Qualité de vie pendant les soins
Fatigue, alimentation, corps, intimité : ce que personne n'explique toujours en consultationLa qualité de vie pendant les traitements est un enjeu médical reconnu, intégré au cœur du parcours de soins en cancérologie. Cette page couvre ce qui se passe dans le corps, dans la tête, et dans le quotidien, avec des réponses concrètes.
« Prendre soin de soi n'est pas un luxe, c'est une nécessité. » — Audre Lorde, poète et militante américaine, The Cancer Journals, 1980
La qualité de vie pendant les traitements n'est pas un sujet secondaire ni un confort superflu. C'est un enjeu médical reconnu, documenté, intégré au cœur du parcours de soins en cancérologie. En France, les soins de support, qui couvrent la fatigue, la nutrition, la douleur, la sexualité et l'image corporelle, font partie du panier officiel de soins garanti à chaque patient depuis 2016.
Comprendre les mécanismes à l'œuvre, c'est déjà reprendre une part de maîtrise sur une période où l'on peut avoir le sentiment de tout subir.
La qualité de vie en cancérologie
Ces chiffres illustrent l'ampleur des atteintes à la qualité de vie pendant les traitements, et pourquoi les soins de support ne sont pas optionnels.
Des études montrent qu'une perte de poids involontaire de plus de 5 % au cours des traitements augmente le risque de toxicité de la chimiothérapie et diminue la survie. Soigner la qualité de vie, c'est aussi optimiser l'efficacité des soins. La nutrition et l'activité physique ne sont pas des extras : ce sont des déterminants médicaux.
Source : SFNEP, recommandations professionnelles, 2022 ; AFSOS, référentiel nutrition, 2023La fatigue liée au cancer
La fatigue cancéreuse est l'effet secondaire le plus fréquent et l'un des plus invalidants. Elle est très différente de la fatigue ordinaire et mérite d'être comprise comme telle.
La fatigue cancéreuse est multifactorielle. Les mécanismes identifiés incluent la maladie elle-même (la tumeur libère des cytokines pro-inflammatoires), les traitements (chimiothérapie, radiothérapie, immunothérapie génèrent chacun des mécanismes spécifiques), l'anémie (fréquente sous chimiothérapie), les troubles du sommeil, la détresse psychologique et la dénutrition. Source : AFSOS 2020, INCa 2023.
L'activité physique adaptée (APA) est aujourd'hui l'intervention la mieux documentée contre la fatigue cancéreuse. Contrairement à l'intuition, bouger réduit la fatigue plus efficacement que le repos. Source : HAS 2019, AFSOS 2024, ASCO-SIO 2024.
La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) aide à modifier les pensées et comportements qui aggravent la fatigue. Elle est efficace y compris chez les patients en rémission. Source : ASCO-SIO, 2024.
La prise en charge des causes traitables : corriger une anémie, traiter une hypothyroïdie induite par l'immunothérapie, ajuster une douleur mal contrôlée. Ces interventions sont directement efficaces sur la fatigue.
Pour aller plus loin, la page 3 de ce guide est entièrement consacrée à la fatigue du cancer : ses mécanismes, le vécu des patients, les stratégies concrètes et les ressources disponibles. → Lire la page Fatigue
Alimentation pendant les traitements
La nutrition est un enjeu médical central pendant le traitement du cancer. L'état nutritionnel influence directement la tolérance aux traitements et le risque de complications.
La dénutrition touche entre 30 et 60 % des patients atteints de cancer selon la localisation et le stade. Elle est causée par la maladie (hypercatabolisme, anorexie tumorale), par les traitements (nausées, mucite, troubles du goût) et par la détresse psychologique. Une perte de poids involontaire de plus de 5 % en 6 mois est un signal d'alarme à signaler immédiatement à l'équipe soignante. Source : SFNEP, 2022 ; INCa, 2025.
Les traitements modifient souvent la perception du goût et de l'odorat (dysgueusie). Quelques pistes pratiques validées : fractionner les repas en 5 à 6 petites prises par jour, favoriser les aliments froids ou à température ambiante (moins odorants), enrichir les préparations en protéines et calories (œufs, fromage, poudre de lait, huile d'olive). La prise en charge diététique personnalisée fait partie du panier officiel de soins de support. Source : INCa, guide patient alimentation, 2025.
Pendant les traitements, le jeûne thérapeutique et les régimes restrictifs sont déconseillés par l'INCa et le réseau NACRe. Les données scientifiques disponibles ne permettent pas de conclure à leur intérêt pendant le traitement. À l'inverse, ils peuvent aggraver la dénutrition et la sarcopénie (perte musculaire), deux facteurs qui péjorent le pronostic. Si vous êtes tenté par des approches nutritionnelles particulières, parlez-en impérativement à votre équipe médicale. Source : réseau NACRe, expertise collective 2017 ; INCa.
Contrairement à ce qu'on imagine souvent, certains traitements comme la corticothérapie et l'hormonothérapie peuvent entraîner une prise de poids significative, pas uniquement une perte. Cette prise de poids n'est pas inoffensive pour certains cancers hormonodépendants et mérite une attention nutritionnelle spécifique, différente de la prise en charge de la dénutrition.
Source : Ligue contre le cancer, INCa, guide patient alimentation, 2025L'activité physique adaptée : un traitement à part entière
L'activité physique adaptée (APA) est reconnue depuis 2019 par la HAS comme un soin de support prescriptible sur ordonnance. Son niveau de preuve en cancérologie est parmi les plus élevés de toutes les interventions non médicamenteuses.
Sexualité, intimité et image de soi
Ces dimensions de la qualité de vie sont souvent les moins abordées en consultation. Pourtant, elles font partie du parcours de soins officiel, et des professionnels formés existent pour y répondre.
Les traitements peuvent affecter la sexualité par des mécanismes physiques et psychologiques. La chimiothérapie peut entraîner baisse de libido, sécheresse vaginale et troubles de l'érection. La radiothérapie pelvienne provoque des effets locaux durables. La chirurgie modifie parfois l'image corporelle et la fonctionnalité sexuelle. L'hormonothérapie induit une ménopause chez la femme et des troubles érectiles chez l'homme. La plupart de ces effets s'améliorent après la fin des traitements, mais certains nécessitent une prise en charge spécifique. Source : INCa, AFSOS.
Perte des cheveux, cicatrices, modifications du poids, stomie, ablation d'un sein : ces changements peuvent générer un sentiment d'étrangeté vis-à-vis de soi-même, une altération de l'estime de soi et une difficulté à se sentir désirable. Ces ressentis sont normaux et légitimes. La socio-esthétique (soins de beauté adaptés réalisés par des esthéticiennes formées à l'oncologie) fait partie du panier de soins de support. Source : INCa, Ligue contre le cancer.
L'onco-sexologue est spécialiste de la santé sexuelle en contexte de cancer. Le médecin traitant ou l'oncologue peut prescrire des traitements locaux (lubrifiants, médicaments des troubles de l'érection). Le psycho-oncologue aide à travailler sur l'image de soi. La socio-esthéticienne intervient sur les soins de l'image corporelle. L'AFSOS recommande d'intégrer systématiquement la santé sexuelle dans le parcours de soins dès l'annonce du diagnostic. Source : AFSOS, référentiel santé sexuelle et cancers.
Votre expérience peut aider
D'autres personnes touchées par un cancer partagent leur vécu sur Hospitalidée : la fatigue, l'image de soi, le quotidien pendant les traitements. Ces témoignages peuvent vous aider à vous sentir moins seul dans ce que vous traversez. Et si vous avez vous-même traversé cette expérience, votre avis peut faire une vraie différence pour ceux qui viennent après vous.
🔍 Recherchez « cancer » sur hospitalidee.fr pour lire les avis ou déposer le vôtreLes soins de support : ce à quoi vous avez droit
Les soins de support ne sont pas des extras. Ils sont inscrits dans le cadre réglementaire depuis le Plan Cancer 2 et leur accès est garanti par le décret n°2022-689.
Ces quatre soins sont obligatoirement proposés par tout établissement autorisé à traiter des cancers :
- Prise en charge de la douleur : évaluation régulière, traitement antalgique adapté.
- Prise en charge diététique : évaluation nutritionnelle, conseils personnalisés, compléments nutritionnels oraux (CNO) si nécessaire.
- Prise en charge psychologique : accès à un psycho-oncologue pour le patient et ses proches.
- Prise en charge sociale, familiale et professionnelle : assistante sociale, orientation vers les aides disponibles (ALD, RQTH, aide à domicile).
Source : INCa, panier de soins de support 2016 ; décret n°2022-689.
Ces cinq soins ont un impact documenté sur la qualité de vie, mais leur accès est moins systématique et peut nécessiter une démarche de la part du patient :
- Activité physique adaptée (APA) : prescriptible sur ordonnance depuis 2019 (HAS).
- Soutien psychologique des proches et aidants.
- Préservation de la fertilité : à initier avant les traitements si nécessaire.
- Prise en charge des troubles de la sexualité : onco-sexologie, consultations spécialisées.
- Conseils d'hygiène de vie : tabac, alcool, alimentation.
Source : INCa, panier de soins de support 2016 ; instruction DGOS/INCa 2017.
Ressources pour trouver des soins de support
Les essentiels santé
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Questions fréquentes
Partiellement. Les consultations de douleur, les séances de psychologie en établissement hospitalier et les consultations diététiques prescrites dans le cadre d'une ALD (affection de longue durée) sont en général prises en charge. L'APA est prescriptible sur ordonnance depuis 2019 et partiellement remboursée selon les structures.
Les consultations chez un psychologue libéral ne sont pas ou peu remboursées par la Sécurité sociale, mais le dispositif MonPsy permet d'accéder à 8 séances remboursées sur prescription médicale. La Ligue contre le cancer propose de nombreux soins de support gratuits via ses comités départementaux. Source : INCa, Fondation ARC, instruction DGOS 2017.
Quelques approches validées : hygiène du sommeil rigoureuse (horaires réguliers de lever et de coucher, chambre sombre et fraîche, limiter les siestes à 20 minutes), thérapie cognitivo-comportementale de l'insomnie (TCC-I, supérieure aux somnifères selon la HAS), relaxation et méditation de pleine conscience. L'activité physique adaptée améliore significativement la qualité du sommeil en oncologie. Les somnifères (benzodiazépines) ne sont pas recommandés en première intention.
La méditation de pleine conscience (mindfulness) et la sophrologie ont été étudiées en oncologie. Les résultats les plus solides concernent la réduction de l'anxiété, l'amélioration du sommeil et la diminution de la détresse psychologique. La méditation de pleine conscience (MBSR) a démontré un niveau de preuve suffisant pour être recommandée comme outil de gestion du stress. Source : ASCO-SIO Guideline 2024.
Ces pratiques ne remplacent pas les traitements médicaux ni le suivi psychologique professionnel. Elles peuvent en revanche être un complément utile, accessible, et sans effets secondaires.
Sources et références
- INCa — La vie cinq ans après un diagnostic de cancer : qualité de vie, séquelles, droits, 2018. e-cancer.fr
- AFSOS — Référentiel APA et cancer (activité physique adaptée), mai 2024. afsos.org
- HAS — Développement de la prescription de l'activité physique par le médecin traitant, 2019. has-sante.fr
- Kang DY et al. — Prevalence of cancer-related fatigue according to cancer type and treatment, Scientific Reports, 2023. ncbi.nlm.nih.gov
- SFNEP — Nutrition et cancer : recommandations professionnelles, 2022. sfnep.org
Sélection éditoriale Hospitalidée — toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.