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Guide Gastro-entérologie et Hépatologie

Comprendre les maladies digestives

Du foie au côlon, mettre des mots sur ce que le corps signale

Reflux, côlon irritable, hépatite, maladie de Crohn, cirrhose… L'appareil digestif concentre une grande diversité de pathologies, souvent banalisées ou redoutées. Cette page pose les bases pour comprendre de quoi on parle, que vous soyez concerné directement ou pour un proche.

📅 Mis à jour : avril 2026 ✍️ Équipe Hospitalidée 📚 SNFGE · HAS · Inserm
« La moitié des consultations en médecine générale concernent des symptômes digestifs, et pourtant, les maladies gastro-intestinales restent souvent mal comprises du grand public. » — Société Nationale Française de Gastro-Entérologie (SNFGE), 2023

Les maladies digestives ont ceci de particulier qu'elles touchent une sphère à la fois vitale et intime. Manger, digérer, aller aux toilettes : ces actes du quotidien, invisibles quand tout va bien, deviennent le centre de la vie quand quelque chose se dérègle. Et pendant des années, beaucoup entendent que c'est « dans la tête », « lié au stress », « pas grave ». Ce guide part du principe que ces maladies méritent d'être prises au sérieux, expliquées clairement, sans être minimisées ni dramatisées.

Gastro-entérologie et hépatologie forment une même spécialité médicale. Le gastro-entérologue prend en charge l'ensemble du tube digestif ; l'hépatologue se concentre sur le foie, les voies biliaires et le pancréas. En pratique, les deux disciplines sont souvent exercées par le même médecin, dans les mêmes services hospitaliers.

Les maladies digestives en France

Un Français sur quatre souffre de troubles digestifs chroniques. Ces pathologies représentent la troisième cause d'hospitalisation en France.

5 M
de personnes atteintes de syndrome de l'intestin irritable (SII) en France
Source : SNFGE, 2022
300 000
patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI)
Source : Association François Aupetit, 2023
47 000
nouveaux cas de cancer colorectal diagnostiqués chaque année, 2e cause de mortalité par cancer
Source : INCa, 2023
1 sur 5
Français adultes présente une stéatose hépatique (foie gras), souvent silencieuse
Source : Inserm, 2022
Le saviez-vous ?

Le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic de maladie de Crohn est de 2 à 3 ans en France. Pour le syndrome de l'intestin irritable, certains patients attendent plus de 5 ans avant qu'un nom soit posé sur leurs symptômes, souvent après avoir entendu qu'ils étaient anxieux ou stressés.

Source : Association François Aupetit, enquête patients 2022
Banalisation et errance diagnostique. Les troubles digestifs sont fréquemment minimisés. Un transit irrégulier, des douleurs abdominales récurrentes ou une fatigue inexpliquée méritent une consultation médicale si les symptômes persistent plus de quatre semaines. Source : HAS, 2022.

L'appareil digestif et hépatique

Du tube digestif proprement dit aux organes annexes, foie, vésicule biliaire, pancréas, comprendre l'anatomie aide à situer les symptômes et les maladies.

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Le tube digestif
De la bouche au rectum, il mesure environ 9 mètres. Il comprend l'oesophage, l'estomac, l'intestin grêle (duodénum, jéjunum, iléon) et le côlon (gros intestin). Chaque segment a une fonction précise : broyage, absorption des nutriments, fermentation, élimination.
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Le foie et les voies biliaires
Le foie est le plus grand organe interne, 1,5 kg en moyenne. Il filtre le sang, produit la bile, stocke le glycogène, synthétise des protéines essentielles et détoxifie l'organisme. La vésicule biliaire stocke la bile ; les voies biliaires l'acheminent vers l'intestin. Source : Inserm, 2021.
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Le pancréas
Glande mixte à double fonction : exocrine (production d'enzymes digestives) et endocrine (sécrétion d'insuline et de glucagon). Le pancréas est au carrefour de la digestion et du métabolisme, ses pathologies peuvent être à la fois digestives et métaboliques.
Le saviez-vous ?

Environ 70 % des cellules immunitaires de l'organisme se trouvent dans la paroi intestinale. L'intestin n'est pas seulement un organe de digestion : c'est une véritable barrière immunitaire dont la perturbation (dysbiose) est associée à de nombreuses maladies chroniques digestives et extra-digestives.

Source : Inserm, dossier microbiote intestinal, 2023

Les grandes familles de pathologies

Gastro-entérologie et hépatologie couvrent un spectre très large de maladies, fonctionnelles, inflammatoires, infectieuses, tumorales.

Maladies fonctionnelles

Syndrome de l'intestin irritable (SII), dyspepsie fonctionnelle, reflux gastro-oesophagien (RGO)… Ces pathologies très fréquentes se caractérisent par des symptômes gênants sans lésion organique identifiable. Elles altèrent fortement la qualité de vie malgré l'absence de maladie visible à l'examen.

Maladies inflammatoires chroniques

La maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique (RCH) constituent les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI). Elles évoluent par poussées et rémissions, nécessitent un suivi spécialisé au long cours et bénéficient aujourd'hui de biothérapies très efficaces.

Maladies du foie et du pancréas

Hépatites virales (B, C), stéatohépatite non alcoolique (NASH), cirrhose, lithiase biliaire, pancréatite aiguë ou chronique… Ces pathologies peuvent évoluer silencieusement pendant des années. Le dépistage précoce est souvent déterminant pour l'évolution.

Cancers digestifs

Cancer colorectal, cancer de l'estomac, de l'oesophage, du foie, du pancréas… Détectés tôt, beaucoup sont accessibles à un traitement curatif. Le cancer colorectal bénéficie d'un programme national de dépistage organisé dès 50 ans. Source : INCa, 2023.

Pathologie Prévalence estimée Caractéristique principale
Syndrome de l'intestin irritable ~5 millions Fonctionnelle, sans lésion organique
Reflux gastro-oesophagien ~4 millions Très fréquent, souvent bénin
Stéatose hépatique (NASH) ~13 millions Souvent silencieuse, liée au mode de vie
MICI (Crohn et RCH) ~300 000 Évolution par poussées, prise en charge à 100 %
Cancer colorectal 47 000 nouveaux cas/an Dépistage organisé dès 50 ans

Sources : SNFGE, INCa, Inserm, Association François Aupetit, 2022-2023.

Comment arrive le diagnostic ?

Le parcours diagnostique débute souvent en médecine générale, avant d'être orienté vers un spécialiste. Les examens endoscopiques jouent un rôle central.

Premier signal
Des symptômes à ne pas ignorer
Douleurs abdominales persistantes, modification du transit, sang dans les selles, perte de poids inexpliquée, jaunisse, nausées chroniques, brûlures remontantes… Ces signes justifient une consultation médicale sans délai, notamment s'ils s'installent dans la durée.
Bilan initial
Analyses biologiques et imagerie de première ligne
Bilan sanguin (numération formule sanguine, bilan hépatique, marqueurs inflammatoires, sérologies hépatites), échographie abdominale et test de dépistage colorectal (test immunologique des selles dès 50 ans) constituent les examens de première intention.
Endoscopie
Gastroscopie et coloscopie
La gastroscopie explore l'oesophage, l'estomac et le duodénum. La coloscopie explore le côlon et le rectum. Ces examens permettent de visualiser directement la muqueuse, de prélever des biopsies et, dans de nombreux cas, de traiter certaines lésions (polypes, saignements). Ils se déroulent sous anesthésie légère ou sédation.
Imagerie avancée
Scanner, IRM et échoendoscopie
Le scanner abdominal et l'IRM permettent d'évaluer l'étendue des lésions et de détecter des complications. L'échoendoscopie, combinant endoscopie et ultrasons, offre une vision précise des parois digestives et des organes adjacents, clé pour le bilan des tumeurs du pancréas ou des voies biliaires.
Confirmation
Biopsie et anatomopathologie
Dans de nombreuses pathologies (MICI, cancers, hépatites chroniques, maladie cœliaque), l'analyse de prélèvements tissulaires sous microscope est indispensable pour établir un diagnostic définitif. La ponction-biopsie hépatique reste la référence pour évaluer le stade de fibrose, bien qu'elle soit de plus en plus remplacée par des tests non invasifs (FibroScan, FibroTest).
Le dépistage organisé du cancer colorectal. En France, toute personne de 50 à 74 ans reçoit tous les deux ans une invitation à réaliser un test immunologique de recherche de sang occulte dans les selles (test FIT). Simple, gratuit et réalisable à domicile, il permet de détecter précocement des lésions précancéreuses. Son taux de participation reste insuffisant : environ 35 % seulement. Source : INCa, 2023.

Le parcours de soin en gastro-entérologie

La prise en charge est coordonnée entre médecin généraliste et gastro-entérologue, avec le patient au centre du dispositif.

Le médecin traitant est l'interlocuteur de premier recours pour tout symptôme digestif. C'est lui qui oriente vers le gastro-entérologue selon les résultats du bilan initial. Pour les maladies chroniques ou complexes, la prise en charge se fait en lien étroit avec un service hospitalier spécialisé.

La consultation spécialisée

Le gastro-entérologue établit le diagnostic, prescrit les examens complémentaires, propose un plan thérapeutique et assure le suivi régulier. En cas de pathologie complexe ou de cancer, le dossier est présenté en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) avant toute décision importante.

Les pathologies en prise en charge à 100 %

Plusieurs maladies digestives ouvrent droit à une prise en charge à 100 % au titre des affections de longue durée (ALD) : MICI (Crohn, RCH), cirrhose, cancers digestifs, maladie cœliaque compliquée. Votre médecin traitant peut initier la demande d'ALD en lien avec le spécialiste.

L'éducation thérapeutique

Pour les maladies chroniques comme les MICI ou la cirrhose, des programmes d'éducation thérapeutique du patient (ETP) sont proposés dans de nombreux centres. Ils permettent d'apprendre à gérer sa maladie au quotidien, à reconnaître les signes d'alerte et à adapter son mode de vie.

L'accès aux essais cliniques

La gastro-entérologie et l'hépatologie sont des domaines de recherche très actifs. Des essais cliniques testent régulièrement de nouvelles molécules (biothérapies, antiviraux, thérapies ciblées). N'hésitez pas à demander à votre équipe si votre situation pourrait être éligible à un essai en cours.

Les centres experts. Pour les MICI, des centres de référence GETAID sont présents dans les grands centres hospitaliers universitaires (CHU). Pour les maladies rares du foie, le réseau Filfoie regroupe les centres de compétence nationaux. Pour les cancers digestifs, les réseaux régionaux d'oncologie digestive coordonnent les prises en charge complexes.

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Questions fréquentes

En France, gastro-entérologie et hépatologie forment une même spécialité médicale. La plupart des médecins spécialistes exercent les deux disciplines. Le terme « hépatologue » désigne un gastro-entérologue ayant développé une expertise particulière dans les maladies du foie, des voies biliaires et du pancréas.

Dans les grands centres hospitaliers, certains praticiens se consacrent exclusivement aux maladies hépatiques, notamment dans les services spécialisés en transplantation hépatique.

Le test immunologique de dépistage (test FIT) est recommandé tous les deux ans pour toute personne de 50 à 74 ans, même sans symptôme. Si ce test est positif, une coloscopie est alors proposée. Environ 96 % des tests FIT sont négatifs et ne nécessitent pas de coloscopie complémentaire.

Une coloscopie d'emblée est recommandée en cas de symptômes suspects, d'antécédents personnels de polypes ou de cancer colorectal, ou d'antécédents familiaux au premier degré. Source : HAS, 2023.

Oui. Le SII est une pathologie digestive reconnue, caractérisée par des douleurs abdominales chroniques associées à des troubles du transit, sans lésion organique visible. Il concerne environ 10 à 15 % de la population mondiale et affecte significativement la qualité de vie.

L'absence de lésion visible ne signifie pas que les symptômes sont imaginaires. Des anomalies de la sensibilité intestinale, de la motricité du côlon et des interactions entre le microbiote et le système nerveux entérique sont bien documentées. Source : SNFGE, 2022.

Oui. Depuis 2014, des antiviraux à action directe (AAD) permettent de guérir l'hépatite C dans plus de 95 % des cas, en 8 à 12 semaines de traitement, avec très peu d'effets secondaires. Ces traitements sont pris en charge à 100 % par l'Assurance Maladie en France.

La guérison virologique ne signifie pas que les lésions hépatiques préexistantes disparaissent. Un suivi hépatologique régulier reste nécessaire après la guérison, notamment pour surveiller l'évolution de la fibrose. Source : HAS, 2022.

La maladie de Crohn peut toucher n'importe quel segment du tube digestif de façon discontinue, et atteindre toute l'épaisseur de la paroi intestinale. La rectocolite hémorragique (RCH) touche exclusivement le rectum et remonte plus ou moins haut dans le côlon, de façon continue.

Le diagnostic est établi par le gastro-entérologue sur la base d'une coloscopie avec biopsies multiples, associée à une imagerie. Dans environ 10 % des cas, la distinction reste incertaine : on parle alors de colite inclassée. Source : Association François Aupetit, 2023.

Sources et références

  • SNFGE : Maladies inflammatoires chroniques de l'intestin : épidémiologie et prise en charge, 2022. snfge.org
  • HAS : Protocole national de diagnostic et de soins, Maladie de Crohn, 2022. has-sante.fr
  • HAS : Dépistage du cancer colorectal, 2023. has-sante.fr
  • INCa : Les cancers digestifs en France, données épidémiologiques, 2023. e-cancer.fr
  • Inserm : Dossier microbiote intestinal, 2023. inserm.fr
  • Association François Aupetit : Enquête nationale sur le vécu des patients atteints de MICI, 2022. afa.asso.fr

Sélection éditoriale Hospitalidée, toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.

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