Après les urgences
La sortie n'est pas la fin : c'est là que beaucoup de choses se jouentRentrer chez soi après les urgences, c'est souvent rentrer avec une ordonnance qu'on ne comprend pas entièrement, une lettre pour un médecin traitant qu'on n'a pas encore prévenu, et l'inquiétude de ne pas savoir à quoi faire attention. Cette page comble ce vide.
« La continuité des soins après la sortie est un droit du patient. Un document contenant les informations indispensables doit lui être remis au moment de la sortie et adressé au médecin traitant. » Haute Autorité de Santé (HAS), recommandations sur la sortie d'hospitalisation
Le passage aux urgences se termine, mais quelque chose reste en suspens. Le médecin a fait son travail, mais il ne peut pas vérifier que vous allez bien demain matin, ni que vous avez compris comment prendre votre traitement. Ce relais, c'est à vous de le construire, avec votre médecin traitant et les informations que les urgences vous ont remises.
Cette page détaille ce qu'il faut vérifier avant de partir, comment lire une ordonnance de sortie, et à quels signes être attentif dans les jours qui suivent. Elle s'adresse aussi aux proches qui prennent le relais à domicile.
Le retour à domicile : les premières heures
Pour les 77 % de patients qui quittent les urgences sans être hospitalisés, le retour à domicile marque le début d'une période de convalescence qui mérite d'être organisée avec soin.
Avant de quitter le service des urgences, plusieurs vérifications s'imposent. Le médecin urgentiste remet en principe une ordonnance de sortie et une lettre de liaison destinée au médecin traitant. Ces documents retracent les conclusions de l'examen, les résultats des examens réalisés et les recommandations de suivi. Ils sont indispensables pour la continuité de votre prise en charge.
- Vérifier que vous avez bien reçu l'ordonnance de sortie et la lettre pour le médecin traitant
- Récupérer votre carte Vitale, carte de mutuelle et vos effets personnels
- Demander si des résultats d'examens sont encore attendus et comment vous en serez informé
- Confirmer la date de la prochaine consultation si une a été fixée
- Demander si un transport médicalisé est nécessaire pour le retour : il n'est pris en charge par l'Assurance Maladie que sur prescription médicale
- Signaler à l'infirmier si vous rentrez seul et que cela vous inquiète : une assistante sociale peut être contactée avant votre départ
En France, l'envoi de la lettre de liaison au médecin traitant le jour même de la sortie n'est réalisé que dans un cas sur deux. Cela signifie que votre médecin traitant ne dispose pas toujours des informations de votre passage aux urgences au moment où vous le contactez. Apporter votre exemplaire de la lettre de liaison à la consultation de suivi est donc essentiel.
Source : Haute Autorité de Santé (HAS), indicateur DEC, données 2014 et rapport de suiviComprendre et appliquer l'ordonnance de sortie
L'ordonnance remise à la sortie des urgences peut contenir plusieurs types de prescriptions. Prendre le temps de la lire et de comprendre chaque élément avant de quitter le service évite les erreurs de traitement à domicile.
Médicaments
Nom du médicament, dosage, fréquence et durée de traitement. En cas de doute sur la posologie ou les interactions avec un traitement habituel, demander confirmation au pharmacien. Ne jamais interrompre un traitement prescrit sans avis médical, même si les symptômes s'améliorent.
Soins infirmiers
Pansements, injections, surveillance quotidienne : si des soins infirmiers à domicile sont prescrits, un infirmier libéral (IDEL) peut intervenir sur la base de l'ordonnance. Ces soins sont pris en charge à 100 % par l'Assurance Maladie dans le cadre d'une sortie hospitalière.
Examens de contrôle
Certaines ordonnances prévoient des bilans sanguins ou radiologiques de contrôle à réaliser dans un délai précis. Ces examens permettent de vérifier l'évolution et ne doivent pas être différés, même en l'absence de symptômes apparents.
Arrêt de travail
Si un arrêt de travail est prescrit, il doit être envoyé à l'Assurance Maladie dans les 48 heures. Le médecin traitant peut prolonger cet arrêt si nécessaire, lors de la consultation de suivi. Conserver le volet destiné à l'employeur.
Le suivi médical après les urgences
Les urgences traitent la phase aiguë, pas le reste. Prendre contact avec son médecin traitant dans les jours qui suivent n'est pas une formalité : c'est une étape médicale à part entière.
Les passages aux urgences sont l'un des principaux déclencheurs de nouvelles prescriptions médicamenteuses qui ne seront jamais réévaluées. Un passage aux urgences peut modifier durablement un traitement habituel, ajouter un médicament sans que le médecin traitant n'en soit informé à temps. C'est l'une des raisons pour lesquelles la consultation de suivi post-urgences n'est pas optionnelle.
Source : HAS, recommandations sur la continuité des soins à la sortie d'hospitalisationSi vous êtes hospitalisé après les urgences
L'hospitalisation après un passage aux urgences est souvent vécue comme une décision brutale, prise dans l'urgence, sans qu'on ait eu le temps de s'y préparer. Comprendre ce qui se passe dans les premières heures aide à aborder cette étape plus sereinement.
Le transfert depuis les urgences vers un service d'hospitalisation est accompagné d'une lettre de liaison transmise au médecin du service. Ce document retrace votre prise en charge aux urgences, les examens réalisés et les traitements déjà initiés. Vous n'avez pas à tout réexpliquer depuis le début, mais il est toujours utile de préciser vos antécédents, vos allergies et vos traitements habituels à l'équipe qui vous accueille.
Si vous êtes hospitalisé de façon imprévue, plusieurs démarches pratiques s'imposent rapidement : prévenir les personnes à contacter en cas d'urgence, organiser la garde d'enfants ou d'animaux si nécessaire, sécuriser le domicile (fermeture à clé, appareils éteints), et signaler l'absence à l'employeur ou aux administrations si l'hospitalisation dépasse quelques jours.
Un assistant social ou une assistante sociale de l'établissement peut vous aider à coordonner ces démarches si vous n'avez pas de proches disponibles. N'hésitez pas à en faire la demande auprès du cadre de santé du service.
A la sortie de l'hospitalisation, un document de liaison vous est remis. Il contient le motif d'hospitalisation, la synthèse médicale du séjour, les résultats des examens, les traitements prescrits à la sortie et les recommandations de suivi. Ce document doit être transmis à votre médecin traitant et conservé dans vos documents médicaux personnels.
Si ce document ne vous est pas remis spontanément, demandez-le explicitement au cadre de santé ou au médecin du service avant de quitter l'établissement. Il est obligatoire depuis 2017. Source : Ameli.fr, code de la santé publique art. R. 1112-1-2.
L'Aide au Retour à Domicile après Hospitalisation (ARDH) est un dispositif financé par la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse (CNAV) permettant aux retraités de bénéficier d'aides ménagères, de portage de repas ou d'autres services à domicile pour faciliter la convalescence. La demande doit être effectuée avant la sortie ou dans les 48 heures suivant le retour à domicile : ce délai est strict.
Le programme PRADO de l'Assurance Maladie permet d'organiser un suivi infirmier et médical coordonné dès la première semaine suivant la sortie, notamment pour les insuffisances cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux (AVC), les bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO) et les personnes de 75 ans et plus. Source : Ameli.fr.
Signes d'alarme : quand reconsulter en urgence
Après un passage aux urgences, certains signes doivent alerter et conduire à rappeler le 15 ou à retourner consulter sans attendre, même si le retour à domicile a été autorisé.
Après un passage aux urgences, appeler le 15 sans délai si l'un de ces signes apparaît :
- Douleur thoracique qui réapparaît ou s'aggrave
- Difficulté respiratoire croissante
- Perte de connaissance ou état confusionnel
- Réapparition de signes neurologiques (trouble de la parole, paralysie)
- Saignement abondant ou qui ne s'arrête pas malgré la compression
- Fièvre très élevée (au-delà de 39,5 °C) apparaissant dans les 48 heures après une intervention ou une procédure
- Signe d'infection locale importante : rougeur, chaleur, gonflement autour d'une plaie
Contacter le médecin traitant ou rappeler le 15 pour avis si :
- Les symptômes qui ont motivé le passage aux urgences ne s'améliorent pas ou s'aggravent malgré le traitement
- Des effets secondaires importants du traitement prescrit apparaissent (allergie, vomissements, vertiges intenses)
- La douleur n'est pas soulagée par les antalgiques prescrits
- Une plaie présente des signes inquiétants : suintement, odeur, bords qui s'écartent
- Un état général qui se dégrade progressivement sans cause évidente
Ne pas attendre la consultation prévue si ces signes apparaissent : appeler directement le médecin traitant ou le 15 pour avis.
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Questions fréquentes
Le médecin urgentiste peut prescrire un arrêt de travail lors du passage aux urgences. Sa durée est déterminée en fonction du diagnostic et de la nature du travail. Si cet arrêt doit être prolongé, le médecin traitant peut le renouveler lors de la consultation de suivi.
Pour certaines pathologies (fractures, chirurgie, infarctus), une reprise progressive peut être envisagée avec votre employeur en lien avec le médecin du travail. Ne jamais reprendre contre l'avis médical, même sous pression professionnelle.
Pas nécessairement. Certains médicaments prescrits aux urgences (morphiniques, benzodiazépines, antihistaminiques sédatifs) peuvent altérer les capacités de concentration et sont incompatibles avec la conduite. Le médecin urgentiste doit vous en informer lors de la remise de l'ordonnance.
En cas de doute, demander explicitement si les médicaments prescrits sont compatibles avec la conduite. Le pharmacien peut également répondre à cette question au moment de la délivrance.
Tout patient a le droit d'accéder à son dossier médical dans un délai de 48 heures à 8 jours selon les établissements (délai réduit si le séjour remonte à moins de 5 ans). La demande s'adresse par courrier ou directement au service des archives médicales de l'établissement. Une pièce d'identité est requise.
Ce dossier peut être utile en cas de réclamation, pour une consultation spécialisée ultérieure ou pour justifier des droits auprès d'une assurance. Source : Loi du 4 mars 2002 et article L. 1111-7 du code de la santé publique.
L'absence de médecin traitant ne dispense pas du suivi post-urgences. Plusieurs solutions existent : centres de santé à tarif opposable, consultations de médecins généralistes disponibles sur Doctolib ou Maiia, ou structures de permanence des soins accessibles via le 15.
Si une consultation spécialisée est recommandée dans la lettre de sortie et que vous n'avez pas de médecin traitant pour organiser l'orientation, le 15 peut conseiller sur les démarches à suivre. Source : Service-Public.fr.
Sources et références
- HAS : Sortie d'hospitalisation, continuité des soins et sécurité du patient, recommandations. has-sante.fr
- Ameli.fr : Lettre de liaison de sortie, programme PRADO de retour à domicile, 2024. ameli.fr
- Ameli.fr : Transport sanitaire, conditions de prise en charge par l'Assurance Maladie, 2024. ameli.fr
- Légifrance : Code de la santé publique, art. R. 1112-1-2, lettre de liaison obligatoire depuis 2017. legifrance.gouv.fr
- DREES : Enquête Urgences 2023, volet patient, orientation à la sortie des urgences. drees.solidarites-sante.gouv.fr
Sélection éditoriale Hospitalidée : toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.