Neuropathies périphériques : fourmillements, douleurs et diagnostic
Comprendre les atteintes des nerfs périphériques, identifier les causes et les traitements disponibles
2,4 M
prévalence en augmentation avec le diabète (SPF 2024)
50%
le diabète est la 1re cause de neuropathie
200+
diabète, alcool, carences, auto-immunité, médicaments…

Sommaire
Qu'est-ce que les neuropathies périphériques ?
Les neuropathies périphériques regroupent toutes les atteintes des nerfs situés en dehors du cerveau et de la moelle épinière. Ces nerfs transmettent les sensations (toucher, douleur, température), commandent les muscles et régulent les fonctions autonomes (digestion, tension artérielle, sudation). Leur atteinte provoque des symptômes variés : fourmillements, douleurs, engourdissements, faiblesse musculaire.
📋En bref — Points clés à retenir
Fourmillements persistants = consultez
Des fourmillements permanents, symétriques, débutant aux pieds et remontant progressivement nécessitent un bilan neurologique.
Diabète : 1re cause
50% des diabétiques développeront une neuropathie. L'équilibre glycémique strict est la meilleure prévention et le meilleur traitement.
Douleur neuropathique traitable
Les douleurs neuropathiques (brûlures, décharges électriques) répondent à des traitements spécifiques : prégabaline, duloxétine, gabapentine.
On distingue les mononeuropathies (un seul nerf : syndrome du canal carpien), les multinévrites (plusieurs nerfs non contigus) et les polyneuropathies (atteinte diffuse, symétrique, débutant aux pieds). La polyneuropathie diabétique est la plus fréquente, touchant 50% des diabétiques après 25 ans d'évolution. L'EMG (électromyogramme) est l'examen clé pour confirmer le diagnostic et orienter vers la cause.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Faiblesse musculaire progressive rapide (jours à semaines) des 4 membres
Le syndrome de Guillain-Barré est une polyradiculonévrite aiguë inflammatoire : la faiblesse ascendante peut atteindre les muscles respiratoires. Hospitalisation en urgence pour surveillance et immunoglobulines IV.
Pied tombant soudain (steppage) sans traumatisme
Un pied tombant brutal peut révéler une compression du nerf sciatique poplité externe (croisement de jambes prolongé, plâtre) ou une vascularite (mononévrite multiple). Bilan EMG urgent.
Douleurs neuropathiques intolérables résistant aux antalgiques classiques
Les douleurs neuropathiques ne répondent pas aux antalgiques habituels (paracétamol, AINS). Des traitements spécifiques existent : prégabaline, duloxétine, amitriptyline, patchs de capsaïcine ou de lidocaïne.
Les grands types de neuropathies périphériques
Classification selon la distribution :
- Polyneuropathie (la plus fréquente) : atteinte diffuse, symétrique, longueur-dépendante (commence aux pieds). Causes : diabète, alcool, carences vitaminiques (B12, B1), médicaments (chimiothérapie, metformine)
- Mononeuropathie : atteinte d'un seul nerf. Syndrome du canal carpien (nerf médian), paralysie du nerf radial (« bras du samedi soir »), névralgie du trijumeau
- Multinévrite : atteinte de plusieurs nerfs non contigus, asymétrique. Évoque une vascularite (périartérite noueuse), un diabète, une sarcoïdose
- Polyradiculonévrite : atteinte des racines et des nerfs. Forme aiguë = Guillain-Barré. Forme chronique = PIDC (polyradiculonévrite inflammatoire démyélinisante chronique)
L'EMG : examen clé du diagnostic
L'électroneuromyogramme (ENMG) est l'examen de référence :
- Étude des vitesses de conduction nerveuse : mesure la vitesse à laquelle l'influx nerveux circule dans les nerfs moteurs et sensitifs. Permet de distinguer les neuropathies démyélinisantes (vitesse ralentie) des neuropathies axonales (amplitude réduite)
- Détection à l'aiguille : analyse l'activité électrique des muscles. Recherche des signes de dénervation (fibrillations, potentiels de fasciculation) et de réinnervation
Bilan complémentaire :
- Biologie : glycémie, HbA1c, vitamine B12, folates, TSH, bilan hépatique, sérologie VIH/VHB/VHC, immunofixation des protéines, anticorps anti-gangliosides
- Biopsie nerveuse : rarement nécessaire, réservée aux cas diagnostiquement difficiles (vascularite, amylose)
L'EMG est un examen un peu désagréable (petites décharges électriques et aiguille fine) mais indolore pour la grande majorité des patients. Il dure 30-60 minutes.
Neuropathie diabétique : la plus fréquente
La neuropathie diabétique touche 50% des diabétiques de type 2 après 25 ans d'évolution :
- Forme sensitivo-motrice distale : la plus courante. Fourmillements, brûlures, perte de sensibilité des pieds (risque de mal perforant plantaire et d'amputation). Progression en « chaussette » puis en « gant »
- Neuropathie autonome : hypotension orthostatique, gastroparésie, troubles vésicaux, dysfonction érectile. Souvent sous-diagnostiquée
- Mononeuropathies diabétiques : paralysie du III (diplopie), cruralgie (douleur de la cuisse), amyotrophie diabétique
Prévention et traitement :
- Contrôle glycémique strict (HbA1c < 7%) : seul traitement qui ralentit la progression
- Soins des pieds quotidiens, semelles orthopédiques, chaussures adaptées
- Traitement de la douleur neuropathique : duloxétine, prégabaline, amitriptyline
- Dépistage annuel par monofilament et diapason (recommandations HAS)
Traiter la douleur neuropathique
La douleur neuropathique (brûlures, décharges électriques, allodynie) nécessite des traitements spécifiques :
- 1re ligne (recommandations SFETD 2024) : duloxétine 60-120 mg/jour OU prégabaline 150-600 mg/jour OU gabapentine 1200-3600 mg/jour OU amitriptyline 25-75 mg/jour
- 2e ligne : tramadol, association de 2 molécules de 1re ligne
- Traitements topiques : patch de capsaïcine 8% (Qutenza®) — application en centre de la douleur, efficace 3 mois. Patch de lidocaïne 5% pour les douleurs localisées
- Neurostimulation transcutanée (TENS) : efficace pour les douleurs localisées, sans effets secondaires
Important : le paracétamol et les AINS sont inefficaces sur la douleur neuropathique. Les opioïdes forts doivent être évités (faible efficacité, risque d'addiction). L'évaluation de la douleur par le questionnaire DN4 (≥ 4/10 = douleur neuropathique probable) guide le traitement.
Le saviez-vous ?
Le syndrome du canal carpien est la neuropathie la plus fréquente : il touche 3-5% de la population, surtout les femmes entre 40 et 60 ans. Les fourmillements nocturnes des 3 premiers doigts réveillant la nuit sont typiques. Le diagnostic est confirmé par l'EMG et le traitement est chirurgical (section du ligament annulaire) en cas d'échec de l'attelle nocturne.
Source : HAS — Syndrome du canal carpien 2024
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