Goutte : crise, traitement de fond et prévention des récidives
Guide complet sur la goutte, l'hyperuricémie et les cristaux d'urate en 2024
600 000
Prévalence 1% de la population adulte, 3x plus fréquente chez l'homme
< 60 mg/L
Objectif thérapeutique pour dissoudre les cristaux
90%
Avec un traitement hypo-uricémiant bien conduit

Sommaire
Qu'est-ce que la goutte (arthropathie microcristalline) ?
La goutte est causée par le dépôt de cristaux d'urate monosodique dans les articulations et les tissus mous, consécutif à une hyperuricémie chronique (> 68 mg/L ou 400 µmol/L). La crise typique est une mono-arthrite aiguë du gros orteil (podagre).
📋En bref — Points clés à retenir
Crise de goutte
Mono-arthrite aiguë brutale du gros orteil — colchicine dans les 12 premières heures.
Traitement de fond
Allopurinol pour atteindre une uricémie < 60 mg/L et dissoudre les cristaux.
Ne jamais arrêter
Le traitement de fond doit être maintenu à vie pour prévenir les récidives.
Régime alimentaire
Réduire alcool (bière ++), viandes rouges, abats, sodas sucrés.
Le diagnostic de certitude repose sur la mise en évidence de cristaux d'urate dans le liquide articulaire (ponction). Le traitement distingue deux phases : traitement de la crise (colchicine, AINS ou corticoïdes) et traitement de fond hypo-uricémiant (allopurinol, fébuxostat) pour atteindre l'objectif d'uricémie < 60 mg/L. L'Académie nationale de médecine insiste sur la nécessité de maintenir le traitement de fond même après la crise pour prévenir les récidives et les complications (tophus, néphropathie uratique).
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Articulation rouge + chaude + fièvre > 38,5°C
La crise de goutte peut mimer une infection articulaire. Une ponction articulaire est nécessaire en urgence si fièvre associée.
Crise de goutte chez un patient sous anticoagulants
La colchicine interagit avec certains anticoagulants. Adaptation thérapeutique nécessaire.
Douleur articulaire brutale + calculs rénaux
Association goutte + lithiase urique : rechercher une néphropathie uratique.
La crise de goutte : reconnaître et traiter en urgence
La crise de goutte typique est une mono-arthrite aiguë d'installation brutale, maximale en 6-12 heures, atteignant dans 70% des cas la première articulation métatarsophalangienne (podagre). L'articulation est rouge, chaude, extrêmement douloureuse, avec impotence fonctionnelle totale.
Traitement de la crise (recommandations EULAR 2023) :
• Colchicine : traitement de référence, efficace si débutée dans les 12 premières heures. Posologie : 1 mg puis 0,5 mg 1 heure après (1,5 mg le premier jour), puis 0,5 mg x 2-3/j pendant 3-5 jours. Attention aux interactions (macrolides, statines, ciclosporine) et à l'insuffisance rénale.
• AINS : naproxène 550 mg x 2/j ou indométacine 50 mg x 3/j pendant 5-7 jours. Contre-indiqués si insuffisance rénale, ulcère gastrique ou anticoagulants.
• Corticoïdes : prednisolone 30-35 mg/j pendant 3-5 jours, ou infiltration intra-articulaire. Option en cas de contre-indication à la colchicine et aux AINS.
• Anti-IL1 (anakinra, canakinumab) : réservés aux crises réfractaires ou si toutes les autres options sont contre-indiquées.
Mesures associées : repos articulaire, glaçage (20 min x 3/j), ne jamais arrêter le traitement hypo-uricémiant en cours pendant la crise.
Traitement de fond : atteindre l'objectif d'uricémie
Le traitement hypo-uricémiant est la pierre angulaire de la prise en charge à long terme. Il est indiqué après la première crise si : crises récurrentes (≥ 2/an), tophus, arthropathie goutteuse chronique, lithiase urique, ou uricémie très élevée (> 90 mg/L).
Allopurinol (inhibiteur de la xanthine oxydase) : traitement de première intention. Débuter à 100 mg/j (50 mg si insuffisance rénale), augmenter de 100 mg toutes les 2-4 semaines jusqu'à l'objectif d'uricémie < 60 mg/L (ou < 50 mg/L si tophus). Dose usuelle : 200-300 mg/j, parfois jusqu'à 900 mg/j. Risque rare mais grave de syndrome DRESS/Lyell (dépistage HLA-B*5801 chez les patients d'origine asiatique ou africaine).
Fébuxostat (80-120 mg/j) : alternative si intolérance ou contre-indication à l'allopurinol. Efficacité supérieure pour atteindre la cible. Précautions cardiovasculaires (étude CARES).
Prophylaxie des crises induites : pendant les 6 premiers mois de traitement hypo-uricémiant, la dissolution des cristaux peut déclencher des crises. Prophylaxie par colchicine 0,5-1 mg/j pendant 6 mois.
Suivi : uricémie tous les 3 mois la première année, puis tous les 6 mois. Objectif < 60 mg/L. Ne jamais arrêter le traitement, même en l'absence de crises.
Régime alimentaire et hygiène de vie
Les mesures diététiques sont complémentaires au traitement médicamenteux (réduction de 10-15% de l'uricémie seule) :
Aliments à limiter : viandes rouges et abats (foie, rognons), fruits de mer (crevettes, moules, anchois), bière (y compris sans alcool, riche en purines), alcools forts, sodas sucrés (fructose = hyperuricémiant).
Aliments protecteurs : produits laitiers maigres (effet uricosurique), cerises (réduction du risque de crise de 35%, étude arthritis & rheumatology 2012), vitamine C (500 mg/j, modeste effet uricosurique), café (effet protecteur dose-dépendant).
Hydratation : 1,5-2 L d'eau/jour (pas de jus de fruits sucrés). L'eau bicarbonatée (Vichy, Saint-Yorre) alcalinise les urines et prévient les calculs uriques.
Perte de poids : un IMC > 30 multiplie par 3 le risque de goutte. Une perte de 5-10% du poids réduit significativement l'uricémie. Éviter les régimes drastiques (jeûne, cétogène strict) qui déclenchent des crises par cétose.
Médicaments hyperuricémiants : identifier et remplacer si possible : diurétiques thiazidiques (hydrochlorothiazide), aspirine à faible dose, ciclosporine. Préférer le losartan (effet uricosurique) parmi les antihypertenseurs.
Complications de la goutte non traitée
La goutte non traitée ou mal traitée évolue vers des complications sévères :
Tophus : dépôts d'urate visibles sous la peau (oreilles, coudes, doigts, pieds), apparaissant après 5-10 ans d'hyperuricémie non contrôlée. Les tophus se résorbent en 6-24 mois sous traitement hypo-uricémiant efficace.
Arthropathie goutteuse chronique : destruction articulaire progressive, déformations, impotence fonctionnelle. Irréversible si diagnostic tardif.
Néphropathie uratique : dépôts rénaux d'urate entraînant une insuffisance rénale chronique. 20% des goutteux développent des calculs rénaux d'acide urique.
Risque cardiovasculaire : l'hyperuricémie est un facteur de risque cardiovasculaire indépendant. Les patients goutteux ont un risque d'infarctus augmenté de 60% et d'AVC de 40%. Le contrôle de l'uricémie et des facteurs de risque associés (HTA, diabète, dyslipidémie) est essentiel.
Syndrome métabolique : 60% des goutteux présentent un syndrome métabolique (obésité abdominale, HTA, diabète, dyslipidémie). La prise en charge doit être globale.
Le saviez-vous ?
L'Académie nationale de médecine rappelle qu'il ne faut jamais arrêter le traitement hypo-uricémiant (allopurinol) en cas de crise de goutte. L'arrêt provoque des fluctuations d'uricémie qui aggravent et prolongent la crise. Le traitement doit être poursuivi à vie.
Source : Académie nationale de médecine, 2024
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