Comprendre les maladies vasculaires
Artères, veines, microcirculation : ce qui se passe vraiment dans vos vaisseauxLes maladies vasculaires touchent des millions de personnes en France, souvent sans qu'elles en connaissent le mécanisme précis. Comprendre ce qui se passe dans vos vaisseaux, c'est le premier pas pour prendre soin de vous efficacement.
« Les maladies cardiovasculaires et vasculaires périphériques représentent la première cause de mortalité dans le monde, et pourtant elles restent parmi les mieux maîtrisables grâce à la prévention. » — OMS, Rapport mondial sur les maladies non transmissibles, 2023
Vous venez d'apprendre que vos vaisseaux ne fonctionnent pas comme ils le devraient, ou vous cherchez à comprendre la situation d'un proche. Les termes médicaux s'accumulent, les questions aussi. Ce guide est là pour mettre des mots clairs sur des réalités médicales qui méritent d'être comprises sans catastrophisme.
La médecine vasculaire est une spécialité qui s'intéresse à l'ensemble du réseau circulatoire, à l'exception du coeur et des poumons pris en charge par d'autres spécialités. Artères, veines, capillaires, système lymphatique : autant de structures dont la santé conditionne celle de tout l'organisme.
Le système vasculaire : un réseau de 100 000 km
Le corps humain est parcouru de vaisseaux sanguins dont la longueur totale atteint environ 100 000 km. Comprendre leur rôle respectif aide à saisir ce qui se passe quand l'un d'eux est en difficulté.
La moitié des personnes atteintes d'AOMI (artériopathie oblitérante des membres inférieurs) ne présentent aucun symptôme au moment du diagnostic. La maladie progresse silencieusement pendant des années avant que la claudication n'apparaisse. C'est pourquoi le dépistage chez les patients à risque est aussi important que le traitement des formes symptomatiques.
Source : HAS, Guide du parcours de soins — Artériopathie oblitérante des membres inférieurs, 2021Les principales maladies artérielles
Les maladies artérielles surviennent lorsque les artères se bouchent, se rétrécissent ou perdent leur souplesse. L'athérosclérose, dépôt progressif de plaques sur la paroi artérielle, en est la cause la plus fréquente.
Les principales maladies veineuses
Les maladies veineuses touchent le système de retour du sang vers le coeur. Elles sont très répandues : l'insuffisance veineuse chronique concerne environ 18 millions de personnes en France. Source : Société Française de Phlébologie, 2022.
Insuffisance veineuse chronique
Les valvules des veines des jambes ne fonctionnent plus correctement, le sang reflue et stagne. Résultat : jambes lourdes, oedèmes à la cheville, varices visibles, voire ulcères veineux dans les formes évoluées. C'est une maladie chronique qui se gère sur le long terme.
TVP — Thrombose veineuse profonde
La TVP (thrombose veineuse profonde) est la formation d'un caillot dans une veine profonde, le plus souvent au niveau du mollet ou de la cuisse. Elle fait partie de la MVTE (maladie veineuse thromboembolique) et peut se compliquer d'une embolie pulmonaire si le caillot migre.
Embolie pulmonaire
L'embolie pulmonaire survient lorsqu'un caillot obture une artère pulmonaire. Elle est la complication la plus grave de la TVP. Ses symptômes sont une douleur thoracique, un essoufflement brutal ou des crachats sanglants. C'est une urgence médicale.
Syndrome post-thrombotique
Après une TVP, la veine peut garder des séquelles : paroi endommagée, valvules abîmées. Il en résulte une insuffisance veineuse secondaire, avec oedèmes persistants, douleurs et parfois ulcères. Le port de compression veineuse après la TVP réduit ce risque.
Les facteurs de risque vasculaire
Certains facteurs favorisent le développement des maladies vasculaires. Les connaître, c'est comprendre pourquoi votre médecin s'y intéresse autant qu'à vos symptômes.
| Facteur | Type | Impact principal |
|---|---|---|
| Âge | Non modifiable | Le risque artériel augmente avec l'âge, notamment après 50 ans chez l'homme et après la ménopause chez la femme |
| Antécédents familiaux | Non modifiable | Un parent proche touché avant 55 ans (homme) ou 65 ans (femme) augmente le risque personnel |
| Tabac | Modifiable — prioritaire | Premier facteur de risque de l'AOMI et des maladies artérielles. Le risque diminue dès l'arrêt du tabac |
| Hypertension artérielle | Modifiable | Fragilise la paroi des artères, accélère l'athérosclérose, augmente le risque d'AVC (accident vasculaire cérébral) et d'anévrisme |
| Diabète | Modifiable | Accélère l'atteinte des petits et grands vaisseaux, favorise les complications ischémiques des membres inférieurs |
| Excès de cholestérol | Modifiable | Les dépôts de LDL-cholestérol dans la paroi artérielle sont à l'origine des plaques d'athérome |
| Sédentarité et surpoids | Modifiable | Favorisent l'insuffisance veineuse, augmentent le risque de TVP et aggravent tous les autres facteurs de risque artériels |
| Contraception oestrogénique | Modifiable | Augmente le risque de TVP, en particulier si associée au tabac ou à des antécédents de thrombose |
Comment se pose le diagnostic vasculaire
Le diagnostic d'une maladie vasculaire commence par une consultation spécialisée chez un médecin vasculaire, qui s'appuie sur l'interrogatoire, l'examen clinique et des examens complémentaires ciblés.
La consultation vasculaire commence par un interrogatoire détaillé : vos symptômes, leur ancienneté, les circonstances de déclenchement, vos antécédents personnels et familiaux, vos traitements en cours.
Le médecin examine ensuite vos membres : coloration de la peau, température, présence de varices, oedèmes, état des ongles et de la peau des pieds. Il palpe les pouls à différents niveaux (aine, creux du genou, cheville, pied) pour évaluer la circulation artérielle. Il peut également mesurer votre pression artérielle aux deux bras.
L'examen est indolore et ne nécessite aucune préparation particulière. Prévoyez de venir avec des vêtements faciles à relever jusqu'aux genoux.
L'écho-Doppler combine une échographie (image en temps réel des vaisseaux) et le Doppler (mesure de la vitesse et du sens du flux sanguin). C'est l'examen de base en médecine vasculaire, non invasif et sans rayonnement.
Il permet de visualiser les plaques d'athérome dans les carotides, de mesurer le degré de sténose d'une artère, de détecter un caillot dans une veine profonde, d'évaluer le fonctionnement des valvules veineuses ou de dépister un anévrisme.
L'examen dure généralement entre 20 et 45 minutes selon les zones explorées. Il est pratiqué par le médecin vasculaire lui-même ou par un technicien spécialisé.
L'IPS (index de pression systolique) est un rapport entre la pression artérielle mesurée à la cheville et celle mesurée au bras. C'est un examen simple, réalisé avec un tensiomètre et une sonde Doppler de poche.
Un IPS entre 0,9 et 1,3 est normal. En dessous de 0,9, on parle d'AOMI. En dessous de 0,5, l'ischémie est sévère et peut menacer la viabilité du membre. Au-dessus de 1,3, les artères sont calcifiées et incompressibles, ce qui nécessite des examens complémentaires.
L'IPS est un outil de dépistage accessible, que votre médecin traitant peut également réaliser. Il donne une première information fiable sur l'état de la circulation artérielle des membres inférieurs.
Votre médecin traitant peut vous adresser à un médecin vasculaire dans plusieurs situations : douleurs dans les jambes à la marche, jambes lourdes persistantes avec varices importantes, suspicion de phlébite, découverte d'une asymétrie des pouls, antécédent de TVP ou d'embolie pulmonaire, suivi d'une hypertension artérielle difficile à équilibrer, ou dépistage chez un patient à haut risque cardiovasculaire.
Le médecin vasculaire est un interniste spécialisé. Il ne pratique pas d'actes chirurgicaux mais peut coordonner votre prise en charge avec un chirurgien vasculaire si une intervention devient nécessaire.
L'écho-Doppler vasculaire est le seul examen de spécialité en France que le médecin réalise et interprète lui-même en temps réel, au cours de la même consultation. Ce n'est pas un examen que vous passez chez un radiologue et dont vous attendez les résultats : le médecin vasculaire vous explique ce qu'il voit pendant qu'il explore vos vaisseaux.
Source : Société Française de Médecine Vasculaire, 2023Les maladies vasculaires en chiffres
Pour mesurer l'ampleur de ces pathologies en France et comprendre pourquoi leur prévention est un enjeu de santé publique majeur.
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Questions fréquentes
Le médecin vasculaire est un spécialiste du diagnostic et du traitement médical des maladies vasculaires. Il réalise les écho-Doppler, prescrit les traitements médicamenteux et la compression veineuse, et coordonne le suivi. Il n'opère pas.
Le chirurgien vasculaire intervient quand une opération est nécessaire : pontage artériel, ablation de varices, traitement endovasculaire d'un anévrisme. Les deux spécialistes travaillent souvent en lien étroit pour les patients qui relèvent des deux types de prise en charge.
Non, loin de là. L'immense majorité des personnes qui ont des maladies vasculaires mènent une vie normale grâce à un suivi régulier, un traitement adapté et quelques ajustements du mode de vie. L'insuffisance veineuse, par exemple, est très fréquente et tout à fait gérable au quotidien.
En revanche, certaines situations nécessitent une prise en charge rapide : une TVP non traitée peut se compliquer, une ischémie artérielle sévère peut menacer un membre. C'est pourquoi le suivi vasculaire régulier est important, même quand on se sent bien.
Oui, c'est fréquent, notamment pour les maladies artérielles. L'AOMI légère à modérée peut longtemps rester silencieuse. Les anévrismes de l'aorte abdominale sont découverts dans plus de la moitié des cas lors d'un examen de routine.
C'est pourquoi le dépistage est recommandé pour les personnes à risque : fumeurs ou anciens fumeurs de plus de 50 ans, personnes diabétiques, hypertendues ou ayant des antécédents familiaux cardiovasculaires. Parlez-en à votre médecin traitant.
Oui, l'écho-Doppler vasculaire est remboursé par l'Assurance Maladie lorsqu'il est prescrit par un médecin dans le cadre d'une indication médicale reconnue. Le taux de remboursement habituel est de 70 % du tarif conventionnel, le reste étant pris en charge par votre mutuelle si vous en avez une.
Pour les patients en ALD (affection de longue durée) dont la pathologie vasculaire est prise en charge à 100 %, les examens liés à cette affection sont remboursés intégralement.
Dans sa forme primaire (la plus fréquente, sans maladie associée), le phénomène de Raynaud est inconfortable mais bénin. Les crises peuvent être atténuées par des mesures simples : protection thermique des mains, arrêt du tabac, limitation du stress.
En revanche, le phénomène de Raynaud secondaire est associé à des maladies auto-immunes comme la sclérodermie. Dans ce cas, un suivi rhumatologique est indispensable. Si vos crises sont asymétriques, touchent d'autres zones que les doigts ou s'accompagnent d'autres symptômes, signalez-le à votre médecin.
Sources et références
- HAS — Guide du parcours de soins : artériopathie oblitérante des membres inférieurs, 2021. has-sante.fr
- Inserm — Dossier thématique : maladies cardiovasculaires et vasculaires, 2023. inserm.fr
- Société Française de Phlébologie — Épidémiologie de l'insuffisance veineuse chronique en France, 2022. sf-phlebo.com
- OMS — Rapport mondial sur les maladies non transmissibles, 2023. who.int
- Société Française de Médecine Vasculaire — Référentiels de pratique en médecine vasculaire, 2023. sfmv.fr
Sélection éditoriale Hospitalidée — toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.