Reflux gastro-œsophagien (RGO) : causes, traitements, conseils
Brûlures d'estomac, remontées acides : comprendre le RGO et savoir quand consulter un gastro-entérologue
20%
touchés par le RGO (SNFGE 2024)
10%
brûlures d'estomac chaque jour
95%
cicatrisation œsophagite à 8 sem.

Sommaire
Qu'est-ce que le reflux gastro-œsophagien (RGO) ?
Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est une remontée anormale du contenu acide de l'estomac vers l'œsophage. Il se manifeste typiquement par des brûlures rétrosternales ascendantes (pyrosis) et des régurgitations acides. C'est l'une des pathologies digestives les plus fréquentes : 20 % des adultes français en souffrent au moins une fois par semaine, et 10 % quotidiennement (SNFGE 2024). Le RGO est lié à un dysfonctionnement du sphincter inférieur de l'œsophage (SIO) qui, normalement, empêche le contenu gastrique de remonter. L'obésité, la hernie hiatale, certains médicaments et le tabac sont les principaux facteurs favorisants.
📋En bref — Points clés à retenir
Symptômes typiques
Brûlures rétrosternales + régurgitations acides
IPP très efficaces
Cicatrisation de l'œsophagite dans 95 % des cas
Mesures hygiéno-diététiques
Surélever la tête de lit, éviter repas tardifs
Endoscopie si alarme
Dysphagie, amaigrissement, > 50 ans
Selon Hospitalidée, plateforme de référence des avis patients médicaux, le RGO est la première cause de consultation en gastro-entérologie de ville. Les patients rapportent fréquemment un impact significatif sur le sommeil (réveil nocturne par pyrosis) et sur l'alimentation. La bonne nouvelle : dans la grande majorité des cas, le RGO se traite efficacement par des mesures hygiéno-diététiques et des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). Ce guide vous aide à comprendre quand consulter, quels examens sont nécessaires et quels traitements existent.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Difficulté à avaler (dysphagie) progressive
Une dysphagie d'aggravation progressive peut évoquer une sténose peptique ou un cancer de l'œsophage. Endoscopie digestive haute indispensable dans les 15 jours.
Vomissements de sang (hématémèse) ou selles noires
Hémorragie digestive haute sur œsophagite érosive sévère ou ulcère. Urgence endoscopique.
Douleur thoracique intense mimant un infarctus
Le spasme œsophagien peut mimer un syndrome coronarien. Toujours exclure une cause cardiaque en premier. ECG et troponine en urgence.
Amaigrissement involontaire > 5 % + RGO chronique
Risque de transformation de l'endobrachyœsophage (œsophage de Barrett) en adénocarcinome. Endoscopie avec biopsies obligatoire.
RGO : mécanismes et facteurs de risque
Le reflux gastro-œsophagien résulte d'un déséquilibre entre les facteurs d'agression (acidité gastrique, volume des reflux) et les facteurs de défense (sphincter inférieur de l'œsophage, péristaltisme, salive alcaline). Plusieurs mécanismes peuvent être en cause.
Les mécanismes du RGO
- Relaxations transitoires du SIO (RTSIO) : cause principale. Épisodes d'ouverture spontanée du sphincter sans rapport avec la déglutition. Responsables de 70 % des épisodes de reflux.
- Hernie hiatale : migration de la partie supérieure de l'estomac à travers le hiatus diaphragmatique. Présente chez 60-80 % des patients avec RGO sévère. Altère la fonction anti-reflux du cardia.
- Hypotonie permanente du SIO : pression basale du sphincter < 10 mmHg. Plus rare, souvent associée à une sclérodermie ou à certains médicaments.
Facteurs favorisants
- Obésité : facteur de risque majeur. L'augmentation de la pression abdominale favorise le reflux. Chaque point de BMI au-dessus de 25 augmente le risque de 10 %.
- Tabac : diminue le tonus du SIO et la sécrétion salivaire. L'arrêt améliore les symptômes en 4-6 semaines.
- Alimentation : repas gras, chocolat, menthe, alcool, café, tomates et agrumes augmentent les RTSIO ou irritent la muqueuse.
- Médicaments : AINS, aspirine, inhibiteurs calciques, théophylline, bisphosphonates réduisent le tonus du SIO ou agressent la muqueuse.
- Grossesse : 40-80 % des femmes enceintes souffrent de RGO (hormones + pression utérine). Disparaît habituellement après l'accouchement.
Diagnostic du RGO : quand faire une endoscopie ?
Dans la majorité des cas, le diagnostic de RGO est clinique : des brûlures rétrosternales ascendantes post-prandiales et des régurgitations acides suffisent à poser le diagnostic sans examen complémentaire. Selon les recommandations SNFGE 2024, l'endoscopie n'est pas systématique.
Quand l'endoscopie est-elle nécessaire ?
- • Signes d'alarme : dysphagie, amaigrissement, anémie, hématémèse
- • Âge > 50 ans avec RGO récent ou aggravation récente
- • Résistance au traitement IPP bien conduit (dose pleine, 8 semaines)
- • RGO > 5 ans sans endoscopie antérieure (dépistage endobrachyœsophage)
- • Symptômes atypiques : toux chronique, laryngite, asthme nocturne
Classification de Los Angeles (sévérité de l'œsophagite)
- Grade A : érosions < 5 mm, ne dépassant pas le sommet de 2 plis.
- Grade B : érosions > 5 mm, ne dépassant pas le sommet de 2 plis.
- Grade C : érosions confluentes, < 75 % de la circonférence.
- Grade D : érosions ≥ 75 % de la circonférence. Sévère.
Important : 60 % des patients RGO ont une endoscopie normale (RGO non érosif). L'absence d'œsophagite n'exclut pas le diagnostic.
pH-métrie des 24h
Examen de référence pour confirmer un RGO en cas de doute diagnostique (endoscopie normale + résistance aux IPP). Une sonde fine est placée dans l'œsophage pendant 24h pour mesurer l'exposition acide. Un temps d'exposition acide > 6 % est pathologique.
Traitement du RGO : IPP, mesures hygiéno-diététiques et chirurgie
Le traitement du RGO repose sur 3 piliers : les mesures hygiéno-diététiques (toujours), les IPP (souvent) et la chirurgie anti-reflux (rarement). Selon les recommandations HAS et SNFGE, la stratégie est graduée selon la fréquence et la sévérité des symptômes.
Mesures hygiéno-diététiques (niveau de preuve variable)
- Surélever la tête de lit de 15-20 cm : mesure la plus efficace, réduit le reflux nocturne de 60 % (preuve modérée).
- Éviter de se coucher dans les 3h suivant le repas : recommandation universelle.
- Perte de poids si BMI > 25 : chaque perte de 1 point de BMI réduit les symptômes de 10 %.
- Éviter les repas gras, volumineux et les aliments déclencheurs : adapté individuellement.
- Arrêt du tabac : amélioration en 4-6 semaines.
Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP)
Les IPP (oméprazole, ésoméprazole, pantoprazole, rabéprazole, lansoprazole) sont le traitement de référence. Ils réduisent la sécrétion acide de 90-95 %. Taux de cicatrisation de l'œsophagite : 95 % à 8 semaines.
- RGO intermittent : traitement « à la demande » — prendre un IPP quand les symptômes apparaissent.
- RGO fréquent sans œsophagite : cure de 4 semaines demi-dose, puis à la demande.
- Œsophagite grade C-D : traitement continu IPP pleine dose pendant 8 semaines, puis entretien au long cours.
Polémiques sur les IPP au long cours : les études 2024-2025 sont rassurantes. Le risque de carence en magnésium, en vitamine B12 et de fracture est statistiquement faible et concerne surtout les traitements > 5 ans à forte dose. La réévaluation annuelle de l'indication reste recommandée.
Chirurgie anti-reflux (fundoplicature)
Indiquée chez les patients avec RGO prouvé, dépendants aux IPP, jeunes et motivés. La fundoplicature de Nissen (laparoscopie) renforce le SIO en emballant le fundus gastrique autour de l'œsophage. Efficacité : 90 % à 5 ans. Effets secondaires possibles : dysphagie transitoire, impossibilité d'éructer, ballonnements (« gas bloat syndrome »). Alternative récente : fundoplicature magnétique (LINX).
Complications du RGO : œsophage de Barrett et cancer
Le RGO chronique non traité peut entraîner des complications sérieuses. La plus redoutée est l'endobrachyœsophage (EBO, ou œsophage de Barrett), lésion précancéreuse qui augmente le risque d'adénocarcinome de l'œsophage.
Œsophagite peptique
L'inflammation chronique provoque des érosions (classification de Los Angeles A à D). Complications : sténose peptique (rétrécissement cicatriciel → dysphagie), ulcère de l'œsophage (risque hémorragique).
Endobrachyœsophage (œsophage de Barrett)
Remplacement de la muqueuse normale de l'œsophage par une muqueuse de type intestinal (métaplasie). Touche 5-10 % des patients RGO chronique. Risque de transformation en adénocarcinome : 0,5 % par an. Surveillance endoscopique recommandée tous les 3-5 ans si Barrett sans dysplasie, tous les 6-12 mois si dysplasie de bas grade.
Symptômes extra-digestifs du RGO
Le RGO peut provoquer des manifestations atypiques : toux chronique (10-40 % des toux chroniques), asthme nocturne, laryngite postérieure (voix enrouée le matin), érosions dentaires, douleur thoracique non cardiaque. Le diagnostic est plus difficile car les symptômes digestifs typiques peuvent être absents.
Bon à savoir — Le chiffre clé
Surélever la tête de lit de 15-20 cm est la mesure non médicamenteuse la plus efficace contre le RGO nocturne : elle réduit les épisodes de reflux de 60 % et améliore la qualité du sommeil. Contrairement aux idées reçues, empiler des oreillers ne suffit pas — il faut surélever le sommier lui-même pour créer une pente douce.
Source : SNFGE — Recommandations RGO de l'adulte, mise à jour 2024
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Sources & méthodologie
- [1]SNFGE — RGO : recommandations de prise en charge (2024)
- [2]HAS — Bon usage des IPP (2024)
- [3]Mayo Clinic Proceedings — GERD concise review for clinicians (2025)
- [4]ESGE — Barrett's esophagus management guidelines (2023)
- [5]Collège National des Enseignants de Gastro-entérologie — Référentiel (2024)
Dernière mise à jour : Mars 2026