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Guide Oncologie

Qualité de vie pendant les soins

Fatigue, alimentation, corps, intimité : ce que personne n'explique toujours en consultation

La qualité de vie pendant les traitements est un enjeu médical reconnu, intégré au cœur du parcours de soins en cancérologie. Cette page couvre ce qui se passe dans le corps, dans la tête, et dans le quotidien, avec des réponses concrètes.

📅 Mis à jour : mai 2026 ✍️ Équipe Hospitalidée 📚 INCa · AFSOS · HAS
« Prendre soin de soi n'est pas un luxe, c'est une nécessité. » — Audre Lorde, poète et militante américaine, The Cancer Journals, 1980

La qualité de vie pendant les traitements n'est pas un sujet secondaire ni un confort superflu. C'est un enjeu médical reconnu, documenté, intégré au cœur du parcours de soins en cancérologie. En France, les soins de support, qui couvrent la fatigue, la nutrition, la douleur, la sexualité et l'image corporelle, font partie du panier officiel de soins garanti à chaque patient depuis 2016.

Comprendre les mécanismes à l'œuvre, c'est déjà reprendre une part de maîtrise sur une période où l'on peut avoir le sentiment de tout subir.

La qualité de vie en cancérologie

Ces chiffres illustrent l'ampleur des atteintes à la qualité de vie pendant les traitements, et pourquoi les soins de support ne sont pas optionnels.

70,7 %
des patients en traitement rapportent une fatigue liée au cancer (fatigue modérée à sévère : 43 %)
Kang et al., Scientific Reports, 2023
57,3 %
des patients rapportent une détérioration substantielle de leur vie sexuelle 5 ans après le diagnostic
INCa, La vie cinq ans après un diagnostic de cancer, 2018
7,5 %
seulement des patients ont pu parler de leur vie intime lors de leur consultation initiale
INCa, La vie cinq ans après un diagnostic de cancer, 2018
9 soins
de support constituent le panier officiel garanti à chaque patient en France depuis le décret n°2022-689
INCa, ministère de la Santé, 2022
Le saviez-vous ?

Des études montrent qu'une perte de poids involontaire de plus de 5 % au cours des traitements augmente le risque de toxicité de la chimiothérapie et diminue la survie. Soigner la qualité de vie, c'est aussi optimiser l'efficacité des soins. La nutrition et l'activité physique ne sont pas des extras : ce sont des déterminants médicaux.

Source : SFNEP, recommandations professionnelles, 2022 ; AFSOS, référentiel nutrition, 2023

La fatigue liée au cancer

La fatigue cancéreuse est l'effet secondaire le plus fréquent et l'un des plus invalidants. Elle est très différente de la fatigue ordinaire et mérite d'être comprise comme telle.

La fatigue cancéreuse ne disparaît pas avec le repos. Elle est disproportionnée par rapport à l'effort fourni et peut persister des mois après la fin des traitements, jusqu'à 30 % des patients à long terme. La signaler à l'équipe médicale est indispensable : elle peut être évaluée, mesurée et prise en charge. Source : AFSOS, référentiel Fatigue et Cancer, 2020.

La fatigue cancéreuse est multifactorielle. Les mécanismes identifiés incluent la maladie elle-même (la tumeur libère des cytokines pro-inflammatoires), les traitements (chimiothérapie, radiothérapie, immunothérapie génèrent chacun des mécanismes spécifiques), l'anémie (fréquente sous chimiothérapie), les troubles du sommeil, la détresse psychologique et la dénutrition. Source : AFSOS 2020, INCa 2023.

L'activité physique adaptée (APA) est aujourd'hui l'intervention la mieux documentée contre la fatigue cancéreuse. Contrairement à l'intuition, bouger réduit la fatigue plus efficacement que le repos. Source : HAS 2019, AFSOS 2024, ASCO-SIO 2024.

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) aide à modifier les pensées et comportements qui aggravent la fatigue. Elle est efficace y compris chez les patients en rémission. Source : ASCO-SIO, 2024.

La prise en charge des causes traitables : corriger une anémie, traiter une hypothyroïdie induite par l'immunothérapie, ajuster une douleur mal contrôlée. Ces interventions sont directement efficaces sur la fatigue.

Pour aller plus loin, la page 3 de ce guide est entièrement consacrée à la fatigue du cancer : ses mécanismes, le vécu des patients, les stratégies concrètes et les ressources disponibles. → Lire la page Fatigue

Alimentation pendant les traitements

La nutrition est un enjeu médical central pendant le traitement du cancer. L'état nutritionnel influence directement la tolérance aux traitements et le risque de complications.

La dénutrition touche entre 30 et 60 % des patients atteints de cancer selon la localisation et le stade. Elle est causée par la maladie (hypercatabolisme, anorexie tumorale), par les traitements (nausées, mucite, troubles du goût) et par la détresse psychologique. Une perte de poids involontaire de plus de 5 % en 6 mois est un signal d'alarme à signaler immédiatement à l'équipe soignante. Source : SFNEP, 2022 ; INCa, 2025.

Les traitements modifient souvent la perception du goût et de l'odorat (dysgueusie). Quelques pistes pratiques validées : fractionner les repas en 5 à 6 petites prises par jour, favoriser les aliments froids ou à température ambiante (moins odorants), enrichir les préparations en protéines et calories (œufs, fromage, poudre de lait, huile d'olive). La prise en charge diététique personnalisée fait partie du panier officiel de soins de support. Source : INCa, guide patient alimentation, 2025.

Pendant les traitements, le jeûne thérapeutique et les régimes restrictifs sont déconseillés par l'INCa et le réseau NACRe. Les données scientifiques disponibles ne permettent pas de conclure à leur intérêt pendant le traitement. À l'inverse, ils peuvent aggraver la dénutrition et la sarcopénie (perte musculaire), deux facteurs qui péjorent le pronostic. Si vous êtes tenté par des approches nutritionnelles particulières, parlez-en impérativement à votre équipe médicale. Source : réseau NACRe, expertise collective 2017 ; INCa.

Le saviez-vous ?

Contrairement à ce qu'on imagine souvent, certains traitements comme la corticothérapie et l'hormonothérapie peuvent entraîner une prise de poids significative, pas uniquement une perte. Cette prise de poids n'est pas inoffensive pour certains cancers hormonodépendants et mérite une attention nutritionnelle spécifique, différente de la prise en charge de la dénutrition.

Source : Ligue contre le cancer, INCa, guide patient alimentation, 2025

L'activité physique adaptée : un traitement à part entière

L'activité physique adaptée (APA) est reconnue depuis 2019 par la HAS comme un soin de support prescriptible sur ordonnance. Son niveau de preuve en cancérologie est parmi les plus élevés de toutes les interventions non médicamenteuses.

Bénéfice 1
Réduction de la fatigue cancéreuse
L'APA réduit la fatigue liée au cancer de manière significative, pendant et après les traitements. C'est l'intervention non médicamenteuse la mieux documentée sur ce symptôme. Elle agit en améliorant la condition cardiovasculaire, en réduisant l'inflammation systémique et en régulant les cycles veille-sommeil. Source : ASCO-SIO 2024 ; AFSOS 2024.
Bénéfice 2
Impact sur la récidive et la survie
Pour plusieurs localisations (sein, colorectal, prostate), des données solides montrent qu'une activité physique régulière après le traitement réduit le risque de récidive et améliore la survie globale. Une activité équivalente aux recommandations générales (150 minutes d'intensité modérée par semaine) est associée aux bénéfices les plus significatifs. Source : INCa 2017 ; AFSOS 2024.
Modalités
Comment pratiquer et avec qui
L'APA doit être adaptée à l'état général et aux contre-indications éventuelles (métastases osseuses, thrombopénie sévère). Elle peut être prescrite par le médecin traitant ou l'oncologue et encadrée par un enseignant en Activité Physique Adaptée. Les Maisons Sport-Santé, la Ligue contre le cancer et certaines associations spécialisées proposent des programmes en oncologie. Source : AFSOS 2024 ; HAS 2019.
Marcher 30 minutes par jour est un point de départ valide. La régularité compte davantage que l'intensité. En cas de fatigue importante, des séances de 10 minutes plusieurs fois par jour peuvent être un point de départ adapté. La sédentarité prolongée est un facteur aggravant documenté de la fatigue et de la qualité de vie en cancérologie. Source : AFSOS 2024.

Sexualité, intimité et image de soi

Ces dimensions de la qualité de vie sont souvent les moins abordées en consultation. Pourtant, elles font partie du parcours de soins officiel, et des professionnels formés existent pour y répondre.

Les traitements peuvent affecter la sexualité par des mécanismes physiques et psychologiques. La chimiothérapie peut entraîner baisse de libido, sécheresse vaginale et troubles de l'érection. La radiothérapie pelvienne provoque des effets locaux durables. La chirurgie modifie parfois l'image corporelle et la fonctionnalité sexuelle. L'hormonothérapie induit une ménopause chez la femme et des troubles érectiles chez l'homme. La plupart de ces effets s'améliorent après la fin des traitements, mais certains nécessitent une prise en charge spécifique. Source : INCa, AFSOS.

Perte des cheveux, cicatrices, modifications du poids, stomie, ablation d'un sein : ces changements peuvent générer un sentiment d'étrangeté vis-à-vis de soi-même, une altération de l'estime de soi et une difficulté à se sentir désirable. Ces ressentis sont normaux et légitimes. La socio-esthétique (soins de beauté adaptés réalisés par des esthéticiennes formées à l'oncologie) fait partie du panier de soins de support. Source : INCa, Ligue contre le cancer.

L'onco-sexologue est spécialiste de la santé sexuelle en contexte de cancer. Le médecin traitant ou l'oncologue peut prescrire des traitements locaux (lubrifiants, médicaments des troubles de l'érection). Le psycho-oncologue aide à travailler sur l'image de soi. La socio-esthéticienne intervient sur les soins de l'image corporelle. L'AFSOS recommande d'intégrer systématiquement la santé sexuelle dans le parcours de soins dès l'annonce du diagnostic. Source : AFSOS, référentiel santé sexuelle et cancers.

La fertilité doit être abordée avant le début des traitements. Pour les personnes en âge de procréer, certains traitements peuvent altérer la fertilité de façon temporaire ou définitive. Des mesures de préservation (congélation de sperme, de cortex ovarien ou d'ovocytes) peuvent être proposées avant les traitements dans les CECOS (Centres d'Étude et de Conservation des Œufs et du Sperme humains). Cette démarche doit être initiée rapidement : parlez-en à votre médecin dès la RCP. Source : INCa, cecos.org.
💬

Votre expérience peut aider

D'autres personnes touchées par un cancer partagent leur vécu sur Hospitalidée : la fatigue, l'image de soi, le quotidien pendant les traitements. Ces témoignages peuvent vous aider à vous sentir moins seul dans ce que vous traversez. Et si vous avez vous-même traversé cette expérience, votre avis peut faire une vraie différence pour ceux qui viennent après vous.

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Les soins de support : ce à quoi vous avez droit

Les soins de support ne sont pas des extras. Ils sont inscrits dans le cadre réglementaire depuis le Plan Cancer 2 et leur accès est garanti par le décret n°2022-689.

Ces quatre soins sont obligatoirement proposés par tout établissement autorisé à traiter des cancers :

  • Prise en charge de la douleur : évaluation régulière, traitement antalgique adapté.
  • Prise en charge diététique : évaluation nutritionnelle, conseils personnalisés, compléments nutritionnels oraux (CNO) si nécessaire.
  • Prise en charge psychologique : accès à un psycho-oncologue pour le patient et ses proches.
  • Prise en charge sociale, familiale et professionnelle : assistante sociale, orientation vers les aides disponibles (ALD, RQTH, aide à domicile).

Source : INCa, panier de soins de support 2016 ; décret n°2022-689.

Ces cinq soins ont un impact documenté sur la qualité de vie, mais leur accès est moins systématique et peut nécessiter une démarche de la part du patient :

  • Activité physique adaptée (APA) : prescriptible sur ordonnance depuis 2019 (HAS).
  • Soutien psychologique des proches et aidants.
  • Préservation de la fertilité : à initier avant les traitements si nécessaire.
  • Prise en charge des troubles de la sexualité : onco-sexologie, consultations spécialisées.
  • Conseils d'hygiène de vie : tabac, alcool, alimentation.

Source : INCa, panier de soins de support 2016 ; instruction DGOS/INCa 2017.

Comment accéder aux soins de support. La première étape est d'en parler à l'infirmière coordinatrice de parcours ou à l'assistante sociale de l'établissement où vous êtes suivi. La Ligue contre le cancer (ligue-cancer.net) propose également de nombreux soins de support gratuitement dans ses espaces d'accueil et via ses comités départementaux.

Ressources pour trouver des soins de support

🤝
Ligue contre le cancer
Soins de support gratuits dans les comités départementaux : psychologie, socio-esthétique, APA, soutien aux proches.
ligue-cancer.net
🏃
Maisons Sport-Santé
Réseau national proposant de l'APA encadrée, y compris en oncologie. Localisateur sur le site du ministère des Sports.
sports.gouv.fr
📞
Cancer Info : 0 805 123 124
Service gratuit INCa et Ligue pour trouver les soins de support dans votre région et répondre à vos questions.
cancer.fr
🧬
AFSOS
Association francophone des soins oncologiques de support. Référentiels professionnels accessibles au grand public.
afsos.org

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Questions fréquentes

Partiellement. Les consultations de douleur, les séances de psychologie en établissement hospitalier et les consultations diététiques prescrites dans le cadre d'une ALD (affection de longue durée) sont en général prises en charge. L'APA est prescriptible sur ordonnance depuis 2019 et partiellement remboursée selon les structures.

Les consultations chez un psychologue libéral ne sont pas ou peu remboursées par la Sécurité sociale, mais le dispositif MonPsy permet d'accéder à 8 séances remboursées sur prescription médicale. La Ligue contre le cancer propose de nombreux soins de support gratuits via ses comités départementaux. Source : INCa, Fondation ARC, instruction DGOS 2017.

Quelques approches validées : hygiène du sommeil rigoureuse (horaires réguliers de lever et de coucher, chambre sombre et fraîche, limiter les siestes à 20 minutes), thérapie cognitivo-comportementale de l'insomnie (TCC-I, supérieure aux somnifères selon la HAS), relaxation et méditation de pleine conscience. L'activité physique adaptée améliore significativement la qualité du sommeil en oncologie. Les somnifères (benzodiazépines) ne sont pas recommandés en première intention.

La méditation de pleine conscience (mindfulness) et la sophrologie ont été étudiées en oncologie. Les résultats les plus solides concernent la réduction de l'anxiété, l'amélioration du sommeil et la diminution de la détresse psychologique. La méditation de pleine conscience (MBSR) a démontré un niveau de preuve suffisant pour être recommandée comme outil de gestion du stress. Source : ASCO-SIO Guideline 2024.

Ces pratiques ne remplacent pas les traitements médicaux ni le suivi psychologique professionnel. Elles peuvent en revanche être un complément utile, accessible, et sans effets secondaires.

Sources et références

  • INCa — La vie cinq ans après un diagnostic de cancer : qualité de vie, séquelles, droits, 2018. e-cancer.fr
  • AFSOS — Référentiel APA et cancer (activité physique adaptée), mai 2024. afsos.org
  • HAS — Développement de la prescription de l'activité physique par le médecin traitant, 2019. has-sante.fr
  • Kang DY et al. — Prevalence of cancer-related fatigue according to cancer type and treatment, Scientific Reports, 2023. ncbi.nlm.nih.gov
  • SFNEP — Nutrition et cancer : recommandations professionnelles, 2022. sfnep.org

Sélection éditoriale Hospitalidée — toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.

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