Lymphome de Hodgkin : diagnostic, traitement et guérison
Guide complet du lymphome de Hodgkin : reconnaître les symptômes, comprendre les traitements (chimiothérapie, immunothérapie nivolumab) et les taux de guérison — données S1826 2025
2 200
En France, âge médian 30 ans (INCa 2024)
85-90%
Tous stades confondus avec traitements modernes
91%
Avec nivolumab + AVD (essai S1826, 2025)

Sommaire
Qu'est-ce que le lymphome de Hodgkin ?
Le lymphome de Hodgkin (LH) est un cancer du système lymphatique caractérisé par la présence de cellules de Reed-Sternberg. C'est l'un des cancers les plus curables, avec un taux de guérison de 85-90% grâce aux progrès thérapeutiques.
📋En bref — Points clés à retenir
Cancer hautement curable
85-90% de guérison tous stades confondus. Le lymphome de Hodgkin est le modèle du cancer guérissable, même à un stade avancé.
Révolution nivolumab 2025
L'essai S1826 montre que nivolumab + AVD surpasse le brentuximab + AVD en 1ère ligne (91% vs 82% de PFS à 3 ans), avec moins de cancers secondaires.
Enjeu : la qualité de vie
Chez des patients jeunes et guéris, les séquelles à long terme (stérilité, cancers secondaires, toxicité cardiaque) deviennent l'enjeu majeur.
Touchant principalement les jeunes adultes (pic entre 20 et 35 ans), le lymphome de Hodgkin se manifeste typiquement par des ganglions indolores au cou ou au médiastin. L'essai S1826, publié en 2025, a révolutionné le traitement en 1ère ligne : l'association nivolumab (immunothérapie anti-PD-1) + AVD (chimiothérapie) atteint 91% de survie sans progression à 3 ans dans les stades avancés, contre 82% avec le traitement standard.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Ganglion cervical volumineux + toux sèche + dyspnée progressive + syndrome cave supérieur
Masse médiastinale compressive — urgence oncologique. Le syndrome cave supérieur (œdème facial, turgescence jugulaire) nécessite une corticothérapie en urgence et un diagnostic histologique rapide. 60% des LH ont une atteinte médiastinale.
Fièvre > 38°C pendant > 2 semaines + sueurs nocturnes profuses + perte de poids > 10%
Signes « B » du lymphome : marqueurs de maladie active et de pronostic plus réservé. Leur présence modifie le stade (ex: IIB au lieu de IIA) et intensifie le traitement.
Prurit intense généralisé + ganglions douloureux à l'ingestion d'alcool
Signes quasi pathognomoniques du lymphome de Hodgkin (douleur ganglionnaire à l'alcool : signe de Hoster). Le prurit touche 25-35% des patients et peut précéder le diagnostic de plusieurs mois.
Comment diagnostique-t-on un lymphome de Hodgkin ?
Le diagnostic repose sur l'examen histologique d'un ganglion :
- Biopsie ganglionnaire : exérèse chirurgicale complète d'un ganglion (pas de cytoponction seule). Mise en évidence des cellules de Reed-Sternberg (cellules géantes multinucléées) dans un environnement inflammatoire caractéristique
- Immunohistochimie : CD30+, CD15+ (classique), CD20- (à la différence des lymphomes non hodgkiniens)
- Classification OMS : LH classique (95%) — scléronodulaire (70%), cellularité mixte (20%), riche en lymphocytes (5%), déplétion lymphocytaire (rare). LH nodulaire à prédominance lymphocytaire (5%)
Bilan d'extension :
- TEP-scanner (PET-CT) : examen clé, remplace le scanner seul. Sensibilité > 95% pour détecter les atteintes ganglionnaires et extraganglionnaires. Score de Deauville pour évaluer la réponse au traitement
- Classification d'Ann Arbor modifiée : stade I (1 aire ganglionnaire) à IV (atteinte extraganglionnaire diffuse). Signes B = fièvre, sueurs, amaigrissement
- Score IPS : International Prognostic Score pour les stades avancés (7 facteurs dont albumine, Hb, lymphocytes, âge > 45 ans)
Traitement du lymphome de Hodgkin en 2025
Le traitement a été révolutionné par l'arrivée de l'immunothérapie en 1ère ligne :
Stades localisés (I-II) favorables :
- 2 cycles ABVD + radiothérapie de champ impliqué (IFRT 20 Gy)
- Taux de guérison > 95%
- Tendance actuelle : réduction de la radiothérapie pour limiter les séquelles chez les jeunes patients
Stades avancés (III-IV) — Nouvelle référence 2025 :
- Nivolumab + AVD (N-AVD) : nouveau standard (essai S1826, NEJM 2025). PFS à 3 ans : 91% vs 82% avec brentuximab + AVD. Moins de cancers secondaires, moins de neuropathie
- Alternative : BrECADD (essai HD21, ASCO 2024) — brentuximab + étoposide + cyclophosphamide + doxorubicine + dacarbazine + dexaméthasone
- 6 cycles de N-AVD, guidés par le TEP intérimaire (TEP-2 après 2 cycles)
TEP-adapted therapy : stratégie de désescalade basée sur la réponse au TEP-2. Si TEP négatif précoce → réduction du traitement pour limiter la toxicité.
Rechute et traitements de rattrapage
10-15% des patients rechutent après traitement de 1ère ligne :
- Chimiothérapie de rattrapage : ICE, DHAP ou GDP suivie d'une autogreffe de cellules souches. Guérison en 2ème ligne : 50-60%
- Brentuximab vedotin (Adcetris®) : anticorps anti-CD30 conjugué. Taux de réponse 75% en monothérapie. Utilisé en consolidation post-autogreffe (essai AETHERA)
- Nivolumab/pembrolizumab : anti-PD-1, taux de réponse 65-70% après échec d'autogreffe et brentuximab. Le LH surexprime PD-L1 (amplification 9p24.1) — tumeur idéale pour l'immunothérapie
- Allogreffe : réservée aux rechutes multiples, seule option curative après échec de l'autogreffe. Mortalité liée à la procédure 15-20%, mais effet GVL puissant
Les essais en cours explorent les CAR-T anti-CD30 et les anticorps bispécifiques dans les formes ultra-réfractaires.
Séquelles à long terme et suivi des patients guéris
Chez des patients jeunes guéris, les séquelles tardives sont un enjeu majeur :
- Cancers secondaires : risque x 2-3 par rapport à la population générale. Cancer du sein (risque x 5-10 si radiothérapie médiastinale avant 30 ans — mammographie annuelle dès 8 ans post-traitement), cancer du poumon (surtout si tabac), leucémies secondaires
- Toxicité cardiaque : risque cardiovasculaire augmenté par la doxorubicine (ABVD) et la radiothérapie médiastinale. Suivi cardiologique par échocardiographie tous les 5 ans
- Thyroïde : hypothyroïdie post-radique (30-50% si irradiation cervicale). TSH annuelle
- Fertilité : ABVD = faible impact sur la fertilité masculine. BEACOPP/BrECADD = risque d'infertilité significatif. Conservation de sperme/ovocytes AVANT traitement obligatoire
- Fatigue chronique : touche 30-40% des survivants, même des années après la guérison
Le suivi post-guérison doit être prolongé à vie : consultations annuelles avec surveillance des cancers secondaires, fonction cardiaque et thyroïdienne.
Le saviez-vous ?
L'essai S1826, dont les résultats ont été présentés en 2024 et confirmés en 2025, a montré que l'immunothérapie par nivolumab associée à la chimiothérapie AVD surpasse le traitement standard par brentuximab + AVD dans le lymphome de Hodgkin avancé : 91% de survie sans progression à 3 ans. Cette avancée est d'autant plus importante qu'elle réduit aussi les cancers secondaires et la neuropathie.
Source : Essai S1826, Targeted Oncology / NEJM 2025
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Sources & méthodologie
- [1]Essai S1826 — Nivolumab + AVD vs BV + AVD, NEJM/Targeted Oncology (2025)
- [2]Essai HD21 — BrECADD vs BEACOPP, ASCO 2024 (2024)
- [3]NCCN Guidelines — Hodgkin Lymphoma v2.2025 (2025)
- [4]INCa — Les cancers en France 2024 (2024)
Dernière mise à jour : 2025-03-01
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