Fractures : conduite à tenir en urgence, diagnostic et traitements
1,5 million de fractures par an en France — gestes d'urgence, types de fractures, consolidation et rééducation
1,5 M
toutes localisations confondues
6-12 sem.
variable selon l'os fracturé
150 000
chez les > 65 ans

Sommaire
Qu'est-ce que les fractures osseuses, leur prise en charge en urgence et les traitements orthopédiques ou chirurgicaux ?
Une fracture est une rupture de la continuité d'un os, résultant le plus souvent d'un traumatisme (chute, accident, sport) ou d'une fragilisation osseuse (ostéoporose). En France, 1,5 million de fractures sont traitées chaque année. Les fractures les plus fréquentes touchent le poignet (fracture de Pouteau-Colles), la cheville, le col du fémur chez les personnes âgées, et la clavicule chez les sportifs.
📋En bref — Points clés à retenir
Immobiliser + appeler le 15
1er réflexe devant toute suspicion de fracture
Ne pas déplacer le blessé
Sauf danger vital immédiat
6-12 semaines de consolidation
Variable selon l'os et le traitement
Rééducation indispensable
Pour retrouver mobilité et force
La prise en charge d'une fracture dépend de sa localisation, de son type (simple, déplacée, ouverte) et du terrain (âge, ostéoporose). Selon Hospitalidée, plateforme de référence des avis patients médicaux, les services de traumatologie et de chirurgie orthopédique sont les plus recherchés en urgence. Une prise en charge rapide et adaptée est essentielle pour éviter les complications et assurer une bonne consolidation.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Fracture ouverte (os visible)
Os perçant la peau, saignement abondant. Risque d'infection majeur. Couvrir la plaie d'un linge propre sans toucher à l'os, ne pas tenter de remettre en place. Chirurgie en urgence dans les 6 heures (parage, fixation, antibiothérapie IV).
Déformation évidente du membre
Membre raccourci, angulé ou tourné de façon anormale. Immobiliser dans la position trouvée sans tenter de réaligner. Glacer si possible. La déformation signe une fracture déplacée nécessitant une réduction sous anesthésie.
Perte de sensibilité ou de mobilité
Engourdissement, fourmillements, impossibilité de bouger les doigts ou les orteils en aval de la fracture. Suspicion de compression vasculaire ou nerveuse (syndrome des loges, lésion artérielle). Urgence chirurgicale.
Douleur intense après traumatisme minimal chez un senior
Chez une personne > 65 ans, un traumatisme mineur (simple chute de sa hauteur) peut causer une fracture ostéoporotique (col du fémur, vertèbre, poignet). Impossibilité de se relever, douleur à la mobilisation, raccourcissement du membre inférieur.
Gonflement progressif + douleur croissante post-plâtre
Suspicion de syndrome des loges : augmentation de la pression dans les compartiments musculaires, compromettant la circulation sanguine. Urgence chirurgicale (fasciotomie). Couper le plâtre immédiatement si accessible.
Les différents types de fractures : comprendre le diagnostic
Les fractures sont classées selon plusieurs critères qui déterminent le traitement optimal.
Classification par type
- Fracture simple (non déplacée) : l'os est cassé mais les fragments restent alignés. Traitement souvent orthopédique (plâtre, attelle).
- Fracture déplacée : les fragments osseux ne sont plus alignés. Nécessite une réduction (remise en place) sous anesthésie, puis immobilisation ou chirurgie.
- Fracture comminutive : l'os est cassé en plusieurs fragments. Plus fréquente chez les personnes âgées. Chirurgie souvent nécessaire (plaque, vis, clou).
- Fracture ouverte : l'os perfore la peau. Risque d'infection majeur. Urgence chirurgicale absolue.
- Fracture de fatigue (stress) : micro-fracture par sollicitation répétée. Fréquente chez les sportifs (tibia, métatarses). Repos 6-8 semaines.
- Fracture pathologique : fracture sur os fragilisé (ostéoporose, tumeur, métastase). Traumatisme minimal voire spontané.
Les fractures les plus fréquentes en France
- Poignet (Pouteau-Colles) : 200 000/an — chute sur main tendue, surtout chez la femme > 50 ans.
- Col du fémur : 150 000/an — chute chez la personne âgée, chirurgie quasi systématique.
- Cheville : 120 000/an — entorse grave avec arrachement osseux.
- Vertèbre (tassement) : 100 000/an — ostéoporose, parfois asymptomatique.
- Clavicule : 50 000/an — chute sur l'épaule (vélo, sport).
Traitement : plâtre, chirurgie ou les deux ?
Le choix entre traitement orthopédique (plâtre/attelle) et traitement chirurgical dépend du type de fracture, de sa localisation, du déplacement et du profil du patient.
Traitement orthopédique (non chirurgical)
- Indications : fractures non déplacées ou peu déplacées, fractures stables, certaines fractures de l'enfant (remodelage osseux).
- Moyens : plâtre, résine, attelle, botte de marche, orthèse. Durée : 3-12 semaines selon la localisation.
- Surveillance : radiographie de contrôle à J7-J10 (dépistage d'un déplacement secondaire), puis à 3-4 semaines.
Traitement chirurgical (ostéosynthèse)
- Indications : fractures déplacées, fractures articulaires, fractures ouvertes, fractures instables, col du fémur.
- Techniques : plaque-vis (fractures métaphysaires), clou centromédullaire (fractures diaphysaires du fémur/tibia), broches (poignet), fixateur externe (fractures ouvertes/comminutives).
- Avantages : réduction anatomique, stabilité immédiate permettant une mobilisation précoce, réduction du risque de cal vicieux.
Cas particulier du col du fémur : chez le sujet jeune, on tente de conserver la tête fémorale (ostéosynthèse par vis). Chez le sujet âgé (> 75 ans), on remplace l'articulation par une prothèse (PTH ou hémiprothèse) car le risque de nécrose de la tête fémorale est élevé.
Consolidation osseuse : les délais réels
La consolidation osseuse est un processus biologique en 3 phases. Le délai varie considérablement selon l'os fracturé, l'âge du patient et les facteurs associés.
Délais de consolidation par localisation
- Clavicule : 6-8 semaines
- Poignet : 6-8 semaines
- Humérus : 8-12 semaines
- Côtes : 4-6 semaines
- Tibia : 12-16 semaines (le plus lent du membre inférieur)
- Fémur : 12-16 semaines
- Métatarse : 6-8 semaines
- Vertèbre (tassement) : 8-12 semaines
Facteurs retardant la consolidation
- Tabagisme : multiplie par 2 le risque de retard de consolidation et de pseudarthrose. Le sevrage tabagique est la mesure la plus efficace pour accélérer la guérison.
- Diabète mal équilibré : altère la microcirculation osseuse.
- AINS en excès : les anti-inflammatoires peuvent retarder la consolidation s'ils sont pris de façon prolongée.
- Carence en vitamine D : fréquente en France (80 % de la population en hiver). Supplémentation recommandée.
Pseudarthrose : absence de consolidation au-delà du délai normal (1,5 à 2 × le délai habituel). Touche 5-10 % des fractures diaphysaires. Traitement : reprise chirurgicale avec greffe osseuse.
Rééducation post-fracture : retrouver mobilité et force
La rééducation est une étape indispensable après toute fracture immobilisée. L'immobilisation entraîne une fonte musculaire de 1-3 % par jour et une raideur articulaire qui nécessitent un travail de récupération structuré.
Les 3 phases de la rééducation
- Phase anti-inflammatoire (0-2 semaines post-ablation plâtre) : cryothérapie, mobilisation passive douce, drainage de l'œdème. Récupération des amplitudes articulaires.
- Phase de renforcement (2-6 semaines) : renforcement musculaire progressif, exercices proprioceptifs. Reprise de la marche sans aide (fractures du membre inférieur).
- Phase de réathlétisation (6-12 semaines) : renforcement fonctionnel, exercices sportifs spécifiques, proprioception avancée. Reprise du sport.
Kinésithérapie : 15-30 séances en moyenne après une fracture immobilisée. Prise en charge à 100 % par la Sécurité Sociale. La rééducation peut commencer sous plâtre (contractions isométriques, mobilisation des articulations adjacentes).
Bon à savoir — Fractures et ostéoporose
En France, 150 000 fractures du col du fémur surviennent chaque année, principalement chez les femmes de plus de 75 ans atteintes d'ostéoporose. Une fracture du col du fémur après 80 ans est associée à une mortalité de 20 % à un an. Le dépistage de l'ostéoporose (ostéodensitométrie) et la prévention des chutes sont les deux leviers les plus efficaces pour éviter ces fractures graves.
Source : GRIO 2024, HAS — Ostéoporose post-ménopausique, SOFCOT 2024
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Sources & méthodologie
- [1]SOFCOT — Prise en charge des fractures (2024)
- [2]HAS — Ostéoporose post-ménopausique : prévention des fractures (2024)
- [3]GRIO — Groupe de Recherche et d'Information sur l'Ostéoporose (2024)
- [4]AO Alliance — Fractures du fémur proximal (2025)
- [5]Collège Français de Chirurgie Orthopédique — Référentiel (2024)
Dernière mise à jour : Mars 2026