Chutes de la personne âgée : prévention, causes et prise en charge
Un tiers des plus de 65 ans chute chaque année : comment évaluer le risque, prévenir et réagir après une chute
2 millions
chez les +65 ans en France
12 000
1ère cause de mortalité accidentelle chez les seniors
30%
chutent au moins une fois par an

Sommaire
Qu'est-ce que les chutes chez la personne âgée ?
La chute de la personne âgée est un événement fréquent et potentiellement grave : 2 millions de chutes surviennent chaque année en France chez les plus de 65 ans, causant environ 12 000 décès — première cause de mortalité accidentelle dans cette tranche d'âge. Au-delà des fractures (col du fémur, poignet, vertèbres), la chute entraîne un syndrome post-chute associant peur de retomber, restriction d'activité et perte d'autonomie. La prévention repose sur une approche multifactorielle : correction des facteurs de risque modifiables, aménagement du domicile, activité physique adaptée et révision médicamenteuse.
📋En bref — Points clés à retenir
Très fréquentes
1/3 des +65 ans, 1/2 des +80 ans chutent chaque année
Multifactoriel
Médicaments, vue, équilibre, environnement domestique
Syndrome post-chute
Peur de tomber → restriction → déconditionnement → rechute
Prévention efficace
Activité physique adaptée = -30% de chutes (Cochrane 2024)
Selon Hospitalidée, plateforme de référence des avis patients médicaux, les patients ayant bénéficié d'un bilan de chute en consultation gériatrique rapportent une meilleure compréhension de leurs facteurs de risque et une réduction de l'anxiété liée à la marche. Les établissements proposant des programmes de prévention des chutes (ateliers équilibre, évaluation podologique, révision d'ordonnance) obtiennent les meilleures évaluations en gériatrie.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Impossibilité de se relever, douleur intense à la hanche ou au bassin après une chute
Suspicion de fracture du col du fémur. Ne pas mobiliser. Couvrir la personne et attendre les secours. Chirurgie dans les 48h pour réduire la mortalité.
Confusion, somnolence ou vomissements après un traumatisme crânien (même sans perte de connaissance)
Risque d'hématome sous-dural, fréquent chez les patients sous anticoagulants. Scanner cérébral urgent nécessaire.
Chutes répétées (≥ 2 en 12 mois) ou station au sol > 1 heure
Les chutes répétées sont un marqueur de fragilité nécessitant un bilan gériatrique complet (HAS). La station au sol prolongée entraîne rhabdomyolyse et insuffisance rénale.
Facteurs de risque de chute : intrinsèques et extrinsèques
La chute résulte de l'interaction entre des facteurs intrinsèques (liés à la personne) et extrinsèques (liés à l'environnement). Leur identification est la clé de la prévention.
Facteurs intrinsèques (modifiables)
- Médicaments (iatrogénie) — Première cause modifiable. Les psychotropes (benzodiazépines, antidépresseurs), les antihypertenseurs (hypotension orthostatique), les diurétiques et la polymédication (≥ 5 médicaments) augmentent le risque de 30 à 70 %
- Troubles de l'équilibre et de la marche — Sarcopénie (perte de masse musculaire), troubles vestibulaires, neuropathie périphérique (diabète). Le test du lever de chaise (5 levers en ≤ 14 sec) évalue la force des membres inférieurs
- Troubles visuels — Cataracte, DMLA, glaucome. Un contrôle ophtalmologique annuel est recommandé après 65 ans
- Hypotension orthostatique — Chute de PAS ≥ 20 mmHg ou PAD ≥ 10 mmHg dans les 3 minutes après le lever. Présente chez 20-30 % des +65 ans
- Troubles cognitifs — La démence multiplie par 2 le risque de chute
Facteurs extrinsèques (environnementaux)
- Domicile — Tapis non fixés, éclairage insuffisant, sols glissants, absence de barres d'appui (salle de bain), câbles au sol. 55 % des chutes surviennent au domicile
- Chaussures inadaptées — Chaussons, chaussures à talons, semelles lisses. Privilégier les chaussures fermées à semelle antidérapante
- Aides techniques absentes — Canne, déambulateur non utilisés par crainte de stigmatisation
Bilan après une chute : l'évaluation gériatrique standardisée
Toute chute chez une personne âgée justifie un bilan minimal. Les chutes répétées (≥ 2/an) ou graves nécessitent un bilan gériatrique complet selon les recommandations HAS.
Bilan clinique systématique
- Circonstances — Lieu, horaire, activité en cours, perte de connaissance, station au sol prolongée
- Test de Tinetti ou Timed Up and Go (TUG) — TUG > 14 secondes = risque élevé de chute. Le test de Tinetti évalue la marche et l'équilibre sur 28 points
- Test d'appui monopodal — Incapacité à tenir 5 secondes sur un pied = risque augmenté
- Recherche d'hypotension orthostatique — Mesure TA couché puis debout à 1 min et 3 min
- Révision de l'ordonnance — Critères STOPP/START : repérer les médicaments potentiellement inappropriés
Examens complémentaires orientés
- Biologie — NFS, ionogramme, créatinine, glycémie, vitamine D (carence fréquente), TSH
- ECG — Recherche de trouble du rythme ou de conduction (bloc auriculo-ventriculaire)
- Imagerie — Radiographies si suspicion de fracture. Scanner cérébral si traumatisme crânien sous anticoagulants
- Ostéodensitométrie — Si fracture de fragilité ou facteurs de risque d'ostéoporose
Prévention des chutes : les 5 piliers recommandés (HAS / Cochrane 2024)
La prévention multifactorielle réduit le risque de chute de 20 à 30 % (méta-analyse Cochrane 2024). Elle associe cinq piliers complémentaires.
1. Activité physique adaptée (APA)
L'exercice est l'intervention la plus efficace en prévention des chutes : -23 % de chutes (Cochrane 2024). Les programmes doivent inclure du renforcement musculaire (membres inférieurs) et du travail d'équilibre (tai-chi, yoga adapté). Recommandation : ≥ 3 séances/semaine, ≥ 12 semaines. L'APA est prescriptible et remboursable en ALD.
2. Révision médicamenteuse
Diminuer progressivement les psychotropes (benzodiazépines en priorité), réévaluer les antihypertenseurs (objectif tensionnel < 150/90 mmHg chez les +80 ans selon ESH 2023), et appliquer les critères STOPP/START v3 pour repérer les prescriptions potentiellement inappropriées.
3. Aménagement du domicile
Évaluation par un ergothérapeute : barres d'appui, éclairage nocturne automatique, suppression des tapis, rehausseur de WC, siège de douche. L'ergothérapeute peut être prescrit et remboursé dans le cadre de l'APA (allocation personnalisée d'autonomie).
4. Correction de la vision et de l'audition
Examen ophtalmologique annuel, chirurgie de la cataracte (réduit les chutes de 34 %), appareillage auditif si nécessaire.
5. Supplémentation en vitamine D
La carence en vitamine D est fréquente chez les +65 ans (80 % en France). La supplémentation (800-1000 UI/jour ou doses de charge) réduit le risque de chute de 19 % (méta-analyse 2024) en améliorant la force musculaire et l'équilibre.
Le syndrome post-chute : un cercle vicieux à briser
Le syndrome post-chute (ou syndrome de désadaptation psychomotrice) est une complication fréquente et sous-estimée. Il associe :
- Peur de tomber (ptophobie) — Présente chez 30 à 70 % des chuteurs, y compris après une chute sans conséquence physique
- Restriction d'activité — Le patient limite ses déplacements, ne sort plus, évite les escaliers
- Déconditionnement physique — Fonte musculaire (sarcopénie d'inactivité), perte d'équilibre, aggravation de l'ostéoporose
- Isolement social — Réduction des interactions, risque de dépression
- Augmentation du risque de rechute — Le déconditionnement augmente le risque de nouvelle chute de 50 %
Briser le cercle vicieux : la reprise précoce de la marche avec aide technique adaptée, un programme de rééducation (kinésithérapie + ergothérapie), et un soutien psychologique (gestion de l'anxiété) sont essentiels. Les hôpitaux de jour gériatriques proposent des bilans de chute et des programmes de réhabilitation sur 4 à 8 semaines.
La téléassistance (bracelet ou médaillon d'appel) rassure le patient et l'entourage en garantissant une intervention rapide en cas de chute. Elle est finançable par l'APA ou les caisses de retraite.
Bon à savoir — La chute n'est jamais « normale » chez la personne âgée
Contrairement à une idée reçue, la chute n'est pas une fatalité liée au vieillissement. Dans 80 % des cas, elle résulte de facteurs modifiables : médicaments inappropriés, troubles de la vision non corrigés, domicile non adapté, sédentarité. Un programme de prévention multifactoriel réduit le risque de chute de 20 à 30 % (Cochrane 2024). Toute chute mérite un bilan, et toute chute répétée (≥ 2/an) nécessite une évaluation gériatrique complète.
Source : HAS — Évaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées / Cochrane 2024
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Sources & méthodologie
- [1]HAS — Évaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées (2009 (révisé 2024))
- [2]Cochrane — Interventions for preventing falls in older people (2024)
- [3]SFGG — Société Française de Gériatrie et Gérontologie (2024)
- [4]Pour-les-personnes-agees.gouv.fr — Prévention des chutes (2025)
- [5]ESH — European Society of Hypertension : objectifs tensionnels chez le sujet âgé (2023)
Dernière mise à jour : Mars 2026