Deuil périnatal
Personne ne sort inchangé d'un parcours difficile vers la parentalité. Cette dernière page s'adresse à ceux qui ont traversé une épreuve, et à ceux qui veulent comprendre ce que d'autres vivent en silence.
« Le vent se lève, il faut tenter de vivre. » — Paul Valéry, Le Cimetière marin, 1920
Cette page est probablement la plus difficile du guide. Elle s'adresse à ceux qui ont traversé une épreuve : une fausse couche, plusieurs, un échec de FIV, une mort foetale, un diagnostic difficile, ou simplement l'épuisement d'un parcours qui n'en finit pas.
Elle s'adresse aussi à ceux qui n'ont pas encore vécu tout cela, parce que comprendre ce que d'autres traversent, c'est déjà contribuer à briser le silence qui isole.
Il n'y a pas de bonne façon de vivre une perte. Il n'y a pas de délai raisonnable pour se remettre. Ce que ce guide peut faire, c'est rappeler que ces douleurs sont légitimes, fréquentes, et que des ressources et des personnes formées existent pour les accompagner.
Le deuil périnatal
Perdre une grossesse, quel que soit le stade, est une perte. Pas "un retard de règles dont il faut vite passer". Une perte.
Dans 50 à 60 % des cas, la fausse couche précoce est causée par une anomalie chromosomique aléatoire de l'embryon. Ce n'est lié à rien que la femme a fait ou n'a pas fait. Cette information est rarement donnée spontanément lors du diagnostic, alors qu'elle pourrait considérablement réduire la culpabilité qui accompagne souvent la perte.
Source : HAS, Recommandations sur les fausses couches spontanées, 2022Les étapes du deuil périnatal
Ces phases ne sont pas linéaires. Elles se superposent, reviennent, varient selon les personnes. Il n'y a pas d'ordre obligatoire ni de durée normale.
L'impact sur le couple
L'un des aspects les moins abordés : les deux partenaires ne vivent pas la même épreuve de la même façon, ni au même rythme.
La personne qui porte la grossesse vit la perte dans son corps, à la fois physiquement et émotionnellement. Le partenaire la vit souvent de l'extérieur, dans une posture de soutien qui laisse peu de place à sa propre douleur. Cette asymétrie peut créer des incompréhensions : l'un ressent que l'autre "passe à autre chose trop vite", l'autre peut se sentir exclu du deuil. Ni l'un ni l'autre n'a tort. Ils vivent deux expériences différentes de la même perte.
Source : Inserm, Impact psychologique du deuil périnatal, 2023Nommer ce que l'on ressent sans attendre que l'autre devine. Accepter que l'autre ne vive pas les mêmes émotions au même moment. Ne pas mesurer la douleur de l'un à l'aune de celle de l'autre.
Certains couples trouvent utile de fixer des moments dédiés pour parler du sujet, pour ne pas que le deuil envahisse toutes les conversations tout en lui accordant un espace reconnu. Il n'y a pas de méthode universelle.
Après une fausse couche, une FIV échouée ou un deuil périnatal, la sexualité peut devenir un terrain difficile. Soit parce qu'elle rappelle la perte, soit parce qu'elle est devenue fonctionnelle, réduite à l'objectif de conception. Certains couples choisissent de faire une pause dans les essais pour retrouver une intimité déconnectée de la pression. Ce choix est légitime et souvent bénéfique sur la durée.
Un parcours long et douloureux peut fragiliser une relation. Ce n'est pas un échec, c'est une réalité. Consulter un thérapeute de couple n'est pas réservé aux relations en crise. C'est un espace pour traverser ensemble ce que les mots du quotidien ne suffisent plus à contenir. Plusieurs psychologues sont spécialisés dans l'accompagnement des parcours de PMA et du deuil périnatal.
Votre expérience peut aider
D'autres personnes ayant traversé un deuil périnatal ou un parcours difficile partagent leur vécu sur Hospitalidée. Leurs témoignages peuvent vous aider à vous sentir moins seul dans ce que vous vivez. Et si vous avez vous-même vécu cette expérience, votre avis peut faire une vraie différence pour ceux qui viennent après vous.
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Chercher de l'aide n'est pas un signe de faiblesse. C'est reconnaître que certaines douleurs dépassent ce qu'on peut traverser seul.
Reprendre un projet bébé après une épreuve
Il n'y a pas de bonne réponse universelle. Ce qui compte, c'est que la décision vienne de vous, pas de la pression extérieure.
Sur le plan médical, après une fausse couche précoce, la plupart des équipes recommandent d'attendre simplement le retour de couches, soit 4 à 6 semaines. Sur le plan émotionnel, il n'y a pas de chronomètre. Certains couples ressentent le besoin de reprendre rapidement, d'autres ont besoin de plusieurs mois. Les deux sont valables, à condition que la décision soit consciente et partagée.
La question à se poser : reprend-on par désir réel, ou par peur du vide, ou pour "effacer" la perte sans lui avoir laissé de place ? Ce n'est pas une règle absolue, mais une question utile.
La grossesse après une fausse couche ou un deuil est souvent vécue sous haute tension : chaque symptôme scruté, chaque jour ressenti comme une menace. Cette anxiété est normale et compréhensible. Un accompagnement psychologique pendant cette grossesse suivante peut faire une vraie différence, pas pour "positiver", mais pour disposer d'un espace où cette anxiété peut s'exprimer.
Certaines maternités proposent des consultations de suivi renforcé pour les grossesses après perte. Demandez à votre équipe médicale si ce dispositif existe près de chez vous.
Certains couples, après un ou plusieurs échecs, décident d'arrêter les tentatives. C'est une décision qui mérite autant de respect que celle de continuer, et qui demande souvent autant de courage. Faire le deuil du projet bébé lui-même est un deuil à part entière, distinct de celui de chaque grossesse perdue.
D'autres voies existent : adoption, accueil familial, vie sans enfant choisie. Chacune mérite d'être envisagée librement, sans hiérarchie ni jugement.
Questions fréquentes
Cette phrase, souvent dite avec bienveillance, est l'une des plus difficiles à entendre. Elle sous-entend que la douleur est disproportionnée ou qu'elle devrait avoir une date d'expiration. Vous n'avez pas à minimiser ce que vous ressentez pour mettre votre entourage à l'aise. Dire simplement "je n'ai pas besoin de conseils, j'ai besoin qu'on m'écoute" est une réponse complète.
Partiellement. Depuis 2020, les parents peuvent bénéficier d'un congé pour deuil d'enfant en cas de mort foetale à partir de 22 SA (semaines d'aménorrhée, soit 22 semaines depuis le premier jour des dernières règles), soit 15 jours pour les parents salariés. En dessous de 22 SA, aucun congé légal n'est prévu. Un acte d'enfant sans vie peut être établi par l'état civil pour les grossesses perdues après 14 SA, permettant aux parents de donner un prénom à l'enfant. Cette démarche est optionnelle.
Le dispositif Mon Soutien Psy permet d'accéder à 8 séances par an chez un psychologue conventionné, remboursées à hauteur de 50 à 60 euros par séance, sur prescription médicale. Il s'adresse aux adultes en souffrance psychique d'intensité légère à modérée. Certains centres AMP intègrent un suivi psychologique dans leur parcours : renseignez-vous auprès de votre équipe médicale.
Sources et références
- HAS : Recommandations sur les fausses couches spontanées à répétition, 2022. has-sante.fr
- Inserm : Impact psychologique du deuil périnatal, données épidémiologiques, 2023. inserm.fr
- Service-Public.fr : Congé pour deuil d'enfant et acte d'enfant sans vie, 2024. service-public.fr
- Ameli.fr : Mon Soutien Psy : accès aux psychologues remboursés, 2024. monsoutienpsy.ameli.fr
Sélection éditoriale Hospitalidée. Toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.
Vous avez parcouru les 6 étapes du guide Projet Bébé
Ce guide a voulu mettre des mots sur ce qui se passe rarement avant que ça arrive. Si vous retenez une chose : vous n'êtes pas seul. Ce que vous traversez est partagé par des milliers de couples, souvent en silence.