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Embolie pulmonaire : diagnostic et traitement

Comprendre l'embolie pulmonaire, reconnaître les signes d'urgence et connaître les traitements anticoagulants

Cas/an en France

35 000

3e urgence cardiovasculaire (PMSI 2023)

Mortalité à 3 mois

5-10%

si diagnostic et traitement rapides

Incidence annuelle

1/1 000

dans la population générale (OMS 2024)

Pr Guy Meyer

Qu'est-ce que l'embolie pulmonaire ?

L'embolie pulmonaire (EP) est l'obstruction d'une ou plusieurs artères pulmonaires par un caillot sanguin (thrombus), le plus souvent issu d'une thrombose veineuse profonde (TVP) des membres inférieurs. C'est la 3e cause de mortalité cardiovasculaire après l'infarctus et l'AVC.

📋En bref — Points clés à retenir

Urgence vitale

Essoufflement brutal + douleur thoracique + tachycardie → Appeler le 15 immédiatement. La mortalité sans traitement atteint 30%.

Facteurs de risque majeurs

Immobilisation prolongée, chirurgie récente, cancer, contraception œstroprogestative, vol long-courrier, antécédents de phlébite.

Traitement efficace

Anticoagulants pendant 3 à 6 mois (AOD en 1ère intention). Durée prolongée si facteur de risque persistant.

Le caillot migre depuis les veines des jambes ou du bassin vers les poumons via le cœur droit. L'obstruction empêche les échanges gazeux et peut provoquer une défaillance cardiaque droite. Le diagnostic repose sur la probabilité clinique (score de Wells), les D-dimères et l'angioscanner thoracique. Le traitement est l'anticoagulation, parfois la thrombolyse en cas de forme grave.

Signes d'alerte — Quand consulter en urgence

Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate

Essoufflement brutal au repos + douleur thoracique latéralisée + tachycardie > 100 bpm

Appeler le 15 immédiatement

Triade classique de l'embolie pulmonaire. L'angioscanner thoracique en urgence confirme le diagnostic. Anticoagulation immédiate par héparine IV si EP massive.

Hypotension (PAS < 90 mmHg) + signes de choc + cyanose

Appeler le 15 — urgence vitale

EP massive avec défaillance hémodynamique. Indication de thrombolyse systémique (altéplase) ou thrombectomie par cathéter. Mortalité > 25% sans traitement immédiat.

Douleur au mollet + gonflement unilatéral d'un membre inférieur

Consultation urgente même jour

Probable thrombose veineuse profonde, source de l'embolie. Écho-Doppler veineux en urgence. Risque de migration du caillot vers les poumons si non traité.

Comment diagnostiquer une embolie pulmonaire ?

Le diagnostic d'EP suit un algorithme standardisé recommandé par l'ESC 2024 :

  • Étape 1 — Probabilité clinique : le score de Wells simplifié évalue le risque (immobilisation, cancer, ATCD TVP/EP, tachycardie, hémoptysie, chirurgie récente). Score ≤ 4 = probabilité faible/intermédiaire
  • Étape 2 — D-dimères : si probabilité faible/intermédiaire, un dosage négatif (< 500 ng/mL, ajusté à l'âge après 50 ans : âge × 10 ng/mL) exclut le diagnostic avec une VPN > 99%
  • Étape 3 — Angioscanner thoracique : examen de référence si D-dimères positifs ou probabilité forte. Visualise directement le caillot dans les artères pulmonaires. Sensibilité > 95%
  • Alternatives : scintigraphie de ventilation/perfusion si contre-indication au scanner (insuffisance rénale, allergie à l'iode, grossesse)

La troponine et le BNP servent à évaluer le retentissement cardiaque droit (stratification du risque), pas au diagnostic lui-même.

Traitement anticoagulant de l'embolie pulmonaire

Les recommandations ESC 2024 préconisent :

  • EP non grave (majorité des cas) : anticoagulant oral direct (AOD) en 1ère intention — rivaroxaban 15 mg x2/j pendant 21 jours puis 20 mg/j, ou apixaban 10 mg x2/j pendant 7 jours puis 5 mg x2/j
  • EP submassive (risque intermédiaire) : hospitalisation, héparine IV ou HBPM, surveillance rapprochée en USIC. Thrombolyse discutée si dégradation hémodynamique
  • EP massive (choc) : thrombolyse systémique (altéplase 100 mg IV sur 2h) en urgence. Alternative : thrombectomie par cathéter ou chirurgicale dans les centres experts

Durée du traitement :

  • EP provoquée (chirurgie, immobilisation) : 3 mois
  • EP non provoquée (1er épisode) : 6 mois minimum, puis réévaluation du bénéfice/risque
  • EP récidivante ou cancer actif : traitement au long cours

Un écho-Doppler veineux et un bilan de thrombophilie sont recommandés avant l'arrêt du traitement.

Facteurs de risque et prévention

Les facteurs de risque de la maladie thromboembolique veineuse (MTEV) se divisent en :

Facteurs transitoires (risque élevé) :

  • Chirurgie majeure (orthopédique, abdominale, pelvienne) — risque x 10-50
  • Immobilisation > 3 jours (plâtre, alitement, hospitalisation)
  • Voyage > 6 heures (avion, voiture, train)

Facteurs persistants :

  • Cancer actif (surtout pancréas, poumon, ovaire, cerveau) — risque x 4-7
  • Thrombophilie héréditaire (facteur V Leiden, mutation prothrombine)
  • Syndrome des antiphospholipides

Facteurs hormonaux :

  • Contraception œstroprogestative — risque x 3-6 (surtout 3e et 4e génération)
  • Grossesse et post-partum — risque x 5-10
  • THS (traitement hormonal substitutif) — risque x 2

Prévention : bas de contention pour les voyages longs, mobilisation précoce post-chirurgie, HBPM prophylactique en hospitalisation, réévaluation de la contraception en cas d'antécédent.

Vivre après une embolie pulmonaire

Après une EP, la récupération est progressive :

  • Fatigue : fréquente pendant 3 à 6 mois, parfois plus. L'activité physique adaptée accélère la récupération
  • Essoufflement résiduel : normal dans les premières semaines. Si persistant > 3 mois, rechercher une hypertension pulmonaire post-embolique chronique (HTPPC) — 2 à 4% des cas
  • Suivi : consultation pneumologue/cardiologue à 1, 3 et 6 mois avec échocardiographie de contrôle
  • Anticoagulants : prise quotidienne rigoureuse, pas d'automédication (AINS, aspirine), signaler à tout soignant
  • Sport : reprendre progressivement après 4-6 semaines, sports de contact déconseillés sous anticoagulants

Le syndrome post-EP (fatigue chronique, essoufflement, déconditionnement) touche 20-50% des patients. Un programme de réadaptation respiratoire peut améliorer significativement la qualité de vie.

Le saviez-vous ?

Les D-dimères peuvent être faussement positifs chez les personnes > 50 ans, les femmes enceintes, les patients cancéreux ou en post-opératoire. C'est pourquoi le seuil est ajusté à l'âge après 50 ans (âge × 10 ng/mL), évitant 30% de scanners inutiles sans perte de sécurité diagnostique.

Source : ESC 2024, étude ADJUST-PE (Righini et al., JAMA 2014)

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Questions fréquentes

Les réponses aux questions les plus posées par les patients

Sources & méthodologie

  • [1]ESC 2024 — Guidelines on Pulmonary Embolism (2024)
  • [2]ADJUST-PE — Righini et al., JAMA (2014)
  • [3]SFMU — Algorithme diagnostique de l'EP (2023)

Dernière mise à jour : 2025-03-01

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