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Guide Pédiatrie

Infections respiratoires et ORL chez l'enfant

Bronchiolite, otite, angine, laryngite : comprendre pour mieux accompagner.

Les infections respiratoires et ORL (oto-rhino-laryngologiques) représentent la grande majorité des consultations pédiatriques en hiver. Cette page détaille chaque pathologie avec ses signes reconnaissables, sa prise en charge et les repères pour décider sereinement de surveiller ou de consulter.

📅 Mis à jour : juin 2026 ✍️ Équipe Hospitalidée 📚 HAS · Santé publique France · Ameli.fr
« L'antibiotique n'est pas automatique.
Pour les infections respiratoires virales, il est inutile et potentiellement dangereux. » Ameli.fr, campagne antibiorésistance, 2024

En France, les infections respiratoires et ORL génèrent plusieurs millions de consultations pédiatriques chaque hiver. Dans la grande majorité des cas, elles sont causées par des virus et guérissent spontanément. Comprendre leur mécanisme aide les parents à accompagner leur enfant avec calme, à éviter les traitements inutiles, et à reconnaître les rares situations qui nécessitent une prise en charge urgente.

Cette page couvre les principales affections respiratoires et ORL de l'enfant. ORL signifie oto-rhino-laryngologie : la spécialité qui prend en charge les affections de l'oreille, du nez et des sinus, et de la gorge. Chaque pathologie est présentée de façon autonome, avec ses signes distinctifs, sa durée habituelle et les gestes adaptés.

Les infections respiratoires et ORL en chiffres

Ces pathologies concentrent l'essentiel de l'activité pédiatrique hivernale. Mieux les connaître, c'est mieux les traverser.

480 000
cas de bronchiolite estimés chaque année en France, touchant environ 30 % des nourrissons de moins de 2 ans
Source : Santé publique France, 2024
5 800
hospitalisations pour bronchiolite évitées grâce au nirsévimab (Beyfortus®) lors de la première campagne 2023-2024
Source : Institut Pasteur · Santé publique France, 2024
8 à 13 %
des consultations pédiatriques sont motivées par une otite moyenne aiguë (OMA), l'une des infections les plus fréquentes chez l'enfant
Source : AP-HM, pédiatrie ORL, 2023
76 à 81 %
d'efficacité du nirsévimab contre les formes graves de bronchiolite nécessitant une réanimation, en vie réelle
Source : Santé publique France · Institut Pasteur, 2024
ORL : un sigle à connaître. Les structures ORL sont anatomiquement proches chez l'enfant, ce qui explique pourquoi un simple rhume peut se compliquer en otite ou en sinusite. La trompe d'Eustache, qui relie le nasopharynx à l'oreille moyenne, est plus courte et plus horizontale chez le jeune enfant, facilitant la migration des germes vers l'oreille.

Rhinopharyngite : le rhume de l'enfant

La rhinopharyngite est l'infection la plus fréquente de l'enfant. Elle est causée par des virus et touche surtout les enfants en collectivité entre octobre et avril.

🤧
Symptômes typiques
Écoulement nasal (clair puis épais et coloré après 2 à 3 jours), légère fièvre, irritabilité, toux sèche en début d'épisode. Chez le nourrisson : difficultés à téter dues à l'obstruction nasale. Durée habituelle : 7 à 10 jours.
💊
Prise en charge
Désobstruction rhinopharyngée (DRP) au sérum physiologique avant chaque repas et le soir. Hydratation abondante. Paracétamol si l'enfant est inconfortable. Aucun antibiotique, aucun sirop antitussif. La couleur des sécrétions nasales n'indique pas une infection bactérienne.
⚠️
Quand consulter
Fièvre persistant plus de 5 jours, fièvre chez un nourrisson de moins de 3 mois, aggravation après amélioration initiale (suspicion d'otite), difficultés respiratoires, refus prolongé de s'alimenter ou de boire. Source : HAS, 2022.
Le saviez-vous ?

Un écoulement nasal vert ou jaune est normal au cours d'une rhinopharyngite virale et ne justifie pas une antibiothérapie. C'est l'un des malentendus les plus fréquents conduisant à une prescription d'antibiotiques inutile en médecine pédiatrique. La couleur des sécrétions reflète la réponse immunitaire, pas la nature bactérienne ou virale de l'infection.

Source : Ameli.fr, 2024

Bronchiolite aiguë du nourrisson

La bronchiolite est une infection virale des petites bronches touchant principalement les nourrissons de moins de 2 ans. Elle constitue une urgence pédiatrique saisonnière majeure en France.

Jour 1 à 2
Phase de rhinite
L'épisode débute comme un rhume banal : nez qui coule, légère fièvre, quelques éternuements. Le nourrisson peut sembler légèrement fatigué mais mange encore normalement. C'est la phase pendant laquelle la désobstruction rhinopharyngée (DRP) fréquente est la plus efficace pour limiter la descente du virus.
Jour 2 à 4
Extension bronchique
Le virus descend vers les bronchioles. Apparition d'une toux sèche, puis d'une respiration rapide et sifflante (wheezing). Les repas deviennent difficiles. C'est la phase de surveillance active : évaluer la fréquence respiratoire, la quantité bue, le comportement général.
Jour 3 à 7
Phase critique potentielle
Le pic de la maladie. Chez les formes sévères : tirage intercostal (creusement entre les côtes), battement des ailes du nez, grognements expiratoires chez le nourrisson. Si l'enfant boit moins de la moitié de sa ration habituelle ou présente des signes respiratoires sévères : consultez en urgence.
Jour 7 à 14
Résolution progressive
La toux persiste souvent 2 à 3 semaines après la guérison clinique, ce qui est normal. La fièvre disparaît en quelques jours. L'alimentation reprend progressivement. Une bronchiolite ne laisse pas de séquelles dans la grande majorité des cas. Source : HAS, 2019.
Le saviez-vous ?

Depuis l'automne 2023, le nirsévimab (Beyfortus®) est proposé aux nouveau-nés en maternité et en ville pour prévenir les formes graves de bronchiolite. En vie réelle, son efficacité contre les formes graves nécessitant une réanimation est estimée entre 76 et 81 %. Il est remboursé à 100 % en maternité. Renseignez-vous auprès de votre sage-femme ou pédiatre dès la grossesse.

Source : Santé publique France · Institut Pasteur, 2024
Signes d'alerte. Appelez le 15 si : respiration très rapide (plus de 60 mouvements par minute chez le nourrisson), tirage intercostal visible, lèvres ou ongles bleutés, grognements à l'expiration, refus total de s'alimenter, somnolence anormale.

Otite moyenne aiguë (OMA)

L'otite moyenne aiguë (OMA) est une inflammation de l'oreille moyenne, le plus souvent complication d'une rhinopharyngite. Elle représente 8 à 13 % des consultations pédiatriques et est la première cause de prescription d'antibiotiques chez l'enfant.

🔊 Symptômes à repérer

Chez le grand enfant : douleur de l'oreille (otalgie), fièvre, diminution de l'audition. Chez le nourrisson : pleurs inhabituels surtout la nuit, agitation, refus du biberon (la déglutition aggrave la douleur), se tire l'oreille. Fièvre présente dans 60 à 70 % des cas.

🔬 Diagnostic par l'otoscope

Seul l'examen du tympan par otoscope permet de poser le diagnostic. Un tympan bombé, rouge vif signe une OMA purulente. Une OMA congestive (tympan rouge sans bombement) peut être d'origine virale et ne nécessite pas d'antibiotiques. Le médecin est seul juge.

💊 Antibiotiques : pas systématiques

Chez l'enfant de plus de 2 ans avec une OMA non sévère, une surveillance de 48 à 72 heures sans antibiotique est possible. L'amoxicilline reste l'antibiotique de première intention si un traitement est décidé. Source : HAS, mise à jour juillet 2024.

🔁 Otites récidivantes

On parle d'otites récidivantes au-delà de 3 épisodes en 6 mois ou 4 en un an. Une consultation ORL s'impose pour évaluer l'indication de drains transtympaniques (yoyos). La vaccination antipneumococcique réduit significativement le risque d'OMA bactérienne. Source : AP-HM, 2023.

Angine et pharyngite

L'angine est une inflammation des amygdales. Elle est virale dans 75 à 90 % des cas chez l'enfant. Le test de diagnostic rapide (TDR) du streptocoque guide la décision d'antibiotraiter.

L'examen clinique seul ne permet pas de distinguer avec certitude une angine virale d'une angine à streptocoque du groupe A (SGA). Le TDR streptococcique, réalisable en 5 minutes au cabinet, permet de guider la décision thérapeutique avec une fiabilité supérieure à 95 %.

Quelques éléments orientent vers une angine à SGA : fièvre élevée brutale, gorge très rouge, exsudat purulent sur les amygdales, absence de toux, ganglions sous-maxillaires douloureux. Mais ces signes ne sont pas suffisamment spécifiques pour décider seul d'un traitement antibiotique.

La scarlatine est une angine à streptocoque du groupe A accompagnée d'une éruption cutanée caractéristique : peau rouge et rugueuse (aspect papier de verre), débutant sur le tronc, épargnant le visage autour de la bouche, langue framboisée.

Le traitement est une antibiothérapie par amoxicilline pendant 6 jours. L'éviction scolaire est obligatoire jusqu'à 48 heures après le début du traitement antibiotique, avec un certificat médical de non-contagion. Source : HAS · HCSP, 2022.

L'indication d'amygdalectomie (ablation des amygdales) repose principalement sur la fréquence des épisodes infectieux documentés. Les critères retenus en France sont généralement : au moins 7 épisodes d'angine en un an, ou 5 par an sur 2 ans, ou 3 par an sur 3 ans. Cette décision relève d'une consultation ORL spécialisée.

L'ablation des amygdales est une chirurgie ambulatoire dans la majorité des cas. Elle réduit significativement la fréquence des angines les deux premières années suivant l'intervention. Source : HAS, recommandations amygdalectomie, 2020.

Laryngite aiguë et coqueluche

Deux affections respiratoires facilement reconnaissables à leurs sons caractéristiques, avec des profils de risque différents selon l'âge et la vaccination.

🗣️
Laryngite aiguë sous-glottique
Touche surtout les enfants de 6 mois à 3 ans. Se manifeste typiquement la nuit par une toux aboyante, une voix rauque et un stridor inspiratoire (bruit aigu à l'inspiration). Causée par un virus, généralement bénigne et résolutive. L'air frais peut temporairement soulager. En cas de stridor au repos ou de cyanose : urgences sans délai.
😮‍💨
Coqueluche
Causée par la bactérie Bordetella pertussis, la coqueluche se reconnaît à ses quintes de toux violentes en salves, terminées par une reprise inspiratoire bruyante (le "chant du coq"). Chez le nourrisson, les quintes peuvent provoquer une apnée ou une cyanose, sans le chant du coq. Contagieuse pendant 3 semaines. Traitement antibiotique (azithromycine) pour réduire la contagiosité. Source : HAS, 2022.
💉
Prévention par la vaccination
La vaccination contre la coqueluche débute à 2 mois. La protection diminue avec le temps : des rappels sont nécessaires à 6 ans, 11-13 ans et à l'âge adulte. La vaccination maternelle est recommandée entre 20 et 36 semaines d'aménorrhée pour protéger le nouveau-né dès la naissance. Source : Calendrier vaccinal, ministère de la Santé, 2024.
Laryngite : l'air frais en premier secours. Face à une toux aboyante nocturne, emmener l'enfant quelques minutes à l'air frais (fenêtre ouverte) peut suffire à calmer le spasme. Si le stridor persiste au repos, si l'enfant bleuît ou semble épuisé par l'effort respiratoire : urgences sans délai.

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Questions fréquentes

Non, pas sur la seule base de la couleur des sécrétions. Un écoulement nasal vert ou jaune est normal au cours d'une rhinopharyngite virale. Il ne signifie pas une surinfection bactérienne. C'est l'examen clinique complet qui oriente la décision, pas la couleur du mucus.

Continuez la DRP au sérum physiologique, hydratez bien votre enfant, et surveillez l'apparition d'autres signes : fièvre dépassant 5 jours, douleur d'oreille, aggravation après amélioration initiale. Ces éléments justifient une consultation.

La bronchiolite et l'asthme partagent certains mécanismes, mais la relation de cause à effet n'est pas établie. Avoir fait une ou plusieurs bronchiolites n'est pas un facteur de risque démontré d'asthme en soi. En revanche, les deux conditions peuvent coexister chez un enfant à terrain atopique (allergique).

Si votre enfant a fait plusieurs épisodes récidivants de difficultés respiratoires, parlez-en à votre pédiatre : un bilan allergologique peut être proposé. Source : Société française de pédiatrie, 2023.

Non, plus en routine. Les recommandations de la HAS révisées en 2019 ont retiré la kinésithérapie respiratoire de la prise en charge standard de la bronchiolite aiguë simple du nourrisson, les études disponibles ne montrant pas de bénéfice clinique significatif.

La prise en charge repose sur la DRP au sérum physiologique, le maintien de l'hydratation, la surveillance et, si nécessaire, l'hospitalisation pour oxygénothérapie. La kiné respiratoire peut être prescrite dans certaines situations particulières sur avis médical.

Oui, c'est malheureusement fréquent. Les enfants en collectivité sont exposés à davantage de virus, et les rhinopharyngites répétées favorisent les otites par contiguïté anatomique. La trompe d'Eustache est plus courte et plus horizontale chez le jeune enfant, facilitant la migration des germes.

Au-delà de 3 épisodes en 6 mois ou 4 en un an, une consultation ORL est recommandée. Elle permettra d'évaluer l'audition, de vérifier l'absence d'otite séromuqueuse, et de discuter d'une éventuelle pose de drains transtympaniques si la situation le justifie.

Sources et références

  • HAS — Prise en charge de la bronchiolite du nourrisson, 2019. has-sante.fr
  • HAS — Antibiothérapie des infections ORL de l'adulte et de l'enfant, 2021. has-sante.fr
  • HAS — Otite moyenne aiguë : mise à jour 2024. has-sante.fr
  • HAS — Amygdalectomie de l'enfant, 2020. has-sante.fr
  • Santé publique France — Surveillance bronchiolite et efficacité nirsévimab, 2024. santepubliquefrance.fr
  • Ministère de la Santé — Calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales, 2024. solidarites.gouv.fr
  • Ameli.fr — Antibiotiques et infections ORL, 2024. ameli.fr

Sélection éditoriale Hospitalidée — toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.

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