Le diagnostic des maladies respiratoires
Spirométrie, imagerie et explorations : comment le pneumologue évalue vos poumonsUn diagnostic respiratoire précis repose sur une série d'examens complémentaires qui objectivent la fonction des poumons. Comprendre à quoi ils servent permet de les aborder plus sereinement et d'en interpréter les résultats avec son médecin.
« La spirométrie est à la pneumologie ce que l'électrocardiogramme est à la cardiologie : un examen simple, non invasif, qui donne en quelques minutes des informations décisives sur la fonction de l'organe. » — Pr Nicolas Roche, pneumologue, CHU Cochin, Paris
Le bilan respiratoire n'est pas un examen unique mais un ensemble d'explorations qui, combinées, permettent de caractériser précisément une maladie pulmonaire : son mécanisme (obstruction ou restriction), sa sévérité, son retentissement sur les échanges gazeux et sa réversibilité sous traitement.
Certains examens se font en consultation (spirométrie de dépistage), d'autres dans des laboratoires d'explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) hospitaliers. Aucun de ces examens n'est douloureux. Ce qui peut être éprouvant, c'est l'attente des résultats et l'incertitude qui précède le diagnostic.
Les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR)
Les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) mesurent les volumes d'air que les poumons peuvent mobiliser et la vitesse à laquelle l'air circule dans les bronches. Elles sont indolores et durent généralement 30 à 45 minutes.
La spirométrie est l'examen de référence pour évaluer la fonction ventilatoire. Le patient souffle dans un embout buccal relié à un spiromètre, selon un protocole précis : inspiration maximale, puis expiration forcée et rapide, puis expiration lente et totale.
Les paramètres mesurés sont notamment le VEMS (volume expiratoire maximal par seconde, qui mesure la quantité d'air expirée en 1 seconde lors d'une expiration forcée), la CVF (capacité vitale forcée, volume total mobilisable), et le rapport VEMS/CVF (indice de Tiffeneau). Un rapport VEMS/CVF inférieur à 0,70 après bronchodilatateur signe une obstruction bronchique et permet de diagnostiquer une BPCO ou un asthme. Source : HAS, 2022.
La pléthysmographie corporelle totale est réalisée dans une cabine hermétique (une « cabine téléphonique »). Elle mesure des volumes pulmonaires qui ne peuvent pas être appréciés par la simple spirométrie, notamment le volume résiduel (air restant dans les poumons après une expiration totale) et la capacité pulmonaire totale. Elle permet de détecter un syndrome restrictif (poumons de petite taille, typique des fibroses) ou un piégeage gazeux (air emprisonné dans l'emphysème).
La mesure de la capacité de diffusion du monoxyde de carbone (DLCO) évalue la qualité des échanges gazeux au niveau des alvéoles. Le patient inspire un mélange gazeux contenant une infime quantité de CO, retient sa respiration 10 secondes, puis expire. La quantité de CO absorbée reflète l'état des alvéoles et des capillaires pulmonaires. Elle est abaissée dans l'emphysème, les fibroses pulmonaires et l'embolie pulmonaire chronique.
Le test de bronchodilatation consiste à répéter la spirométrie après inhalation d'un bronchodilatateur (salbutamol). Une amélioration significative du VEMS (supérieure à 12 % et 200 ml) indique une réversibilité de l'obstruction, ce qui est caractéristique de l'asthme.
À l'inverse, le test de provocation bronchique (avec de la méthacholine ou un effort) est réalisé lorsque l'asthme est suspecté mais que la spirométrie est normale. Il cherche à provoquer une hyperréactivité bronchique dans un cadre surveillé.
La spirométrie est recommandée pour tout fumeur de plus de 40 ans, même sans symptômes. Pourtant, moins de 15 % des fumeurs à risque en ont eu une. Cet examen simple et indolore, disponible en cabinet de pneumologie ou en laboratoire d'explorations fonctionnelles respiratoires (EFR), permet de détecter une BPCO des années avant que l'essoufflement ne devienne invalidant.
Source : SPLF (Société de Pneumologie de Langue Française), 2023L'imagerie thoracique
La radiographie et le scanner thoracique apportent des informations anatomiques complémentaires aux explorations fonctionnelles. Ils permettent de visualiser les poumons, les bronches, la plèvre et le médiastin.
Les autres examens diagnostiques
En fonction de la maladie suspectée, des explorations complémentaires sont parfois nécessaires pour affiner le diagnostic ou guider le traitement.
La fibroscopie bronchique consiste à introduire un tube souple et flexible (bronchoscope) muni d'une caméra dans les voies aériennes, sous anesthésie locale et prémédication. Elle permet de visualiser la trachée et les bronches, de réaliser des biopsies bronchiques, de prélever des sécrétions (lavage broncho-alvéolaire, LBA) ou d'effectuer des gestes thérapeutiques (désobstruction, pose d'une prothèse endobronchique). Elle est indolore mais peut être légèrement inconfortable. Source : SFAR, 2023.
La polysomnographie est l'examen de référence pour diagnostiquer le syndrome d'apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS). Elle enregistre pendant une nuit en laboratoire de sommeil (ou à domicile avec un enregistreur portatif) : l'électroencéphalogramme, les mouvements oculaires, le tonus musculaire, la saturation en oxygène (SpO2), le flux aérien nasal et les mouvements thoraco-abdominaux. L'indice d'apnées-hypopnées (IAH) détermine la sévérité : normal (moins de 5/h), léger (5 à 15/h), modéré (15 à 30/h), sévère (plus de 30/h).
La gazométrie artérielle mesure la pression partielle en oxygène (PaO2) et en dioxyde de carbone (PaCO2) dans le sang artériel (prélevé à l'artère radiale du poignet). Elle permet d'évaluer l'efficacité des échanges gazeux et de détecter une insuffisance respiratoire. C'est un examen clé pour décider d'une oxygénothérapie à long terme (OLT) ou d'une ventilation assistée. Il est plus informatif que le simple oxymètre de pouls car il mesure également la PaCO2 et le pH sanguin.
Dans le bilan de l'asthme ou des pneumopathies d'hypersensibilité (comme le « poumon du fermier »), des tests cutanés (prick-tests) ou des dosages d'immunoglobulines E (IgE) spécifiques permettent d'identifier les allergènes responsables. Ces tests sont réalisés en collaboration avec un allergologue et peuvent aboutir à une désensibilisation (immunothérapie allergénique) dans l'asthme allergique.
Comprendre les résultats des EFR
Les résultats des explorations fonctionnelles respiratoires sont exprimés par rapport à des valeurs théoriques calculées selon l'âge, la taille, le sexe et l'origine ethnique.
| Paramètre | Signification | Anomalie et interprétation |
|---|---|---|
| VEMS | Volume expiré en 1 seconde lors d'une expiration forcée | Diminué dans les syndromes obstructifs (asthme, BPCO) et restrictifs |
| CVF | Capacité vitale forcée : volume total mobilisable | Diminuée dans les syndromes restrictifs (fibrose, déformation thoracique) |
| VEMS/CVF | Indice de Tiffeneau | Inférieur à 0,70 après bronchodilatateur : obstruction (BPCO, asthme) |
| CPT | Capacité pulmonaire totale | Augmentée dans l'emphysème, diminuée dans les fibroses |
| DLCO | Diffusion du CO : qualité des échanges gazeux | Diminuée dans l'emphysème, les fibroses, l'embolie pulmonaire chronique |
Recevoir des résultats d'EFR avec des chiffres inférieurs aux valeurs théoriques peut être déstabilisant : ces valeurs sont calculées sur une population en bonne santé. Un VEMS à 65 % de la valeur prédite chez quelqu'un qui soufflait 80 % il y a deux ans représente une perte réelle. Celui qui soufflait déjà 65 % il y a cinq ans et reste stable a, lui, une maladie contrôlée. C'est l'évolution dans le temps, autant que la valeur absolue, qui compte.
Source : GOLD Report 2023 (Global Initiative for Chronic Obstructive Lung Disease)Votre expérience peut aider
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Questions fréquentes
Oui, les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) sont remboursées par l'Assurance maladie sur prescription médicale, à hauteur de 70 % pour les assurés en droit commun. Pour les patients en ALD (affection de longue durée) en rapport avec la maladie respiratoire, le remboursement peut être porté à 100 %. Certaines mutuelles prennent en charge le ticket modérateur restant. Source : Ameli.fr, 2024.
Certains médecins traitants disposent d'un spiromètre de cabinet pour réaliser une spirométrie de dépistage. Cet examen simplifié permet de détecter une obstruction bronchique chez un fumeur ou une personne présentant une toux chronique. En cas d'anomalie ou d'incertitude diagnostique, le médecin traitant adresse ensuite le patient vers un laboratoire d'EFR spécialisé pour des mesures plus complètes (pléthysmographie, DLCO, test de bronchodilatation).
La tomodensitométrie (TDM) thoracique expose à une irradiation plus importante qu'une simple radiographie thoracique (environ 7 mSv contre 0,1 mSv). Pour un scanner de dépistage à faible dose, l'irradiation est réduite (1 à 2 mSv). Ces doses restent très inférieures aux seuils cliniquement significatifs et le bénéfice diagnostique dépasse largement le risque théorique lié à l'irradiation, d'autant plus que les indications sont posées avec discernement par les pneumologues. Source : IRSN, 2023.
Un nodule pulmonaire est une opacité arrondie de moins de 3 cm visible sur le scanner. La très grande majorité (plus de 95 %) est bénigne (cicatrice infectieuse, ganglion calcifié). La prise en charge dépend de la taille, de la densité et des facteurs de risque du patient. La HAS a publié des recommandations précises sur la surveillance des nodules pulmonaires découverts fortuitement. En cas de découverte, le pneumologue organise un suivi adapté : il n'y a pas lieu de s'alarmer avant d'en avoir discuté avec lui. Source : HAS, 2021.
Sources et références
- HAS : Spirométrie : bon usage et interprétation, 2022. has-sante.fr
- SPLF : Recommandations pour la pratique clinique des explorations fonctionnelles respiratoires, 2023. splf.fr
- GOLD : Global Strategy for Prevention, Diagnosis and Management of COPD, 2023. goldcopd.org
- GINA : Global Initiative for Asthma Report, 2023. ginasthma.org
- INCa : Dépistage du cancer bronchique par scanner faible dose, 2023. e-cancer.fr
- IRSN : Exposition aux rayonnements ionisants lors des examens d'imagerie médicale, 2023. irsn.fr
- HAS : Nodules pulmonaires : recommandations de prise en charge, 2021. has-sante.fr
- HAS : Syndrome d'apnées-hypopnées obstructives du sommeil, 2022. has-sante.fr
Sélection éditoriale Hospitalidée : toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.