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Guide Médecine Vasculaire

Les traitements médicaux vasculaires

Médicaments, compression, anticoagulants : comprendre ce qu'on vous prescrit

Les traitements des maladies vasculaires sont variés et souvent à prendre sur le long terme. Comprendre leur rôle, leurs contraintes et leurs bénéfices aide à les intégrer durablement dans sa vie quotidienne.

📅 Mis à jour : mai 2026 ✍️ Équipe Hospitalidée 📚 HAS · Inserm · Société Française de Cardiologie
« Le traitement médical des maladies artérielles périphériques repose sur le contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire, la marche thérapeutique et les médicaments antiagrégants plaquettaires. » — HAS, Guide du parcours de soins — Artériopathie oblitérante des membres inférieurs, 2020

Les traitements vasculaires ont un point commun : ils ne guérissent pas les vaisseaux abîmés, mais ils ralentissent la progression de la maladie, préviennent les complications graves et améliorent concrètement le quotidien. Comprendre ce qu'on vous prescrit et pourquoi, c'est aussi comprendre l'importance de ne pas l'interrompre.

Cette page détaille les grandes familles de traitements médicaux vasculaires. Elle ne remplace pas les recommandations de votre médecin, qui adapte les prescriptions à votre situation personnelle.

Les traitements médicamenteux des maladies artérielles

En cas d'AOMI (artériopathie oblitérante des membres inférieurs) ou d'autre maladie artérielle, le traitement médicamenteux vise à réduire le risque d'accident cardiovasculaire majeur : infarctus, AVC (accident vasculaire cérébral), voire amputation.

Antiagrégants plaquettaires
Aspirine et clopidogrel : empêcher les caillots artériels
Les antiagrégants plaquettaires réduisent la capacité des plaquettes à former des caillots dans les artères. L'aspirine à faible dose (75 à 100 mg par jour) et le clopidogrel sont les deux molécules les plus prescrites en pathologie artérielle. Ils sont à prendre tous les jours, souvent à vie. Ne jamais les arrêter sans en parler à votre médecin. Source : HAS, 2020.
Statines
Contrôler le cholestérol pour protéger les artères
Les statines réduisent le taux de LDL-cholestérol responsable des dépôts dans la paroi artérielle. Elles ont également un effet anti-inflammatoire qui stabilise ces dépôts. En cas d'AOMI, elles sont recommandées chez la quasi-totalité des patients, même si le cholestérol n'est pas particulièrement élevé. Source : HAS, 2020.
Antihypertenseurs
Protéger la paroi artérielle de la pression
L'hypertension artérielle est un facteur d'agression majeur pour les artères. Les antihypertenseurs (IEC, ARA2, bêtabloquants, inhibiteurs calciques, diurétiques) sont prescrits pour maintenir la tension en dessous des seuils définis par votre médecin. La mesure à domicile est un outil de suivi précieux qu'il vous encourage souvent à pratiquer régulièrement.
Vasodilatateurs
Améliorer la circulation dans les membres
Certains médicaments vasodilatateurs (naftidrofuryl, cilostazol) peuvent être prescrits dans l'AOMI pour améliorer la distance de marche et réduire la claudication. Leur efficacité est modeste mais peut être significative dans certains cas. Ils sont toujours associés aux mesures de fond : antiagrégants, statines, sevrage tabagique et marche.
Ne jamais interrompre un antiagrégant ou une statine sans avis médical. Ces médicaments agissent sur le long terme. Leur arrêt brutal peut augmenter rapidement le risque d'infarctus ou d'accident vasculaire, notamment dans les semaines qui suivent l'arrêt.
Le saviez-vous ?

Les statines sont prescrites aux patients AOMI même quand leur cholestérol est normal — et c'est délibéré. Ces médicaments stabilisent les plaques d'athérome déjà formées dans les artères, réduisant le risque qu'elles se fissurent et provoquent un caillot. Ce mécanisme est indépendant du taux de cholestérol initial : c'est un effet anti-inflammatoire spécifique sur la paroi artérielle.

Source : HAS, Recommandations sur la prise en charge des dyslipidémies, 2021

Les anticoagulants : prévenir et traiter les caillots veineux

Les anticoagulants sont prescrits dans la MVTE (maladie veineuse thromboembolique) — TVP (thrombose veineuse profonde) et embolie pulmonaire — pour dissoudre le caillot existant et prévenir l'apparition de nouveaux.

AVK — Antivitamines K

Les AVK (antivitamines K) comme la warfarine ou le fluindione sont des anticoagulants oraux classiques. Ils nécessitent une surveillance régulière par une prise de sang (INR) pour vérifier que le taux de coagulation reste dans la zone thérapeutique. Le suivi est contraignant mais bien codifié.

AOD — Anticoagulants oraux directs

Les AOD (anticoagulants oraux directs), comme le rivaroxaban ou l'apixaban, sont des anticoagulants plus récents qui ne nécessitent pas de surveillance biologique régulière. Ils ont largement remplacé les AVK dans le traitement de la MVTE. Source : HAS, 2021.

HBPM — Héparine de bas poids moléculaire

Les HBPM (héparines de bas poids moléculaire) sont administrées en injection sous-cutanée. Elles sont utilisées en phase aiguë ou quand les anticoagulants oraux sont contre-indiqués (grossesse, insuffisance rénale sévère). L'auto-injection s'apprend facilement et peut se faire à domicile.

Durée du traitement anticoagulant

La durée varie selon la cause du caillot : 3 mois pour une TVP provoquée (immobilisation, chirurgie), traitement prolongé ou à vie si la cause est inconnue ou si les récidives sont fréquentes. La décision se prend avec votre médecin en pesant le risque de récidive contre le risque hémorragique.

Précautions importantes sous anticoagulants. Signalez votre traitement à tout professionnel de santé (dentiste, pharmacien, médecin urgentiste). Consultez sans délai en cas de saignement inhabituel, de chute ou de traumatisme. Évitez les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène) sauf avis médical.

Les classes d'anticoagulants en un coup d'oeil

Classe Mode d'administration Surveillance Usage principal
AVK Comprimé oral quotidien INR régulier (prise de sang) TVP, embolie pulmonaire, fibrillation atriale
AOD Comprimé oral (1 ou 2 fois par jour) Pas d'INR nécessaire TVP, embolie pulmonaire (1re ligne actuelle)
HBPM Injection sous-cutanée Surveillance rénale Phase aiguë, grossesse, contre-indication orale

La compression veineuse : un traitement à part entière

La compression veineuse (chaussettes, bas ou collants) est le traitement médical de référence de l'insuffisance veineuse chronique et un pilier de la prévention du syndrome post-thrombotique après une TVP. Elle agit en aidant mécaniquement le retour du sang vers le coeur.

Les chaussettes ou bas de compression exercent une pression graduée sur la jambe, plus forte à la cheville et décroissante vers le haut. Cette pression améliore le retour veineux, réduit la stase sanguine, diminue les oedèmes et soulage la sensation de jambes lourdes.

Elles se portent le matin au lever (avant de se lever si possible, les jambes encore horizontales) et s'enlèvent le soir. L'effet est immédiat : la plupart des personnes ressentent un soulagement dès les premières heures de port.

En France, la compression médicale est classée en 4 niveaux de pression :

  • Classe 1 (10 à 15 mmHg) : jambes lourdes légères, prévention en station debout prolongée
  • Classe 2 (15 à 20 mmHg) : insuffisance veineuse modérée, varices, prévention TVP en voyage
  • Classe 3 (20 à 36 mmHg) : insuffisance veineuse sévère, antécédent de TVP, syndrome post-thrombotique
  • Classe 4 (plus de 36 mmHg) : lymphoedème, formes très sévères — nécessite une surveillance médicale étroite

La classe 2 est la plus fréquemment prescrite après une TVP. Elle est remboursée par l'Assurance Maladie sur prescription médicale. Source : HAS, 2022.

Les chaussettes de compression peuvent être difficiles à enfiler, surtout pour les personnes âgées ou peu mobiles. Quelques conseils :

  • Enfiler les chaussettes le matin, idéalement avant de se lever ou juste après, jambes encore horizontales
  • Retourner la chaussette à l'envers jusqu'au talon, glisser le pied, puis remonter progressivement en lissant
  • Appliquer un peu de talc sec sur la jambe facilite l'enfilage
  • Des gants de caoutchouc ménagers améliorent la prise et permettent de tirer sans abîmer le tissu
  • Renouveler les chaussettes tous les 6 mois environ (elles se détendent avec le temps)

Si l'enfilage reste très difficile, parlez-en à votre médecin vasculaire : il peut vous orienter vers une classe légèrement moins forte ou vers un modèle ouvert au bout.

Compression et AOMI : attention à la contre-indication. La compression veineuse est contre-indiquée en cas d'AOMI (artériopathie oblitérante des membres inférieurs) sévère avec un IPS (index de pression systolique) inférieur à 0,6. Si vous avez une maladie artérielle des membres inférieurs, votre médecin vasculaire évaluera si la compression est possible et à quelle classe.
Le saviez-vous ?

Porter ses chaussettes de compression en été est non seulement possible mais particulièrement utile : la chaleur dilate les veines et aggrave l'insuffisance veineuse. C'est précisément aux beaux jours que les jambes sont les plus lourdes et les oedèmes les plus importants. Des modèles fins et respirants existent spécifiquement pour la saison chaude.

Source : HAS, Recommandations sur la compression veineuse, 2022

Le traitement du phénomène de Raynaud

Le phénomène de Raynaud (vasoconstriction des petits vaisseaux des extrémités déclenchée par le froid ou le stress) se traite à deux niveaux : éviter les déclencheurs et, si nécessaire, recourir à des médicaments vasodilatateurs.

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Protection thermique
La prévention des crises passe avant tout par la protection des extrémités contre le froid. Gants adaptés dès les premiers froids, chaussettes chaudes, éviter les passages brutaux entre des environnements chauds et froids (climatisation, rayon frais du supermarché). C'est la mesure la plus efficace au quotidien.
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Sevrage tabagique
Le tabac aggrave considérablement le phénomène de Raynaud en favorisant la vasoconstriction. L'arrêt du tabac est une des mesures les plus efficaces pour réduire la fréquence et l'intensité des crises. Votre médecin peut vous accompagner dans ce sevrage avec des substituts nicotiniques ou des médicaments.
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Inhibiteurs calciques
En cas de crises fréquentes ou invalidantes, les inhibiteurs calciques (amlodipine, nifédipine) sont les médicaments de première intention. Ils agissent en relaxant les petits vaisseaux et en réduisant leur réactivité au froid. Ils sont pris de façon saisonnière ou continue selon les cas.

L'observance : le défi du traitement au long cours

Les traitements vasculaires sont souvent des traitements de fond, à prendre chaque jour pendant des mois ou des années. L'observance, c'est-à-dire le fait de prendre son traitement comme prescrit, est un enjeu majeur.

50 %
des patients atteints de maladie chronique n'observent pas correctement leur traitement au-delà d'un an
Source : OMS, Rapport sur l'observance thérapeutique, 2023
3x
le risque d'événement cardiovasculaire est multiplié par 3 en cas d'arrêt brutal d'un antiagrégant
Source : Société Française de Cardiologie, 2022
7 j/7
la compression veineuse doit être portée tous les jours pour être efficace, y compris l'été
Source : HAS, 2022
6 mois
durée minimale de traitement anticoagulant recommandée après une première TVP non provoquée
Source : HAS, 2021
Des gestes simples pour ne pas oublier. Associer la prise du médicament à un geste quotidien déjà ancré (le café du matin, le brossage des dents), utiliser un pilulier semainier pour visualiser les prises, programmer une alarme sur son téléphone : ces petites stratégies font une grande différence sur le long terme.

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Questions fréquentes

Non, en règle générale. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène, naproxène) sont contre-indiqués ou fortement déconseillés en association avec les anticoagulants, car ils augmentent le risque de saignement, notamment digestif.

En cas de douleur ou de fièvre, le paracétamol est l'antalgique de référence chez les patients sous anticoagulants. Pour toute automédication, demandez conseil à votre pharmacien qui connaît votre traitement.

Oui, sur prescription médicale. Les chaussettes et bas de compression médicale sont remboursés par l'Assurance Maladie à hauteur de 60 % du tarif de responsabilité, le reste étant pris en charge par votre mutuelle selon votre contrat.

Le renouvellement est pris en charge tous les 6 mois pour les formes chroniques. Pour les patients en ALD (affection de longue durée), le remboursement peut être plus favorable. Renseignez-vous auprès de votre caisse d'Assurance Maladie.

C'est une question très fréquente. Les statines ont deux effets : elles abaissent le LDL-cholestérol, mais elles ont aussi un effet de stabilisation des plaques d'athérome déjà présentes dans vos artères, indépendamment du taux de cholestérol initial.

En cas d'AOMI ou d'autre maladie artérielle athéromateuse, cet effet protecteur justifie la prescription même quand le cholestérol n'est pas élevé. La cible de LDL recommandée chez les patients vasculaires est en général inférieure à 0,7 g/L, souvent plus basse que pour la population générale. Source : HAS, 2021.

La durée dépend du contexte. Pour une TVP (thrombose veineuse profonde) provoquée par une cause transitoire (chirurgie, immobilisation prolongée, grossesse), le traitement dure généralement 3 mois. Pour une TVP sans cause retrouvée ou récidivante, le traitement peut être prolongé au-delà de 6 mois, voire à vie dans certains cas.

Cette décision est prise avec votre médecin en évaluant le risque de récidive (élevé si la cause est inconnue) face au risque hémorragique lié à l'anticoagulation prolongée. Ne jamais arrêter le traitement sans concertation médicale, même si vous vous sentez bien.

Sources et références

  • HAS — Guide du parcours de soins : artériopathie oblitérante des membres inférieurs, 2020. has-sante.fr
  • HAS — Recommandations sur la prise en charge de la maladie veineuse thromboembolique, 2021. has-sante.fr
  • HAS — Recommandations sur la compression veineuse médicale, 2022. has-sante.fr
  • Société Française de Cardiologie — Recommandations sur l'observance des traitements cardiovasculaires, 2022. sfcardio.fr
  • OMS — Rapport sur l'observance thérapeutique dans les maladies chroniques, 2023. who.int

Sélection éditoriale Hospitalidée — toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.

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