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Guide Oncologie

Les traitements du cancer

Comprendre ce qu'on vous propose, et pourquoi : six familles thérapeutiques expliquées

Face au cancer, les options thérapeutiques n'ont jamais été aussi nombreuses. Cette page explique ce que fait chaque traitement dans le corps, ce qu'on peut en attendre, et comment les décisions se prennent avec votre équipe médicale.

📅 Mis à jour : mai 2026 ✍️ Équipe Hospitalidée 📚 INCa · HAS · Ligue contre le cancer
« Guérir parfois, soulager souvent, consoler toujours. » — Attribué à Ambroise Paré, chirurgien, XVIe siècle

Le choix d'un traitement ne relève pas d'une logique arbitraire. Il repose sur la biologie précise de la tumeur, le stade de la maladie, l'état général du patient, ses antécédents et ses préférences. Cette page n'est pas un guide de prescription. Elle explique ce que signifie chaque approche thérapeutique, pour que les décisions se prennent avec le plus de clarté possible, pour vous ou pour un proche.

Il n'existe pas de traitement universellement supérieur. Il existe des traitements adaptés à chaque situation, définis collectivement en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP).

Les traitements en chiffres

Ces données permettent de situer l'état actuel de la prise en charge thérapeutique des cancers en France.

60 %
des personnes diagnostiquées d'un cancer sont en vie 5 ans après le diagnostic, toutes localisations confondues
INCa, Panorama des cancers 2024
93 %
de survie nette à 5 ans pour le cancer de la prostate, en hausse de 21 points depuis 1990
INCa, Panorama des cancers 2024
19 CLIP²
centres labellisés INCa de phase précoce répartis sur tout le territoire pour l'accès aux traitements expérimentaux
INCa, labellisation 2024-2029
-2,1 %
par an : baisse annuelle du taux de mortalité standardisé chez les hommes entre 2011 et 2021
INCa, Panorama des cancers 2024
Le saviez-vous ?

La France est le deuxième pays européen pour le nombre d'essais cliniques en oncologie, avec plus de 600 essais industriels ouverts chaque année, dont plus de 40 % en cancérologie. Être suivi dans un centre labellisé augmente significativement l'accès à ces opportunités thérapeutiques innovantes.

Source : Leem, INCa, 2024

Les six grandes familles thérapeutiques

Six grandes familles thérapeutiques sont aujourd'hui disponibles en cancérologie. Elles peuvent être utilisées seules ou combinées, selon la stratégie définie en RCP.

🔪
La chirurgie
Traitement local
Elle consiste à retirer physiquement la tumeur, parfois les ganglions lymphatiques voisins et les tissus environnants. C'est historiquement le premier traitement curatif du cancer. Elle peut être réalisée à visée curative (retirer complètement la tumeur), palliative (soulager une compression), ou diagnostique (biopsie chirurgicale). Les techniques ont considérablement évolué : chirurgie mini-invasive par laparoscopie, chirurgie robotique, chirurgie conservatrice.
Curatif ou palliatif Local Hospitalisation
La radiothérapie
Traitement local
Elle utilise des rayonnements ionisants pour détruire les cellules cancéreuses en ciblant précisément la zone tumorale. Les techniques modernes (radiothérapie conformationnelle 3D, IMRT, stéréotaxie) permettent une précision millimétrique qui préserve mieux les tissus sains. Les séances durent quelques minutes et se répètent généralement 5 jours sur 7 pendant plusieurs semaines. Elle peut aussi être interne (curiethérapie).
Curatif ou palliatif Local Ambulatoire
💉
La chimiothérapie
Traitement systémique
Elle utilise des médicaments cytotoxiques qui détruisent les cellules à division rapide, administrés par voie intraveineuse ou par voie orale. Comme les cellules cancéreuses se divisent plus vite que la plupart des cellules saines, elles sont particulièrement ciblées. La chimiothérapie agit dans tout l'organisme, ce qui permet d'atteindre des cellules cancéreuses même non détectées. Elle est administrée par cycles espacés de périodes de repos.
Curatif ou palliatif Systémique IV ou oral
🧬
Les thérapies ciblées
Traitement systémique de précision
Elles ciblent des protéines anormales ou des mutations spécifiques présentes dans les cellules cancéreuses, pour bloquer leur croissance. Contrairement à la chimiothérapie, elles n'agissent que si la tumeur porte la cible en question : un test moléculaire préalable est indispensable. L'INCa recense une soixantaine de tests disponibles pour une centaine de thérapies. Elles s'administrent souvent par voie orale et entraînent généralement moins d'effets secondaires que la chimiothérapie classique.
Précision moléculaire Test préalable requis Oral ou IV
🛡️
L'immunothérapie
Traitement systémique
Elle stimule ou réactive le système immunitaire du patient pour qu'il reconnaisse et détruise les cellules cancéreuses. Les inhibiteurs de checkpoints immunitaires (pembrolizumab, nivolumab) désactivent le camouflage que certains cancers utilisent pour échapper au système immunitaire. Elle a transformé le pronostic de certains mélanomes, cancers du poumon, lymphomes et cancers de la vessie. Ses effets secondaires sont différents de la chimio : ils résultent d'un système immunitaire trop activé.
Innovation récente Systémique IV toutes 2 à 4 semaines
⚗️
L'hormonothérapie
Traitement systémique hormonal
Certains cancers, notamment du sein et de la prostate, ont leur croissance stimulée par des hormones naturellement produites par l'organisme. L'hormonothérapie bloque la production ou l'action de ces hormones pour priver la tumeur de son carburant. Ce traitement n'est indiqué que si les cellules cancéreuses possèdent les récepteurs hormonaux correspondants, vérifié par le compte rendu anatomopathologique. En général bien toléré, mais peut entraîner des bouffées de chaleur, des troubles sexuels et de la fatigue musculo-squelettique.
Cancer sein et prostate Test préalable requis Oral ou injection
Traitement néoadjuvant et adjuvant. Un traitement néoadjuvant est administré avant la chirurgie pour réduire la taille de la tumeur. Un traitement adjuvant est administré après la chirurgie pour éliminer les cellules résiduelles et réduire le risque de récidive. Ces deux stratégies peuvent être combinées.

Comment se prend la décision thérapeutique ?

Le choix d'une stratégie thérapeutique repose sur plusieurs critères scientifiques et humains, examinés collectivement en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP).

Critère 1
Le type histologique et la biologie moléculaire
Le type de cellules cancéreuses, leur grade et leurs caractéristiques moléculaires (mutations EGFR, BRCA, HER2, statut MSI, récepteurs hormonaux) déterminent quels traitements ont démontré une efficacité sur ce profil tumoral précis. Un test moléculaire peut être nécessaire avant de conclure à une stratégie.
Critère 2
Le stade au moment du diagnostic
Un cancer localisé (stades I et II) sera traité avec une intention curative. Un cancer localement avancé (stade III) peut nécessiter une combinaison de traitements. Un cancer métastatique (stade IV) sera souvent traité avec un objectif de contrôle de la maladie et de maintien de la qualité de vie, même si des guérisons existent dans certains profils.
Critère 3
L'état général du patient
Les médecins évaluent l'état général à l'aide d'échelles standardisées, notamment le score de performance status (PS) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), de 0 (pleinement actif) à 4 (grabataire). Certains traitements intensifs ne sont praticables que si l'organisme peut les supporter. L'âge seul n'est pas déterminant : l'état général l'est davantage.
Critère 4
Les préférences et le projet de vie du patient
La HAS reconnaît la place des préférences du patient dans la décision thérapeutique. Vous pouvez exprimer vos priorités : limiter les effets secondaires, maintenir une activité professionnelle, préserver la fertilité. Ces éléments peuvent orienter le choix entre options équivalentes. Toute décision doit faire l'objet d'un consentement éclairé.
La décision appartient toujours à l'équipe ET au patient. La RCP propose une stratégie, mais le médecin vous la présente, l'explique, et recueille votre consentement. Vous pouvez demander un délai de réflexion ou solliciter un second avis. Aucune décision thérapeutique ne peut être imposée sans votre accord, conformément à la loi du 4 mars 2002.

Les effets secondaires : comprendre pour mieux gérer

Les traitements du cancer agissent sur les cellules cancéreuses mais peuvent aussi affecter certaines fonctions saines. Ces effets sont connus, en grande partie anticipables, et pris en charge dans le cadre des soins de support.

Tout effet secondaire mérite d'être signalé à votre équipe, dès son apparition. Les effets indésirables sont classés en grades de 1 à 4 selon leur sévérité. Une prise en charge précoce permet dans la plupart des cas de les contrôler sans interrompre le traitement. Ne banalisez pas un symptôme nouveau, même s'il vous semble mineur.

Les effets immédiats incluent la douleur post-opératoire (traitée par antalgiques), la fatigue, et les risques communs à toute intervention : infection, saignement, complications anesthésiques. Les effets à plus long terme dépendent de la localisation et de l'étendue de l'opération : troubles digestifs (colostomie), modifications respiratoires (lobectomie pulmonaire), modification de l'image corporelle (mastectomie).

La kinésithérapie, les soins de rééducation et le suivi psychologique font partie intégrante de la récupération. Parlez de vos besoins à votre équipe : ces soins de support sont intégrés au parcours officiel.

La chimiothérapie affecte les cellules à division rapide, cancéreuses comme certaines cellules saines (tube digestif, follicules pileux, moelle osseuse) :

  • Nausées et vomissements : très bien contrôlés aujourd'hui par les médicaments antiémétiques modernes (sétrons, corticoïdes).
  • Chute de cheveux (alopécie) : temporaire, les cheveux repoussent généralement après la fin du traitement. Des casques réfrigérants peuvent réduire ce phénomène.
  • Fatigue : souvent cumulative sur les cycles, peut persister plusieurs semaines après la fin du traitement.
  • Baisse des défenses immunitaires (neutropénie) : toute fièvre pendant la période d'aplasie (10 à 14 jours après chaque cure) doit être signalée en urgence.
  • Neuropathies : engourdissements des mains et des pieds avec certains médicaments (oxaliplatine, taxanes).

Source : AFSOS, HAS.

Les effets secondaires de l'immunothérapie résultent d'une activation excessive du système immunitaire, appelés effets indésirables immuno-liés. Les plus fréquents : réactions cutanées (éruptions, démangeaisons), troubles digestifs (diarrhée, colite), atteinte thyroïdienne souvent asymptomatique, pneumopathie inflammatoire rare mais à surveiller. Ces effets peuvent survenir à tout moment, même après l'arrêt du traitement, et sont en général réversibles si pris en charge rapidement. Source : Roche, 2023.

Hormonothérapie : pour le cancer du sein, bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, douleurs articulaires (anti-aromatases). Pour le cancer de la prostate, bouffées de chaleur, troubles sexuels, risque d'ostéoporose. L'activité physique adaptée est reconnue pour atténuer plusieurs de ces effets.

Thérapies ciblées : réactions cutanées (syndrome main-pied, éruptions), troubles digestifs, hypertension artérielle, fatigue. Des interactions médicamenteuses sont possibles, notamment avec le pamplemousse pour les inhibiteurs de tyrosine kinase oraux. Source : Ameli.fr, INCa.

Le saviez-vous ?

La gestion des nausées liées à la chimiothérapie a été révolutionnée depuis les années 1990 par l'introduction des sétrons (médicaments antiémétiques). Avant leur arrivée, des nausées sévères touchaient plus de 90 % des patients sous certains protocoles. Aujourd'hui, grâce aux associations antiémétiques modernes, ce taux est réduit à moins de 30 % pour les nausées aiguës sévères.

Source : AFSOS, référentiel soins de support en oncologie, 2023

Les essais cliniques : accéder à l'innovation

Les essais cliniques permettent d'accéder à des traitements en cours d'évaluation, potentiellement plus efficaces que les traitements standards.

Participer à un essai clinique est un choix libre et révocable. Vous pouvez vous retirer à tout moment sans que cela n'affecte la qualité de votre prise en charge standard. Votre consentement écrit et signé est obligatoire avant toute inclusion.

Les CLIP² (Centres Labellisés INCa de Phase Précoce) sont 19 centres spécialisés en France (à partir de 2024) qui conduisent des essais de phases précoces pour adultes et enfants. Pour savoir si un essai est disponible pour votre situation, demandez à votre oncologue ou consultez le moteur de recherche sur e-cancer.fr.

Le programme AcSé. Lancé en 2013 par l'INCa et renouvelé en 2021, ce programme permet à des patients en impasse thérapeutique d'accéder à des thérapies ciblées innovantes, y compris dès la première ligne depuis 2024. Demandez à votre oncologue si vous pouvez en bénéficier. Source : INCa, Unicancer, mai 2024.

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Questions fréquentes

Oui. La loi du 4 mars 2002 reconnaît le droit de toute personne de refuser un traitement, même curatif. Le médecin est tenu de vous informer des conséquences prévisibles de ce refus, mais ne peut en aucun cas vous imposer un traitement contre votre volonté. Si vous avez des doutes, discutez-en ouvertement avec votre médecin : d'autres options peuvent être envisageables.

Certaines pratiques complémentaires peuvent améliorer le bien-être : acupuncture, sophrologie, yoga, méditation, hypnose. Elles peuvent être proposées dans le cadre des soins de support dans certains établissements.

En revanche, certains compléments alimentaires, plantes ou remèdes non validés peuvent interagir avec les traitements et en réduire l'efficacité. Il est indispensable de signaler à votre oncologue tout produit que vous prenez en parallèle, même en vente libre. Source : INCa, HAS.

Cela dépend du type de traitement, de son intensité et de votre activité professionnelle. Certaines personnes maintiennent une activité partielle pendant la radiothérapie ou l'hormonothérapie. D'autres ont besoin d'un arrêt complet pendant les cycles de chimiothérapie intensive. La page Entourage, travail et droits de ce guide aborde en détail les dispositifs disponibles : arrêt maladie longue durée, temps partiel thérapeutique, RQTH.

La rémission désigne l'absence de signe détectable de la maladie après un traitement. La rémission partielle signifie une réduction significative de la tumeur. La rémission complète signifie la disparition de tout signe de cancer aux examens habituels. La rémission complète ne signifie pas nécessairement guérison définitive : le risque de rechute, bien que décroissant avec le temps, n'est jamais strictement nul pour certains cancers.

Sources et références

  • INCa — Panorama des cancers en France, édition 2024. e-cancer.fr
  • Ligue contre le cancer — Les traitements du cancer : comprendre les différentes approches thérapeutiques, 2023. ligue-cancer.net
  • HAS — Soins de support en cancérologie : recommandations de bonne pratique, 2023. has-sante.fr
  • AFSOS — Référentiel interrégional en soins oncologiques de support, 2023. afsos.org
  • INCa — Centres labellisés INCa de phase précoce (CLIP²), 2024. e-cancer.fr

Sélection éditoriale Hospitalidée — toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.

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