Migraines et douleurs neurologiques
La douleur neurologique mérite enfin d'être prise au sérieuxLa migraine touche 10 millions de personnes en France. Elle reste souvent mal traitée, parfois banalisée, alors que des options efficaces existent. Ce chapitre couvre aussi les douleurs neuropathiques, fréquentes et encore sous-reconnues.
« La migraine n'est pas un simple mal de tête. C'est une maladie neurologique invalidante qui touche profondément la vie professionnelle, familiale et sociale de ceux qui en souffrent. » — HAS, fiche d'information sur la migraine, 2023
Dix millions de personnes migraineuses en France. Des millions d'heures de travail perdues. Et pourtant, la migraine reste souvent mal comprise, mal diagnostiquée et mal traitée. Ce chapitre vous donne les outils pour comprendre votre douleur et en parler efficacement avec votre médecin.
Au-delà de la migraine, les douleurs neuropathiques (zona, sciatique chronique, douleurs post-AVC) touchent également des millions de personnes avec leurs propres mécanismes et leurs propres traitements.
Les douleurs neurologiques en France
La douleur est le motif de consultation le plus fréquent en médecine. En neurologie, elle prend des formes spécifiques qui méritent une reconnaissance et une prise en charge adaptées.
La migraine coûte à la France environ 20 milliards d'euros par an en pertes de productivité et en coûts directs de santé. Pourtant, moins d'un migraineux sur cinq consulte un médecin pour sa migraine. Beaucoup gèrent seuls, souvent avec des traitements sous-dosés ou inadaptés, parce qu'ils ont intégré que « c'est normal » ou qu'« on ne peut rien faire ».
Source : Ameli.fr et HAS, données migraine, 2023La migraine : bien plus qu'un mal de tête
La migraine est une maladie neurologique caractérisée par des crises récurrentes de céphalées intenses, souvent unilatérales, pulsatiles, aggravées par l'activité physique et accompagnées de nausées, photophobie ou phonophobie.
La migraine sans aura
Forme la plus fréquente (70 % des cas). Les crises durent de 4 à 72 heures sans traitement. Douleur unilatérale, pulsatile, d'intensité modérée à sévère, aggravée par l'effort physique ordinaire. Nausées ou vomissements dans plus de 80 % des cas. Source : HAS, 2023.
La migraine avec aura
Précédée d'une aura : signes neurologiques transitoires (troubles visuels en zigzag, fourmillements progressifs, troubles du langage) survenant 20 à 60 minutes avant la céphalée. L'aura peut survenir sans céphalée et doit être signalée au médecin.
La migraine chronique
Au moins 15 jours de céphalées par mois pendant plus de 3 mois, dont au moins 8 jours avec des caractéristiques migraineuses. Elle touche environ 2 % de la population et est associée à un risque de céphalée par abus médicamenteux (CAM).
Les facteurs déclenchants
Ils varient selon les personnes : stress, dérèglements du sommeil, certains aliments (alcool, fromages vieillis), lumière intense, odeurs fortes, changements hormonaux (règles), variations météorologiques. Un agenda des crises aide à les identifier.
Les traitements de la migraine
La prise en charge repose sur deux axes complémentaires : le traitement de crise (soulager la crise en cours) et le traitement de fond (réduire la fréquence des crises). Ces deux voies peuvent et doivent souvent être combinées.
Tenir un agenda des crises (date, durée, intensité, traitements pris, facteurs déclenchants) est recommandé par la HAS avant toute consultation spécialisée pour migraine. Cet outil change la qualité des consultations : en 5 minutes de consultation, un médecin qui a votre agenda devant lui peut prescrire un traitement adapté en une seule séance plutôt que d'errer pendant des mois à l'aveugle.
Source : HAS, recommandations migraine, 2023Les douleurs neuropathiques
Les douleurs neuropathiques résultent d'une lésion ou d'une maladie affectant le système nerveux. Elles sont qualitativement différentes des douleurs ordinaires : brûlures, décharges électriques, allodynie (douleur provoquée par un stimulus normalement non douloureux, comme le simple contact d'un vêtement).
- Névralgie post-zostérienne : douleur persistante après un zona, pouvant durer des mois ou des années, particulièrement fréquente et invalidante chez la personne âgée
- Neuropathie diabétique périphérique : complication fréquente du diabète de type 1 et 2, se manifestant par des douleurs des pieds et jambes, souvent nocturnes
- Sciatique chronique : douleur le long du nerf sciatique par compression radiculaire. À distinguer de la simple lombalgie
- Douleurs post-AVC : douleurs centrales survenant dans les semaines ou mois suivant un AVC, souvent rebelles aux antalgiques classiques
- Syndrome douloureux régional complexe (SDRC) : douleur sévère d'un membre après un traumatisme, associée à des troubles vasomoteurs
Les douleurs neuropathiques ne répondent généralement pas bien aux antalgiques classiques (paracétamol, ibuprofène). Les traitements de référence sont :
- Antidépresseurs tricycliques (amitriptyline) : efficaces à faibles doses sur la douleur, indépendamment de leur effet antidépresseur
- Gabapentine et prégabaline (antiépileptiques) : traitements de référence des douleurs neuropathiques périphériques
- Duloxétine (antidépresseur IRSNa) : particulièrement indiquée dans la neuropathie diabétique douloureuse
- Topique lidocaïne (patch) : pour les douleurs neuropathiques localisées
- Capsaïcine haute concentration (patch) : pour certaines neuropathies périphériques
Une prise en charge pluridisciplinaire associant traitement médicamenteux, kinésithérapie et soutien psychologique donne les meilleurs résultats. Source : SFETD (Société Française d'Étude et de Traitement de la Douleur), recommandations 2022.
Les autres céphalées à connaître
Toutes les céphalées ne sont pas des migraines. Reconnaître les différentes formes aide à les traiter efficacement, et à identifier celles qui nécessitent une prise en charge urgente.
Sensation de pression bilatérale en casque, d'intensité légère à modérée, non aggravée par l'effort physique, sans nausée ni photophobie. Souvent liée au stress, à la fatigue ou aux tensions musculaires cervicales. Elle répond généralement bien au paracétamol ou à l'ibuprofène.
Quand elle devient chronique (plus de 15 jours par mois), une prise en charge globale incluant gestion du stress et kinésithérapie cervicale est recommandée.
Céphalée unilatérale d'une intensité extrême, autour de l'orbite, survenant par crises de 15 minutes à 3 heures, en salves de plusieurs semaines. Souvent désignée comme l'une des douleurs les plus intenses qu'un être humain puisse ressentir.
Elle touche surtout les hommes (3 pour 1) entre 20 et 50 ans. Les traitements de crise incluent l'oxygénothérapie à haut débit (très efficace) et le sumatriptan injectable. Diagnostic et prise en charge par un neurologue spécialisé.
La grande majorité des céphalées sont bénignes. Ces signes doivent conduire aux urgences sans attendre :
- Céphalée « en coup de tonnerre » : d'emblée maximale en quelques secondes (peut indiquer une hémorragie méningée)
- Céphalée avec fièvre et raideur de la nuque (méningite possible)
- Céphalée accompagnée de troubles neurologiques : déficit moteur, troubles visuels, confusion
- Céphalée d'apparition récente après 50 ans avec douleurs des tempes (artérite temporale possible)
- Modification brutale du caractère d'une migraine habituelle
Dans ces situations : appeler le 15 ou se rendre aux urgences sans attendre. Source : HAS, 2023.
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Questions fréquentes
La migraine se distingue par plusieurs caractéristiques : douleur unilatérale, pulsatile, d'intensité modérée à sévère, aggravée par l'effort physique ordinaire (monter des escaliers), et associée à au moins un de ces signes : nausées ou vomissements, photophobie, phonophobie. Les crises durent de 4 à 72 heures sans traitement.
L'outil de dépistage ID-Migraine (3 questions) permet d'estimer la probabilité de migraine. Il est disponible sur le site de la Société Française de Neurologie. Un diagnostic précis doit être posé par un médecin.
La céphalée par abus médicamenteux (CAM) survient quand des antalgiques ou des triptans sont utilisés plus de 10 à 15 jours par mois pendant plus de 3 mois. Paradoxalement, prendre trop souvent des médicaments de crise finit par entretenir et aggraver les céphalées.
Le sevrage médicamenteux, à effectuer avec accompagnement médical, est nécessaire. Il peut s'associer à une période transitoire d'aggravation des céphalées. Un traitement de fond est souvent mis en place simultanément.
Oui. La migraine menstruelle (ou cataméniale) est bien documentée : les crises surviennent dans les 2 jours précédant les règles et les 3 jours suivants, liées à la chute du taux d'oestrogènes. Elle est souvent plus longue et plus rebelle aux traitements classiques.
Des stratégies spécifiques existent : prise préventive de triptans ou d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) dans la fenêtre péri-menstruelle. Rappel important : la pilule combinée (oestro-progestative) est contre-indiquée en cas de migraine avec aura. Source : HAS, 2023.
Sources et références
- HAS, Recommandation de bonne pratique : prise en charge diagnostique et thérapeutique de la migraine, 2023. has-sante.fr
- HAS, Anticorps anti-CGRP dans la migraine chronique, avis de la Commission de la Transparence, 2022. has-sante.fr
- Inserm, Dossier thématique douleur et douleurs neuropathiques, 2023. inserm.fr
- Ameli.fr, La migraine : comprendre et traiter, 2024. ameli.fr
- SFETD, Recommandations pour la prise en charge des douleurs neuropathiques, 2022. sfetd-douleur.org
Sélection éditoriale Hospitalidée, toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.