Douleur thoracique : quand s'inquiéter ?
Reconnaître une douleur cardiaque, savoir quand appeler le 15 et comprendre les examens d'urgence
5%
concernent une douleur thoracique (SFMU 2024)
< 30 min
pour une angioplastie en cas d'infarctus
242 000
pour cardiopathie ischémique en France (SNDS)

Sommaire
Qu'est-ce que la douleur thoracique d'origine cardiaque ?
La douleur thoracique est le motif le plus fréquent d'appel au SAMU-Centre 15. Elle peut avoir des causes très variées — cardiaques (infarctus, angine de poitrine, péricardite), pulmonaires (embolie, pneumothorax), digestives (reflux gastro-œsophagien) ou musculo-squelettiques. L'enjeu est de distinguer rapidement les douleurs qui mettent la vie en danger de celles qui sont bénignes.
📋En bref — Points clés à retenir
Appelez le 15 immédiatement
Si douleur thoracique > 5 minutes, irradiant au bras gauche/mâchoire, avec sueurs ou nausées — ne conduisez pas vous-même.
Pas de panique systématique
70% des douleurs thoraciques aux urgences ne sont pas d'origine cardiaque. Un bilan rapide permet de lever le doute.
Facteurs de risque
Tabac, diabète, hypertension, cholestérol, antécédents familiaux augmentent la probabilité d'une cause cardiaque.
Une douleur thoracique cardiaque typique se manifeste par une sensation d'étau ou de serrement rétrosternal, irradiant vers le bras gauche, la mâchoire ou le dos. Elle survient souvent à l'effort ou au stress. À l'inverse, une douleur piquante, brève, reproduite à la palpation ou modifiée par la position est rarement cardiaque. L'ECG et la troponine sont les examens clés aux urgences.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Douleur thoracique intense en étau > 5 minutes, irradiant au bras gauche ou à la mâchoire
Tableau typique d'infarctus du myocarde (IDM). Chaque minute compte : la mortalité augmente de 7,5% par heure de retard à la revascularisation. Mâcher 250 mg d'aspirine en attendant les secours si non allergique.
Douleur thoracique + essoufflement brutal + tachycardie
Peut évoquer une embolie pulmonaire, surtout après immobilisation prolongée, chirurgie récente ou contraception œstroprogestative. Risque vital si embolie massive.
Douleur thoracique modérée, reproduite à la palpation, sans essoufflement
Probablement d'origine musculo-squelettique (chondrite costale) ou pariétale. Pas d'urgence vitale mais un ECG de contrôle est recommandé pour rassurer.
Comment reconnaître une douleur d'origine cardiaque ?
La douleur thoracique d'origine cardiaque présente des caractéristiques typiques que tout adulte devrait connaître :
- Localisation : rétrosternale (derrière le sternum), en barre, avec une sensation de poids ou d'étau
- Irradiation : vers le bras gauche (parfois les deux bras), la mâchoire inférieure, le dos ou l'épigastre
- Durée : > 5 minutes pour un infarctus, quelques minutes pour un angor (angine de poitrine)
- Circonstances : effort physique, stress émotionnel, exposition au froid — mais peut survenir au repos dans l'infarctus
- Signes associés : sueurs froides, nausées, pâleur, angoisse, sensation de mort imminente
Attention chez la femme : les symptômes sont souvent atypiques — fatigue intense, nausées, douleur épigastrique, essoufflement isolé. L'infarctus de la femme est sous-diagnostiqué car les signes « classiques » sont décrits chez l'homme.
Selon le registre FAST-MI 2020, 40% des femmes présentent des symptômes atypiques contre 20% des hommes, ce qui retarde la prise en charge de 30 minutes en moyenne.
Les causes non cardiaques de douleur thoracique
70% des douleurs thoraciques vues aux urgences ne sont pas d'origine cardiaque. Les principales causes alternatives :
- Digestives (30%) : reflux gastro-œsophagien (RGO), spasme œsophagien, ulcère gastrique — douleur de brûlure, aggravée après les repas, soulagée par les antiacides
- Musculo-squelettiques (25%) : chondrite costale (syndrome de Tietze), contracture musculaire, névralgie intercostale — douleur reproduite à la palpation, modifiée par les mouvements
- Pulmonaires (10%) : embolie pulmonaire, pneumothorax, pleurésie — douleur latéralisée, augmentée à l'inspiration
- Psychogènes (15%) : attaque de panique, anxiété — douleur atypique avec hyperventilation, paresthésies des extrémités
- Péricardite : douleur augmentée en position couchée, soulagée penché en avant, souvent post-infectieuse
Même si la cause semble bénigne, un ECG de repos est recommandé pour tout premier épisode de douleur thoracique chez un adulte > 40 ans.
Les examens pratiqués aux urgences
Aux urgences, le bilan initial suit un protocole standardisé :
- ECG 12 dérivations : réalisé dans les 10 premières minutes. Recherche un sus-décalage du segment ST (signe d'infarctus STEMI), des troubles du rythme ou de la repolarisation
- Troponine ultra-sensible (hs-cTn) : marqueur de souffrance myocardique. Dosée à l'admission puis à H+1 ou H+3. Le protocole « 0/1h » permet d'exclure un infarctus en 1 heure dans 60% des cas
- Radiographie thoracique : recherche un pneumothorax, un épanchement pleural ou un élargissement médiastinal (dissection aortique)
- D-dimères : si suspicion d'embolie pulmonaire (score de Wells ≥ 2), un taux normal exclut le diagnostic
- Échocardiographie : en urgence si instabilité hémodynamique, pour évaluer la fonction cardiaque et rechercher un épanchement péricardique
Selon les recommandations ESC 2023, l'algorithme 0/1h avec troponine ultra-sensible a une valeur prédictive négative > 99,5%, ce qui permet un « rule-out » rapide et sûr.
Que faire en cas de douleur thoracique ?
Étape 1 — Évaluer la gravité :
- La douleur dure-t-elle > 5 minutes ?
- Irradie-t-elle au bras, à la mâchoire ou au dos ?
- Y a-t-il des sueurs, nausées, essoufflement ?
- Le patient a-t-il des facteurs de risque cardiovasculaire ?
Si OUI à ≥ 2 de ces questions → Appeler le 15 immédiatement.
Étape 2 — En attendant les secours :
- S'asseoir ou s'allonger en position semi-assise
- Desserrer les vêtements
- Ne pas faire d'effort physique
- Si disponible et si non allergique : mâcher 250 mg d'aspirine (comprimé à croquer)
- Ne PAS conduire soi-même aux urgences
Étape 3 — Après les urgences : même si le bilan est rassurant, un suivi cardiologique est recommandé dans les 2 semaines pour un test d'effort et une évaluation des facteurs de risque cardiovasculaire.
Le saviez-vous ?
Chez la femme, l'infarctus du myocarde se manifeste souvent sans la douleur thoracique classique : fatigue extrême, nausées, douleur dans le dos ou essoufflement sont les signes les plus fréquents. Le retard de diagnostic chez la femme est en moyenne de 30 minutes, augmentant la mortalité de 12%.
Source : Registre FAST-MI 2020, Société Française de Cardiologie
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