Anémie ferriprive : causes, diagnostic et traitement du fer
Guide complet de la carence en fer et de l'anémie ferriprive : comprendre la ferritine, choisir entre fer oral et intraveineux — recommandations EHA 2024
2 Mds
Carence en fer = carence nutritionnelle n°1 (OMS 2024)
39%
Prévalence de la carence en fer dans les pays en développement (EHA 2024)
<12 µg/L
Seuil diagnostique chez l'adulte en bonne santé

Sommaire
Qu'est-ce que l'anémie ferriprive ?
L'anémie ferriprive est une anémie causée par un déficit en fer, élément indispensable à la fabrication de l'hémoglobine. C'est la cause d'anémie la plus fréquente dans le monde, touchant plus de 2 milliards de personnes.
📋En bref — Points clés à retenir
Ferritine : le marqueur clé
Ferritine < 12 µg/L = carence en fer certaine. Attention : la ferritine est un marqueur inflammatoire — elle peut être faussement normale en cas d'inflammation (utiliser le coefficient de saturation de la transferrine < 20%).
Chercher la cause AVANT de traiter
Chez l'homme ou la femme ménopausée, toute anémie ferriprive doit faire rechercher une hémorragie digestive occulte (coloscopie + FOGD). C'est parfois le signe révélateur d'un cancer colorectal.
Fer oral vs intraveineux
Fer oral en 1ère intention (3-6 mois). Fer IV si intolérance digestive, malabsorption, anémie sévère ou besoin de correction rapide (pré-opératoire, insuffisance cardiaque).
Le fer est un constituant essentiel de l'hémoglobine (transport de l'oxygène) et de nombreuses enzymes. La carence en fer évolue en 3 stades : déplétion des réserves (ferritine basse, pas d'anémie), carence fonctionnelle (fer sérique bas), puis anémie ferriprive (Hb basse + VGM bas). Les causes principales sont les pertes sanguines (règles abondantes, hémorragie digestive), l'insuffisance d'apport (végétalisme, grossesse) et la malabsorption (maladie cœliaque).
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Anémie sévère (Hb < 7 g/dL) + essoufflement au repos + tachycardie > 120 bpm
Anémie menaçante nécessitant une transfusion de culots globulaires en urgence. Rechercher une hémorragie aiguë (méléna, rectorragies). Fer IV dès que possible en parallèle.
Selles noires (méléna) ou sang rouge dans les selles + fatigue croissante
Hémorragie digestive — cause fréquente d'anémie ferriprive chez l'homme et la femme ménopausée. FOGD + coloscopie en urgence pour exclure un cancer digestif, un ulcère ou des angiodysplasies.
Pica (envie de manger de la glace, de la terre, de l'amidon) + fatigue + ongles cassants
Le pica (pagophagie = envie irrépressible de glace) est un signe quasi pathognomonique de carence en fer sévère. Il disparaît généralement en quelques jours après le début de la supplémentation en fer.
Comment diagnostiquer une carence en fer ?
Le diagnostic repose sur un bilan martial systématique :
- NFS : anémie microcytaire (VGM < 80 fL) hypochrome (CCMH < 32 g/dL). Peut être normocytaire au début
- Ferritine sérique : marqueur de 1ère intention. < 12 µg/L = carence en fer certaine chez l'adulte sain. < 30 µg/L = carence probable. Attention : la ferritine est augmentée par l'inflammation (faux négatifs si CRP élevée)
- Coefficient de saturation de la transferrine (CST) : < 20% = carence fonctionnelle. Utile quand la ferritine est ininterprétable (inflammation, insuffisance rénale, hépatopathie)
- Réticulocytes : bas (anémie arégénérative = problème de production), puis augmentés après supplémentation (signe de réponse)
Recherche de la cause (obligatoire) :
- Femme réglée : interrogatoire sur les règles (score de Higham > 100 = ménorragies)
- Homme ou femme ménopausée : FOGD + coloscopie systématiques pour exclure un cancer digestif (recommandation HAS). 10-15% des cancers colorectaux sont révélés par une anémie ferriprive
- Sérologie cœliaque (anti-transglutaminase IgA) : maladie cœliaque = 3-5% des anémies ferriprives inexpliquées
Traitement par fer oral : le standard de 1ère intention
Le fer oral reste le traitement de référence en 1ère intention (recommandations EHA 2024) :
- Posologie : 80-200 mg de fer élément/jour chez l'adulte. Le sulfate ferreux (Tardyféron® 80 mg, Fumafer® 66 mg) est la forme la plus utilisée et étudiée
- Prise optimale : à jeun, avec de la vitamine C (jus d'orange) pour améliorer l'absorption. Éviter thé, café, calcium, IPP dans les 2h
- Nouveau paradigme : prise un jour sur deux plutôt que quotidienne. L'hepcidine (hormone régulatrice du fer) augmente après chaque prise et bloque l'absorption pendant 24h. Études 2024 : la prise alternée améliore l'absorption fractionnelle de 40% avec moins d'effets secondaires
- Durée : 3-6 mois minimum. Objectif : normaliser l'Hb ET reconstituer les réserves (ferritine > 50 µg/L)
- Effets secondaires : nausées, constipation, douleurs abdominales, selles noires (30-50% des patients). Cause majeure de mauvaise observance
Contrôle NFS + ferritine à 1 mois (crise réticulocytaire attendue à J7-J10) puis à 3 mois.
Fer intraveineux : quand et comment ?
Le fer IV est indiqué dans des situations spécifiques (EHA/HAS 2024) :
- Intolérance au fer oral (effets digestifs invalidants malgré adaptation posologique)
- Malabsorption : maladie cœliaque, chirurgie bariatrique (bypass), MICI active
- Anémie sévère (Hb < 8 g/dL) nécessitant une correction rapide
- Insuffisance cardiaque : le fer IV (carboxymaltose ferrique) améliore la capacité d'effort et réduit les hospitalisations (études AFFIRM-AHF, IRONMAN)
- Pré-opératoire : correction rapide de l'anémie avant chirurgie programmée (patient blood management)
Molécules disponibles :
- Carboxymaltose ferrique (Ferinject®) : dose unique jusqu'à 1 000 mg en 15 min. Standard actuel. Risque d'hypophosphatémie (10-50%) — surveillance phosphore
- Dérisomaltose ferrique (Monofer®) : dose unique jusqu'à 20 mg/kg (pas de plafond). Moins d'hypophosphatémie
- Saccharose de fer (Venofer®) : doses fractionnées (200 mg max), nécessite plusieurs perfusions
Le risque anaphylactique est très faible avec les formulations modernes (< 1/100 000). Surveillance pendant 30 min après perfusion.
Carence en fer dans les populations spécifiques
Certaines populations nécessitent une attention particulière :
- Grossesse : besoins en fer x 3 (1 000 mg au total). Supplémentation systématique si ferritine < 30 µg/L dès le 1er trimestre. Fer IV si anémie au 2e-3e trimestre (carboxymaltose ferrique après 12 SA)
- Enfant/adolescent : carence fréquente (croissance rapide + alimentation déséquilibrée). Impact sur le développement cognitif et les performances scolaires. Fer oral : 3-6 mg/kg/j de fer élément
- Insuffisant rénal chronique : carence quasi universelle (hémodialyse, EPO, inflammation). Fer IV préféré au fer oral. Objectif : ferritine 200-500 µg/L, CST 20-40%
- MICI (Crohn, RCH) : carence en fer par malabsorption + pertes digestives. Fer IV privilégié en poussée (fer oral mal toléré et contre-productif en phase inflammatoire)
- Sportifs : carence fonctionnelle fréquente (hémolyse de marche, pertes sudorales). Ferritine cible > 30-50 µg/L
Le saviez-vous ?
Prendre le fer oral un jour sur deux plutôt que tous les jours améliore l'absorption de 40% et réduit les effets secondaires digestifs. Explication : l'hepcidine, hormone régulatrice du fer, augmente pendant 24h après chaque prise et bloque l'absorption intestinale. En espaçant les prises, on « court-circuite » ce mécanisme de rétrocontrôle.
Source : EHA 2024, Stoffel et al., Lancet Haematology 2020
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Sources & méthodologie
- [1]EHA 2024 — Recommendations for ID and IDA (Hematology Advances) (2024)
- [2]HAS — Algorithme diagnostic anémie pré-opératoire (2023)
- [3]CMAJ 2025 — Diagnostic et prise en charge de la carence en fer chez la femme (2025)
- [4]AFFIRM-AHF — Fer IV dans l'insuffisance cardiaque, Lancet (2023)
Dernière mise à jour : 2025-03-01
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