Greffe de moelle osseuse : allogreffe, autogreffe et suivi
Guide complet de la transplantation de cellules souches hématopoïétiques : indications, déroulement, GVH et résultats — données 2024-2025
2 000+
Dont 50% pour leucémies aiguës (ABM 2024)
60-70%
Après allogreffe de donneur compatible (registre EBMT)
37M
Fichier mondial de donneurs volontaires de moelle

Sommaire
Qu'est-ce que la greffe de moelle osseuse ?
La greffe de moelle osseuse (ou transplantation de cellules souches hématopoïétiques — CSH) consiste à remplacer une moelle osseuse malade par des cellules souches saines, prélevées chez le patient lui-même (autogreffe) ou chez un donneur (allogreffe).
📋En bref — Points clés à retenir
Allogreffe : curative mais risquée
Seul traitement potentiellement curatif de nombreuses hémopathies malignes grâce à l'effet GVL. Mortalité liée à la procédure : 10-20%. Balance bénéfice/risque évaluée au cas par cas.
3 sources de cellules souches
Cellules souches périphériques (CSP, 70% des greffes), moelle osseuse (25%) et sang de cordon ombilical (5%). Chaque source a ses avantages et risques spécifiques.
GVH : la complication majeure
La réaction du greffon contre l'hôte (GVH) touche 30-60% des allogreffés. C'est un « double tranchant » : la GVH est aussi le reflet de l'effet anti-tumoral du greffon.
L'autogreffe utilise les propres cellules du patient après chimiothérapie intensive et sert principalement de « rescue » médullaire. L'allogreffe apporte en plus un effet immunologique puissant (greffon contre leucémie — GVL) qui détruit les cellules cancéreuses résiduelles. Près de 2 000 allogreffes sont réalisées chaque année en France, principalement pour les leucémies aiguës (33% LAM, 15% LAL), les syndromes myélodysplasiques et l'aplasie médullaire.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Fièvre > 38,5°C + frissons + neutropénie post-greffe (aplasie)
Neutropénie fébrile post-greffe = urgence vitale. Mortalité sans traitement rapide : 20-30%. Hémocultures + antibiothérapie large spectre dans l'heure. Contacter le centre greffeur.
Éruption cutanée + diarrhées profuses + ictère (jaunisse) après allogreffe
Triade classique de la GVH aiguë (peau, tube digestif, foie). Grade III-IV = urgence vitale (mortalité 40-60%). Nécessite une intensification de l'immunosuppression (corticoïdes haute dose, ruxolitinib).
Essoufflement progressif + toux sèche + hypoxie après allogreffe
Possible pneumopathie à CMV, pneumocystose ou bronchiolite oblitérante (GVH chronique pulmonaire). Scanner thoracique + lavage broncho-alvéolaire en urgence. Traitement antiviral ou immunosuppresseur spécifique.
Autogreffe vs allogreffe : deux procédures, deux objectifs
Les deux types de greffes répondent à des objectifs très différents :
Autogreffe (greffe autologue) :
- On utilise les propres cellules souches du patient, recueillies et congelées avant la chimiothérapie intensive
- Objectif : permettre une chimiothérapie à dose très élevée (myéloablative) en « sauvant » la moelle par la réinjection des cellules
- Indications principales : myélome multiple (standard de 1ère ligne < 65 ans), lymphomes en rechute chimiosensible
- Pas d'effet GVL, pas de GVH, mortalité procédurale < 2%
Allogreffe (greffe allogénique) :
- Les cellules souches proviennent d'un donneur compatible HLA (frère/sœur identique, donneur volontaire non apparenté, haplo-identique)
- Double objectif : remplacement de la moelle malade + effet GVL (les lymphocytes du donneur détruisent les cellules tumorales résiduelles)
- Indications : LAM et LAL de mauvais pronostic, syndromes myélodysplasiques, aplasie médullaire, certains syndromes myéloprolifératifs
- Mortalité liée à la procédure : 10-20% (GVH, infections, maladie veino-occlusive)
Comment se déroule une greffe de moelle osseuse ?
La procédure comporte plusieurs étapes clés :
1. Recherche d'un donneur (allogreffe) :
- Donneur familial identique HLA : 25% de chance avec un frère/sœur
- Donneur non apparenté : fichier mondial de 37 millions de donneurs volontaires. Compatibilité trouvée dans 80% des cas
- Greffe haplo-identique (semi-compatible) : parent, enfant, demi-frère — solution « universelle » grâce au cyclophosphamide post-greffe
2. Conditionnement (5-10 jours) :
- Myéloablatif (standard) : chimiothérapie intensive ± irradiation corporelle totale — détruit complètement la moelle
- Atténué (RIC) : intensité réduite pour les patients > 50 ans ou avec comorbidités — repose davantage sur l'effet GVL
3. Jour 0 — La greffe :
- Simple perfusion IV des cellules souches (comme une transfusion)
- Les cellules migrent spontanément vers la moelle osseuse (homing)
4. Aplasie (2-4 semaines) :
- Période critique : absence de globules blancs, risque infectieux maximal
- Chambre protégée, alimentation stérile, antibiothérapie/antifongique prophylactique
- Prise de greffe : quand les polynucléaires > 500/mm³ (J+15 à J+25)
GVH : la complication majeure de l'allogreffe
La réaction du greffon contre l'hôte (GVH — Graft versus Host Disease) est la complication la plus fréquente et la plus redoutée :
GVH aiguë (< J+100) :
- Fréquence : 30-50% des allogreffes
- Organes cibles : peau (éruption), tube digestif (diarrhées, nausées), foie (ictère, cytolyse)
- Grades I-II (modérée) : corticoïdes topiques ou systémiques, pronostic bon
- Grades III-IV (sévère) : mortalité 40-60%. Traitement : corticoïdes haute dose, ruxolitinib (Jakavi®, anti-JAK1/2) en 2ème ligne
GVH chronique (> J+100) :
- Fréquence : 40-60% des greffés survivant à J+100
- Manifestations : peau sclérodermiforme, sécheresse oculaire/buccale, bronchiolite oblitérante, fasciite, hépatite
- Traitement : corticoïdes, ibrutinib, ruxolitinib, photophorèse extracorporelle
- Peut devenir chronique et invalidante sur des années
Le paradoxe GVH/GVL : une GVH modérée est associée à un risque de rechute leucémique plus faible (effet GVL). L'enjeu est de maintenir l'effet anti-tumoral tout en contrôlant la toxicité sur les tissus sains.
Vivre après une greffe de moelle : reconstitution et suivi
La période post-greffe nécessite une vigilance prolongée :
- Reconstitution immunitaire : 12-24 mois pour une immunité fonctionnelle. Revaccination complète à partir de 6-12 mois post-greffe (calendrier vaccinal spécifique)
- Infections opportunistes : prévention par cotrimoxazole (pneumocystose), aciclovir (herpès/CMV), antifongique. Surveillance CMV par PCR hebdomadaire pendant 6 mois
- Suivi spécialisé : consultations hebdomadaires les 3 premiers mois, bimensuelles jusqu'à 6 mois, mensuelles jusqu'à 1 an, puis trimestrielles
- Qualité de vie : fatigue persistante (6-12 mois), complications endocriniennes (insuffisance gonadique, hypothyroïdie), risque de cancers secondaires, infertilité fréquente
- ALD 100% : prise en charge intégrale pendant 5 ans minimum, souvent prolongée
Après 2-5 ans sans complication, 60-70% des greffés retrouvent une vie normale. Le don de moelle est un acte solidaire essentiel : il manque encore des donneurs, surtout parmi les hommes jeunes et les populations d'origines géographiques diversifiées.
Le saviez-vous ?
Le don de moelle osseuse n'est PAS une ponction dans la colonne vertébrale. Dans 75% des cas, les cellules souches sont prélevées par aphérèse (filtration du sang après stimulation par G-CSF), comme un don de plaquettes. La ponction de moelle (sous anesthésie générale, dans le bassin) ne concerne que 25% des cas. L'inscription au registre des donneurs se fait en ligne sur registredonmoelle.fr.
Source : Agence de la Biomédecine 2024
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