Le diagnostic et le bilan auditif
Comprendre les examens, savoir à qui s'adresser, préparer sa consultationMédecin traitant, ORL (oto-rhino-laryngologiste), audioprothésiste, le parcours diagnostique peut sembler complexe. Cette page démêle les rôles de chacun, explique ce que contient un bilan auditif, et vous aide à aborder cette étape avec sérénité.
Seul un senior sur trois portant une surdité invalidante utilise un appareil auditif, alors que depuis 2021, ces appareils sont remboursés à 100 % par l'Assurance Maladie. — Dr Quentin Lisan, ORL, hôpital Foch / Inserm, étude Constances, JAMA Network Open, 2022
Parmi les personnes présentant une perte auditive invalidante en France, seulement un tiers porte des appareils auditifs. L'une des raisons les plus fréquentes : ne pas avoir franchi la porte d'un professionnel de santé. Le bilan auditif reste souvent perçu comme une démarche lourde, coûteuse ou réservée aux cas graves, alors qu'il peut être simple, rapide, et pris en charge.
Cette page vous explique comment fonctionne le parcours diagnostique en France, qui fait quoi, et comment aborder ces étapes sans stress, que vous soyez la personne concernée ou le proche qui encourage à consulter.
Le parcours diagnostique en France
Il n'existe pas un seul chemin vers le diagnostic, mais plusieurs portes d'entrée. Selon votre situation, vous pouvez commencer par votre médecin traitant, directement par un audioprothésiste, ou par un ORL.
En 2023, 37,6 % des prescriptions d'aides auditives ont été réalisées par des médecins généralistes, sans passer par un ORL. Le médecin traitant peut prescrire un premier appareillage s'il a suivi une formation spécifique en otologie, une filière qui se développe pour pallier les délais d'accès aux spécialistes.
Source : Syndicat des Audioprothésistes / données SNDS, 2024ORL, audioprothésiste : qui fait quoi ?
Les deux professionnels sont complémentaires et interviennent à des étapes différentes du parcours. Connaître leur rôle respectif permet d'éviter les démarches inutiles et de gagner du temps.
Le médecin ORL
Médecin spécialiste de l'oreille, du nez et de la gorge. Il examine, diagnostique, prescrit et peut opérer. Seul habilité à établir un diagnostic de perte auditive et à prescrire un appareillage auditif remboursable. Consultation entre 60 et 130 euros selon le secteur, partiellement remboursée par l'Assurance Maladie. Source : Audika / Les Furets, 2024.
L'audioprothésiste
Professionnel de santé diplômé d'État, spécialisé en audiologie. Il réalise des tests auditifs, sélectionne et adapte les aides auditives, et assure le suivi. Il ne peut pas poser de diagnostic médical ni prescrire. Son premier bilan est gratuit. Il y avait 5 110 audioprothésistes en France en 2023. Source : Drees, 2023.
Le médecin traitant
Premier recours pour orienter le patient. Peut écarter des causes simples et adresser à un ORL. Peut prescrire un premier appareillage s'il a suivi une formation spécifique en otologie. Interlocuteur de proximité précieux, notamment dans les zones sous-dotées en spécialistes. Source : Ameli.fr, 2023.
L'orthophoniste
Intervient en complément de l'appareillage pour la rééducation auditive et du langage, notamment chez l'enfant ou après une chirurgie (implant cochléaire). Travaille en étroite collaboration avec l'ORL et l'audioprothésiste. Prescrit par le médecin, remboursé par l'Assurance Maladie. Source : Ameli.fr, 2023.
Comment se déroule un bilan auditif ?
Qu'il soit réalisé chez un ORL ou un audioprothésiste, le bilan auditif suit une progression logique. L'examen est indolore, ne nécessite aucune préparation particulière et dure généralement entre 30 et 60 minutes.
Lire un audiogramme : les bases
L'audiogramme est le graphique qui résume les résultats du bilan auditif. Il peut sembler complexe au premier regard, voici comment le décoder simplement.
L'audiogramme présente deux axes : en abscisse (horizontal), les fréquences sonores en hertz, des sons graves à gauche aux sons aigus à droite. En ordonnée (vertical), l'intensité en décibels, du plus silencieux en haut au plus fort en bas. Deux courbes y sont tracées, une pour chaque oreille, indiquant le seuil minimal d'audition à chaque fréquence.
Une perte auditive liée à l'âge (presbyacousie) se traduit typiquement par une courbe qui « plonge » sur les fréquences aiguës à droite du graphique, les graves étant conservés. Une perte due à un traumatisme sonore présente souvent une encoche caractéristique autour de 4 000 Hz, une signature audiométrique reconnaissable, qui peut orienter vers la cause de la perte.
Source : Fondation pour l'Audition / VivaSon, 2024Délais et accès aux soins : la réalité en 2024
Obtenir un rendez-vous chez un ORL est devenu l'une des démarches les plus longues du système de santé français. Connaître les chiffres et les alternatives permet de ne pas rester bloqué.
Bien se préparer à son rendez-vous
Un rendez-vous bien préparé est un rendez-vous plus utile. Quelques réflexes simples permettent au médecin ou à l'audioprothésiste de mieux vous connaître, et à vous d'en repartir avec des réponses claires.
Préparer quelques informations clés rend la consultation beaucoup plus efficace :
- Depuis quand avez-vous remarqué une gêne ? Progressive ou soudaine ?
- Dans quelles situations est-elle la plus gênante : au téléphone, en groupe, face à la télévision, dans le bruit ?
- Un côté ou les deux ? Avez-vous l'impression que l'une des oreilles entend mieux que l'autre ?
- Avez-vous des acouphènes ? Permanents ou intermittents ? Depuis combien de temps ?
- Exposition au bruit : profession exercée, pratique musicale, activités bruyantes passées ou présentes
- Antécédents médicaux : otites à répétition, chirurgies ORL, médicaments pris sur longue durée, traumatismes crâniens
- Antécédents familiaux de perte auditive
Oui, souvent. La personne proche observe des comportements que la personne concernée ne perçoit pas elle-même : le volume de la télévision, les demandes fréquentes de répétition, l'évitement de certaines situations sociales. Ces observations sont précieuses pour le médecin.
Le proche peut également aider à mémoriser les informations données pendant la consultation, utile quand le diagnostic est annoncé pour la première fois, ou quand plusieurs options thérapeutiques sont présentées simultanément.
C'est une situation fréquente. La perte auditive touche à l'image de soi, et la résistance à consulter est souvent liée à la peur de « vieillir » ou de se sentir diminué. Quelques approches qui peuvent aider :
- Présenter le bilan comme une démarche de prévention, pas comme un aveu de handicap
- Proposer d'abord un test auditif gratuit chez un audioprothésiste, sans engagement, sans ordonnance
- Parler du lien entre audition et mémoire, que beaucoup trouvent plus mobilisateur que la question de l'appareillage
- Inviter à y aller pour « lever le doute » plutôt que pour confirmer un diagnostic
La décision finale appartient à la personne concernée. Votre rôle est de rendre le chemin aussi simple et dédramatisé que possible.
Les essentiels santé
🔗 Sélection Hospitalidée, En tant que Partenaire Amazon, Hospitalidée réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises, sans frais supplémentaires pour vous. → En savoir plus sur nos partenariats
Questions fréquentes
Oui, le premier test auditif dans un centre auditif est systématiquement gratuit et sans engagement. Il comprend généralement une otoscopie et une audiométrie tonale, et vous remet un audiogramme. Ce bilan ne nécessite ni ordonnance ni rendez-vous médical préalable.
En revanche, ce bilan n'a pas de valeur médicale légale, il ne peut pas servir de base à une prescription d'appareillage remboursable. Si une perte est détectée, une consultation ORL reste nécessaire pour le diagnostic et la prescription. Source : Les Furets / Optical Center, 2024.
Le coût d'un bilan complet (consultation et audiogramme) chez un ORL varie entre 60 et 130 euros selon le secteur de conventionnement. Pour un ORL en secteur 1 (tarifs opposables), l'Assurance Maladie rembourse 70 % sur la base de 53,13 euros. Le reste à charge dépend de votre mutuelle.
Pour un ORL en secteur 2 ou non conventionné, la base de remboursement est de 23 euros, ce qui peut laisser un reste à charge significatif si votre complémentaire santé ne couvre pas les dépassements d'honoraires. Source : Audika / Les Furets, 2024.
Il n'existe pas d'âge réglementaire pour un premier bilan auditif chez l'adulte. Cependant, plusieurs professionnels recommandent un premier bilan de référence à partir de 50 ans, avant l'apparition de symptômes, pour disposer d'une courbe audiométrique de base à laquelle comparer les bilans ultérieurs.
À tout âge, la présence de symptômes (difficultés à suivre une conversation, acouphènes, demandes fréquentes de répétition) justifie une consultation sans attendre. Source : Inserm, 2024.
Oui, des otites à répétition peuvent entraîner une surdité de transmission temporaire, parfois durable si elles ne sont pas bien traitées. Une consultation ORL pédiatrique est recommandée pour évaluer l'impact sur l'audition, surtout si les épisodes sont fréquents ou si des difficultés scolaires ou langagières sont observées en parallèle.
Chez l'enfant, une perte auditive non dépistée peut avoir des conséquences importantes sur le développement du langage et les apprentissages. Plus le dépistage est précoce, meilleures sont les conditions de prise en charge. Source : Ministère de la Santé, 2022.
Sources et références
- Ameli.fr, Perte d'acuité auditive : bilan et parcours de soins, 2023. ameli.fr
- Inserm, Dr Quentin Lisan et al., cohorte Constances, JAMA Network Open, 2022. inserm.fr
- Drees, Portrait statistique des audioprothésistes en France, 2023. drees.solidarites-sante.gouv.fr
- Syndicat des Audioprothésistes, Données sur les délais d'accès ORL et les prescriptions, 2023-2024.
- Fondation pour l'Audition, Ressources sur le bilan auditif et l'appareillage, 2023. fondationpourlaudition.org
- Ipsos pour la FHF, Baromètre santé : délais d'accès aux spécialistes, mars 2024.
Sélection éditoriale Hospitalidée — toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.