Fièvre, douleur et soins à domicile
Les bons gestes au bon moment, pour agir avec calme et discernement.La fièvre fait peur. La douleur de l'enfant est parfois difficile à évaluer. Et pourtant, la grande majorité des épisodes se gèrent très bien à la maison, avec les bons repères. Cette page vous donne les outils concrets pour soigner votre enfant sereinement, et savoir quand passer la main.
« On ne traite pas un chiffre sur un thermomètre.
On traite un enfant inconfortable. » HAS, Fiche mémo prise en charge de la fièvre chez l'enfant, 2016
La fièvre est le motif de consultation pédiatrique le plus fréquent. Elle inquiète légitimement les parents, et c'est souvent au milieu de la nuit qu'elle se déclare, loin de tout repère rassurant. L'enjeu n'est pas de faire baisser le thermomètre à tout prix, mais d'assurer le confort de l'enfant et de surveiller l'apparition de signes qui nécessitent une prise en charge médicale.
Cette page couvre les gestes concrets : prendre la température correctement, utiliser les médicaments de façon adaptée, évaluer la douleur chez un enfant qui ne peut pas toujours l'exprimer, et constituer une pharmacie familiale de base. Elle s'adresse aux parents au quotidien, mais aussi aux grands-parents et à toute personne qui garde régulièrement des enfants.
Comprendre et mesurer la fièvre
La fièvre est définie par une élévation de la température centrale au-dessus de 38 °C chez un enfant au repos. Elle n'est pas en elle-même dangereuse : c'est un mécanisme de défense de l'organisme.
Quelle méthode de mesure utiliser ?
| Méthode | À partir de quel âge | Fiabilité | Remarque |
|---|---|---|---|
| Rectale (thermomètre électronique) | Dès la naissance | Référence, la plus précise | Peut être vécue comme invasive après 2 ans |
| Auriculaire (infrarouge) | À partir de 6 mois | Bonne si embout propre et bien positionné | Rapide (1 seconde), bien tolérée |
| Temporale (infrarouge frontal) | À partir de 3 mois | Acceptable, légère sous-estimation fréquente | Non invasive ; confirmer si résultat limite |
| Axillaire | Tout âge | Imprécise, sous-estime de 0,5 à 1 °C | À éviter pour décision clinique |
Le bain tiède a longtemps été conseillé pour faire baisser la fièvre. La HAS a retiré cette pratique de ses recommandations : son effet sur la température est modeste et transitoire, et il peut être source d'inconfort supplémentaire pour un enfant déjà mal à l'aise. Ne pas non plus déshabiller complètement un enfant qui frissonne : les frissons signalent que la température monte encore.
Source : HAS, fiche mémo fièvre de l'enfant, 2016Antipyrétiques : les règles essentielles
Le paracétamol est le médicament de première intention. La dose se calcule toujours sur le poids, jamais sur l'âge. L'alternance paracétamol-ibuprofène n'est plus recommandée en première intention.
Paracétamol : premier choix
Posologie : 15 mg/kg par prise, toutes les 6 heures, sans dépasser 60 mg/kg par jour. À utiliser en monothérapie pendant les 24 premières heures. Jamais plus de 4 prises par jour. Source : HAS, 2016.
Ibuprofène : uniquement en alternative
À partir de 3 mois, uniquement si contre-indication au paracétamol. Jamais en cas de varicelle, de déshydratation, ni en contexte infectieux courant (rhinopharyngite, angine). Source : ANSM, 2023.
Règles absolues
Ne jamais donner d'aspirine à un enfant (risque de syndrome de Reye, potentiellement mortel). Ne jamais alterner paracétamol et ibuprofène sans avis médical. Toujours doser au poids. Source : Ameli.fr, 2024.
Quand traiter ?
Quand l'enfant est inconfortable, agité ou douloureux, et non pas dès que le thermomètre dépasse 38 °C. Un enfant qui joue, mange et boit normalement à 38,5 °C n'a pas forcément besoin d'un antipyrétique.
Évaluer la douleur chez l'enfant
La douleur de l'enfant est souvent sous-estimée. Un nourrisson ou un jeune enfant ne peut pas verbaliser ce qu'il ressent : il faut observer son comportement. Des outils validés existent pour aider les parents et les soignants.
Votre expérience peut aider
D'autres parents confrontés aux maladies pédiatriques partagent leur vécu sur Hospitalidée. Leurs témoignages peuvent vous aider à vous sentir moins seul face à une nuit difficile, et à trouver des repères concrets. Et si vous avez vous-même traversé ces épisodes, votre avis peut faire une vraie différence pour ceux qui vivent la même chose.
🔍 Recherchez « pédiatrie » sur hospitalidee.fr pour lire les avis ou déposer le vôtreDéshydratation : reconnaître et agir vite
Le nourrisson se déshydrate beaucoup plus rapidement que l'adulte. Ses réserves hydriques sont faibles et ses pertes (fièvre, vomissements, diarrhée) peuvent être disproportionnées. C'est une urgence potentielle.
Les signes précoces à surveiller chez le nourrisson et le jeune enfant :
- Pleurs sans larmes (ou larmes très réduites)
- Bouche et langue sèches, salive visqueuse
- Yeux cernés, enfoncés dans leurs orbites
- Fontanelle creuse chez le nourrisson (avant la fermeture vers 18 mois)
- Pli cutané persistant (la peau pincée ne reprend pas immédiatement sa position)
- Absence d'urine depuis plus de 8 heures, couche sèche
- Irritabilité inhabituelle, puis léthargie ou somnolence anormale
Tout signe de déshydratation chez un nourrisson de moins de 6 mois justifie une consultation médicale sans délai.
Les solutions de réhydratation orale (SRO) sont le traitement de référence de la déshydratation légère à modérée. Elles contiennent un équilibre précis de glucose, sodium et potassium pour optimiser l'absorption intestinale. Disponibles en pharmacie sans ordonnance (sachets à diluer dans 200 ml d'eau).
Comment les administrer : proposer de petites quantités fréquentes (5 à 10 ml toutes les 5 à 10 minutes en cas de vomissements). Ne jamais remplacer les SRO par de l'eau seule, du jus de fruit, ou une boisson sucrée : ces liquides n'ont pas la composition électrolytique adaptée et peuvent aggraver la diarrhée. Source : HAS, 2024 · Société française de pédiatrie.
Consultez en urgence ou appelez le 15 si :
- L'enfant refuse totalement de boire ou vomit immédiatement tout ce qu'il absorbe
- Il présente une léthargie, une somnolence inhabituelle ou un regard fixe
- Il s'agit d'un nourrisson de moins de 3 mois avec fièvre et vomissements répétés
- Il n'a pas uriné depuis plus de 8 heures
- La diarrhée contient du sang
La déshydratation sévère (perte de poids supérieure à 10 %) nécessite une réhydratation intraveineuse hospitalière. Elle ne se traite pas à domicile.
Le mythe du « régime sans résidu » (riz, carottes, coings) lors d'une gastro-entérite est dépassé. Les recommandations actuelles préconisent la reprise rapide d'une alimentation normale, adaptée aux goûts et à la tolérance de l'enfant, dès que les vomissements cessent. Cette approche réduit la durée de la diarrhée et améliore la récupération par rapport au régime restrictif traditionnel.
Source : Société française de pédiatrie, recommandations gastro-entérite, 2022Les bons gestes à la maison
Quelques gestes simples et validés font une vraie différence dans le confort de l'enfant malade et permettent d'éviter bon nombre de consultations inutiles.
La désobstruction rhinopharyngée (DRP) consiste à instiller du sérum physiologique dans chaque narine pour ramollir les sécrétions, puis à moucher l'enfant. C'est le geste de base pour toute infection des voies aériennes supérieures chez le nourrisson, qui respire exclusivement par le nez jusqu'à environ 3 mois.
Technique chez le nourrisson : coucher l'enfant la tête tournée sur le côté, instiller 2 à 5 ml de sérum physiologique dans la narine du dessus, puis aspirer avec une mouche-bébé. Recommencer de l'autre côté. À réaliser avant les tétées et le coucher. Source : HAS, recommandations bronchiolite, 2019.
Pour un enfant fiévreux : habiller légèrement (ni trop couvert, ni déshabillé), maintenir la température de la pièce entre 18 et 20 °C, aérer régulièrement. Proposer à boire fréquemment : la fièvre augmente les pertes hydriques.
Les inhalations à la vapeur ne sont plus recommandées en raison du risque de brûlure. Les huiles essentielles sont contre-indiquées chez l'enfant de moins de 7 ans (camphre, eucalyptol) et peuvent provoquer des convulsions ou une dépression respiratoire.
L'anorexie (perte d'appétit) est normale pendant un épisode fébrile. Ne forcez pas l'enfant à manger, mais continuez à lui proposer des aliments. La priorité est l'hydratation.
Pour un nourrisson allaité : maintenir l'allaitement. Le lait maternel apporte anticorps et facteurs de protection, et l'allaitement à la demande aide à maintenir une bonne hydratation. Source : Société française de pédiatrie, 2022.
La pharmacie familiale de base
Quelques produits suffisent pour gérer les épisodes courants à domicile. La liste ci-dessous couvre l'essentiel, avec des repères pour une utilisation adaptée à l'âge de l'enfant.
🌡️ Thermomètre
Un thermomètre électronique rectal reste la référence pour le nourrisson. Un thermomètre auriculaire est plus pratique pour l'enfant plus grand. Vérifiez les piles régulièrement et nettoyez l'embout après chaque utilisation.
💊 Paracétamol pédiatrique
En suspension buvable dosée au poids de votre enfant. Vérifiez la date de péremption deux fois par an. Ne stockez jamais plusieurs formulations différentes pour éviter les confusions de dose.
💧 Sérum physiologique
En unidoses stériles pour les nourrissons, en spray pour les enfants plus grands. Indispensable pour le mouchage, le nettoyage des yeux (conjonctivite), et le rinçage de petites plaies superficielles.
🧪 SRO : solutions de réhydratation orale
Quelques sachets en réserve permettent d'agir dès le début d'une gastro-entérite. À préparer extemporanément (juste avant usage). Ne pas réutiliser une solution préparée depuis plus de 24 heures.
Les essentiels santé
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Questions fréquentes
Pas forcément. La HAS recommande de traiter l'enfant inconfortable, pas le chiffre du thermomètre. Si votre enfant joue, boit et mange normalement, vous pouvez surveiller sans donner d'antipyrétique.
En revanche, si votre enfant est irritable, refuse de boire ou semble souffrir, le paracétamol est tout à fait indiqué. Respectez la posologie au poids (15 mg/kg par prise) et espacez les prises d'au moins 6 heures.
Une convulsion fébrile simple est effrayante à voir, mais dans la grande majorité des cas bénigne et sans séquelles. Elle survient chez 3 à 5 % des enfants entre 6 mois et 5 ans, souvent au moment où la température monte rapidement. Elle dure en général moins de 5 minutes et cède spontanément.
Que faire : allonger l'enfant sur le côté (position latérale de sécurité), ne rien mettre dans la bouche, chronométrer. Appelez le 15 si la convulsion dure plus de 5 minutes, se répète dans les 24 heures, ou si l'enfant ne reprend pas conscience normalement après la crise. Source : Société française de pédiatrie, 2022.
Non, et c'est l'une des recommandations les plus importantes des dernières années. L'ANSM a renforcé ses alertes en 2023 après avoir recensé des cas graves d'infections bactériennes aggravées par l'ibuprofène chez des enfants traités pour une infection courante.
Le paracétamol reste le seul antipyrétique recommandé en cas d'infection courante chez l'enfant. L'ibuprofène peut être utilisé sur avis médical dans des situations spécifiques, mais pas comme alternative de confort dans un contexte infectieux.
Non. Toute fièvre au-dessus de 38 °C chez un nourrisson de moins de 3 mois nécessite une consultation médicale le jour même, sans exception. Chez le très jeune nourrisson, la distinction entre une infection virale bénigne et une infection bactérienne sévère (méningite, sepsis) est impossible sans examen médical et analyses biologiques.
Appelez votre médecin, un SOS Médecins, ou rendez-vous directement aux urgences pédiatriques. Ne perdez pas de temps à surveiller à domicile dans cette tranche d'âge.
Non. Depuis 2019, l'ANSM a contre-indiqué la plupart des sirops antitussifs chez l'enfant de moins de 15 ans, leur efficacité n'ayant pas été démontrée de façon robuste et certains composés présentant des risques d'effets indésirables sérieux.
La toux est un mécanisme de protection des voies respiratoires. La prise en charge repose sur la DRP (désobstruction rhinopharyngée), l'hydratation et la surveillance. Si la toux est sévère, persistante ou accompagnée de difficultés respiratoires, consultez un médecin. Source : ANSM, 2019.
Sources et références
- HAS — Fiche mémo prise en charge de la fièvre chez l'enfant, 2016. has-sante.fr
- ANSM — Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et risque infectieux chez l'enfant, 2023. ansm.sante.fr
- ANSM — Médicaments contre la toux : restrictions d'utilisation chez l'enfant, 2019. ansm.sante.fr
- HAS — Prise en charge de la bronchiolite du nourrisson : DRP et gestes associés, 2019. has-sante.fr
- Société française de pédiatrie — Gastro-entérite aiguë de l'enfant, 2022. sfpediatrie.com
- Ameli.fr — La fièvre chez l'enfant : que faire ?, 2024. ameli.fr
Sélection éditoriale Hospitalidée — toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.