompagner la rééducation orthopédique. Certaines cures thermales sont prises en charge par l'Assurance Maladie sur prescription médicale. Source : Ameli.fr, 2024.
Méfiance vis-à-vis des pratiques non encadrées. Certaines approches proposées en dehors du cadre médical (régimes spéciaux, compléments alimentaires non évalués, injections non médicales) peuvent retarder un traitement efficace ou présenter des risques. Informez toujours votre médecin de toute démarche complémentaire entreprise.

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