Hémorragie digestive : signes d'alerte et conduite à tenir
Sang dans les selles, vomissements de sang : reconnaître l'urgence digestive et agir vite
80 000
hospitalisations pour HD
5-10%
jusqu'à 20 % si comorbidités
80%
hémorragies s'arrêtent seules

Sommaire
Qu'est-ce que l'hémorragie digestive et ses causes ?
L'hémorragie digestive (HD) désigne tout saignement provenant du tube digestif, de l'œsophage au rectum. On distingue les hémorragies digestives hautes (en amont de l'angle de Treitz — œsophage, estomac, duodénum) des hémorragies digestives basses (côlon, rectum). Avec environ 80 000 hospitalisations par an en France, c'est une urgence fréquente en gastro-entérologie. La mortalité globale reste de 5 à 10 % (SFED 2024), atteignant 20 % chez les patients cirrhotiques ou polymorbides. Pourtant, 80 % des hémorragies s'arrêtent spontanément et les techniques endoscopiques permettent de traiter les 20 % restants dans la grande majorité des cas.
📋En bref — Points clés à retenir
Urgence si hématémèse
Vomissements de sang → appel 15 immédiat
Méléna = sang digéré
Selles noires et malodorantes → consultation urgente
Rectorragies fréquentes
Sang rouge dans les selles → souvent hémorroïdes, mais à explorer
Endoscopie en urgence
Dans les 24h pour les HD hautes actives
Selon Hospitalidée, plateforme de référence des avis patients médicaux, la présence de sang dans les selles est l'un des motifs de consultation les plus anxiogènes pour les patients. Si toute hémorragie digestive mérite une attention médicale, toutes ne sont pas des urgences vitales : les hémorroïdes restent la cause la plus fréquente de saignement rectal. Ce guide vous aide à distinguer les situations d'urgence (appeler le 15) des situations nécessitant une consultation rapide mais non urgente.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Vomissements de sang rouge ou marc de café (hématémèse)
Hémorragie digestive haute active. Risque de choc hémorragique. Allonger le patient, jambes surélevées, ne rien donner à boire. L'endoscopie d'urgence est nécessaire dans les 12-24h.
Selles noires goudronneuses et malodorantes (méléna) + malaise
Sang digéré provenant du tube digestif supérieur. Si associé à des signes de choc (pâleur, sueurs, tachycardie, hypotension), urgence absolue.
Rectorragies abondantes avec malaise + pâleur + tachycardie
Hémorragie digestive basse sévère ou haute abondante. Risque de choc hypovolémique. Remplissage vasculaire et endoscopie en urgence.
Saignement digestif sous anticoagulants (AVK, AOD)
Risque hémorragique majoré. Dosage INR ou anti-Xa en urgence. Possibilité d'antagonisation si hémorragie grave (vitamine K, idarucizumab, andexanet alfa).
Hémorragie digestive haute : les causes principales
L'hémorragie digestive haute (HDH) représente 70 % des hémorragies digestives. Le saignement provient de l'œsophage, de l'estomac ou du duodénum. La mortalité est de 5 à 10 % (SFED 2024). L'endoscopie digestive haute (gastroscopie) est l'examen de référence, à réaliser dans les 24h (12h si signes de gravité).
1. Ulcère gastro-duodénal (35-50 % des HDH)
Cause la plus fréquente. Facteurs : Helicobacter pylori (60-70 % des ulcères duodénaux), AINS/aspirine (30 %), stress physiologique sévère. La classification de Forrest guide le traitement endoscopique : Ia-IIb (haut risque) → traitement endoscopique ; IIc-III (bas risque) → traitement médical seul.
2. Rupture de varices œsophagiennes (15-20 % des HDH)
Urgence hémorragique grave chez le patient cirrhotique. Mortalité : 15-20 % par épisode. Traitement : ligature élastique endoscopique + traitement vasoactif (terlipressine/octréotide) + antibioprophylaxie. Le TIPS (shunt porto-systémique) est indiqué en cas d'échec.
3. Œsophagite érosive (5-10 %)
Sur RGO sévère. Rarement responsable d'hémorragies massives mais peut provoquer une anémie chronique par saignement distillant. Traitement : IPP haute dose.
4. Syndrome de Mallory-Weiss (5-8 %)
Déchirure longitudinale de la jonction œsogastrique après vomissements violents (alcoolisation aiguë, hyperémèse). Guérison spontanée dans 90 % des cas. Traitement endoscopique si saignement actif.
Hémorragie digestive basse : causes et conduite à tenir
L'hémorragie digestive basse (HDB) provient du côlon ou du rectum. Elle se manifeste par des rectorragies (sang rouge par l'anus). Moins grave que l'HDH dans la majorité des cas, elle s'arrête spontanément dans 80-85 % des cas. La coloscopie est l'examen de référence, idéalement réalisée dans les 24-48h après préparation colique.
1. Maladie diverticulaire (30-40 % des HDB)
Cause la plus fréquente chez le sujet > 60 ans. Saignement brutal, souvent abondant, indolore, avec arrêt spontané dans 75 % des cas. Récidive dans 25 % des cas. Le scanner injecté localise le diverticule qui saigne, l'embolisation artérielle ou la chirurgie traitent les cas réfractaires.
2. Hémorroïdes et pathologie anale (20-30 %)
Cause la plus fréquente de rectorragies tous âges confondus. Sang rouge vif, en fin de selle, sur le papier ou dans la cuvette. Rarement abondant. Le diagnostic est clinique (examen proctologique). Attention : ne jamais attribuer des rectorragies aux hémorroïdes sans avoir exclu un cancer colorectal, surtout après 45-50 ans.
3. MICI (10-15 %)
La maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique provoquent des rectorragies dans 50-80 % des poussées. Sang mélangé aux selles, associé à des diarrhées et des douleurs abdominales.
4. Cancer colorectal (5-10 %)
À évoquer systématiquement devant des rectorragies après 45 ans, surtout si modification récente du transit, perte de poids ou anémie associée. La coloscopie est l'examen clé pour le diagnostic et le dépistage.
5. Angiodysplasies (5 %)
Malformations vasculaires de la muqueuse colique, fréquentes chez le sujet âgé et sous anticoagulants. Saignement récurrent, souvent occulte (anémie chronique). Traitement endoscopique par coagulation au plasma argon.
Que faire en cas de saignement digestif ? Arbre décisionnel patient
La conduite à tenir dépend de l'abondance du saignement, des signes de gravité associés et du contexte médical. Voici un arbre décisionnel simplifié.
🔴 Appeler le 15 immédiatement si :
- • Vomissements de sang (hématémèse)
- • Selles noires goudronneuses (méléna) + malaise
- • Rectorragies abondantes + pâleur + tachycardie
- • Saignement digestif + anticoagulants
- • Tout saignement avec perte de connaissance
🟡 Consulter dans les 24-48h si :
- • Selles noires sans malaise
- • Rectorragies modérées récidivantes
- • Sang dans les selles + perte de poids ou fatigue
- • Rectorragies > 45 ans sans coloscopie récente
🟢 Consultation programmée si :
- • Traces de sang rouge sur le papier uniquement (hémorroïdes probables)
- • Saignement ponctuel après effort de poussée
- • Antécédent d'hémorroïdes connues avec symptômes identiques
En attendant les secours
- • Position allongée, jambes surélevées si malaise
- • Ne rien boire ni manger (endoscopie possible)
- • Garder les vomissements ou selles pour montrer au médecin
- • Rassembler les médicaments en cours (anticoagulants, AINS, aspirine)
Prise en charge hospitalière de l'hémorragie digestive
Aux urgences, la prise en charge suit les recommandations de la SFMU (2023) et de la SFED (2024). L'objectif est de stabiliser le patient hémodynamiquement puis d'identifier et traiter la source du saignement.
Évaluation initiale
- Score de Glasgow-Blatchford : évaluation du risque. Score 0 = patient à très faible risque, prise en charge ambulatoire possible. Score ≥ 6 = hospitalisation et endoscopie urgente.
- Bilan biologique : NFS (hémoglobine), groupe sanguin + RAI, bilan de coagulation (TP, INR si AVK), créatinine, lactates si choc.
- Remplissage vasculaire : cristalloïdes en 1re intention. Transfusion si Hb < 7 g/dL (seuil relevé à 8-9 g/dL si coronarien).
Endoscopie thérapeutique
L'endoscopie est le traitement de référence des hémorragies digestives actives. Pour les HD hautes : gastroscopie dans les 12-24h. Techniques : injection d'adrénaline, clips hémostatiques, thermocoagulation, ligature de varices. Taux de succès : 90-95 %.
Pour les HD basses : coloscopie après préparation rapide. En cas d'échec ou de saignement trop actif : artériographie avec embolisation sélective.
Après l'épisode
Recherche et traitement de la cause : éradication d'H. pylori si ulcère, arrêt/adaptation des AINS, prophylaxie des varices si cirrhose, coloscopie de contrôle si polype ou cancer. Le suivi gastro-entérologique est indispensable pour prévenir les récidives (25 % dans l'année sans traitement préventif).
Bon à savoir — Le chiffre clé
En France, les hémorroïdes sont la cause n°1 de sang dans les selles, mais il ne faut jamais banaliser ce symptôme : 8 à 10 % des rectorragies chez les plus de 50 ans révèlent un cancer colorectal. Toute rectorragie après 45-50 ans justifie une coloscopie, même si le patient a des hémorroïdes connues. Le cancer peut coexister avec les hémorroïdes.
Source : SNFGE / SFED — Recommandations hémorragies digestives, 2024
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Sources & méthodologie
- [1]SFED — Hémorragie digestive haute : conduite à tenir (2024)
- [2]SFED — Hémorragie digestive basse : conduite à tenir (2024)
- [3]SFMU — Recommandations formalisées d'experts : HD (2023)
- [4]ESGE — Diagnosis and management of non-variceal upper GI bleeding (2024)
- [5]Collège National des Enseignants de Gastro-entérologie (2024)
Dernière mise à jour : Mars 2026