Droits, proches et recours
Vous avez des droits aux urgences. Savoir lesquels change toutAux urgences, l'environnement est intimidant, le temps manque, et il est difficile de faire valoir quoi que ce soit quand on ne sait pas ce à quoi on a droit. Cette page est faite pour que vous le sachiez.
« Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés. » Article L. 1111-2 du code de la santé publique, loi du 4 mars 2002
La loi du 4 mars 2002, dite loi Kouchner, a transformé la relation entre les patients et les professionnels de santé en France. Elle reconnaît aux patients des droits qui s'appliquent pleinement aux urgences : le droit d'être informé, le droit de refuser un soin, le droit d'accéder à son dossier. Ces droits ne sont pas suspendus par l'urgence médicale.
Mais connaître ses droits ne suffit pas si l'on ne sait pas comment les faire valoir concrètement. Cette page explique les droits, le rôle des proches, et les démarches à suivre si quelque chose s'est mal passé.
Vos droits fondamentaux aux urgences
Les droits des patients s'appliquent dans tous les établissements de santé, y compris les services d'urgences. L'environnement sous tension ne suspend aucun de ces droits.
Droit à l'information
Vous avez le droit d'être informé de votre état de santé, des examens prescrits, de leur objectif et de leurs résultats, dans un langage adapté et compréhensible. Cette information doit être donnée avant tout acte médical non urgent. Source : art. L. 1111-2 du code de la santé publique (CSP).
Droit au consentement
Aucun acte médical ne peut être réalisé sans votre consentement éclairé. En cas d'urgence vitale où vous êtes inconscient, les soins indispensables peuvent être réalisés sans consentement préalable. Vous pouvez à tout moment refuser ou interrompre un traitement. Source : art. L. 1111-4 CSP.
Droit au respect de la dignité
Tout patient a droit au respect de sa dignité, de son intimité et de sa vie privée, quelle que soit sa situation sociale, son état de santé ou ses origines. Ce droit s'applique pleinement dans les zones de soins, souvent peu cloisonnées aux urgences.
Droit à la confidentialité
Toutes les informations médicales vous concernant sont couvertes par le secret médical. Elles ne peuvent être communiquées à vos proches ou à votre employeur sans votre accord explicite, sauf cas prévu par la loi. Source : art. L. 1110-4 CSP.
Tout patient a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Cette obligation légale impose aux équipes soignantes d'évaluer, de prendre en compte et de traiter la douleur. Elle s'applique dès l'accueil aux urgences, lors du triage, et tout au long du passage.
Si vous estimez que votre douleur est insuffisamment prise en charge, le signaler explicitement à l'infirmier en donnant un chiffre sur l'échelle de 0 à 10 est la démarche la plus efficace. Ce droit est inscrit à l'article L. 1110-5 du code de la santé publique.
Tout patient a le droit d'accéder à l'ensemble de son dossier médical, y compris le dossier constitué lors du passage aux urgences. La demande s'adresse au service des archives médicales de l'établissement, par courrier ou en se présentant avec une pièce d'identité.
L'établissement dispose d'un délai de 48 heures à 8 jours pour communiquer le dossier (délai réduit à 48 heures si le séjour remonte à moins de 5 ans). La communication peut être faite par consultation sur place ou envoi de copies. Source : art. L. 1111-7 CSP.
Tout patient qui se présente aux urgences a le droit d'être évalué, quelle que soit sa situation administrative ou sa capacité à payer. La prise en charge médicale ne peut être conditionnée ni à la présentation d'une carte Vitale, ni au paiement d'une avance. Dans les services d'urgences des hôpitaux publics, ce droit est absolu.
Source : Code de la santé publique, loi du 31 juillet 1991 sur le service public hospitalierLa personne de confiance
La désignation d'une personne de confiance est un droit méconnu mais précieux, qui peut s'avérer déterminant en situation d'urgence grave où vous n'êtes plus en mesure de vous exprimer.
Tout patient hospitalisé peut désigner une personne de confiance, membre de la famille, proche ou médecin traitant, qui sera consultée par les professionnels de santé si lui-même est dans l'impossibilité d'exprimer sa volonté. Cette désignation doit être faite par écrit lors de l'admission à l'hôpital. Elle est valable pour la durée de l'hospitalisation, sauf révocation explicite.
La personne de confiance n'est pas un décideur médical : elle témoigne de la volonté présumée du patient et accompagne les professionnels de santé dans leurs décisions. Son avis prévaut sur celui des autres membres de la famille en cas de désaccord, mais ne se substitue pas à la décision médicale.
Elle peut assister aux entretiens médicaux si le patient le souhaite, recevoir les informations médicales nécessaires pour accomplir sa mission et être présente pour soutenir la personne hospitalisée. Source : art. L. 1111-6 CSP, loi du 4 mars 2002.
Les directives anticipées sont un document écrit dans lequel toute personne majeure peut exprimer ses souhaits concernant les traitements à mettre en oeuvre ou à éviter en cas de fin de vie ou d'incapacité à s'exprimer. Elles s'imposent désormais au médecin, sauf situations particulières.
En situation d'urgence vitale, le médecin urgentiste n'a pas toujours accès aux directives anticipées. Si vous en avez rédigé, informer vos proches et votre personne de confiance permet de les communiquer à l'équipe médicale. Source : Loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016.
Le rôle des proches aux urgences
Accompagner quelqu'un aux urgences est une expérience éprouvante, souvent vécue dans l'incertitude et l'attente. Connaître son rôle exact permet de soutenir efficacement sans perturber la prise en charge.
Le proche présent peut rendre de nombreux services concrets : communiquer les informations médicales essentielles si la personne est dans l'incapacité de le faire (liste des médicaments, allergies, antécédents), gérer les démarches administratives (enregistrement, carte Vitale), rassurer la personne pendant l'attente, et prendre en note les informations données par le médecin.
Désigner un seul interlocuteur pour les questions à l'équipe évite de surcharger le personnel. Les appels répétés pour demander des nouvelles peuvent perturber des équipes qui gèrent plusieurs situations en parallèle.
Les informations médicales sont couvertes par le secret médical. Elles ne peuvent être communiquées aux proches qu'avec l'accord explicite du patient. Si le patient est conscient et apte à s'exprimer, il doit donner son accord pour que les proches soient informés de son état.
Si le patient est inconscient ou incapable d'exprimer sa volonté, la personne de confiance désignée est l'interlocutrice prioritaire. En l'absence de désignation formelle, le médecin peut choisir de communiquer avec les proches de premier degré, dans l'intérêt du patient.
Pour les enfants mineurs, la présence d'un parent ou tuteur légal est indispensable et généralement autorisée tout au long de la prise en charge. En cas d'urgence vitale où les parents ne peuvent être joints, l'hôpital peut prodiguer les soins indispensables sans attendre l'accord parental.
Pour les personnes âgées, notamment celles souffrant de troubles cognitifs, la présence d'un proche facilite considérablement la prise en charge : elle réduit l'anxiété du patient, aide à communiquer les informations médicales essentielles et peut prévenir les chutes ou les tentatives de départ.
Votre expérience peut aider
Accompagner un proche aux urgences, c'est une expérience que peu de guides décrivent du point de vue de l'aidant. D'autres proches partagent leur vécu sur Hospitalidée : ce qu'ils ont traversé, ce qu'ils auraient voulu savoir avant, ce qui les a aidés. Et si vous avez vous-même accompagné quelqu'un, votre témoignage peut faire une vraie différence pour ceux qui vivront la même situation.
🔍 Recherchez « urgences » sur hospitalidee.fr pour lire les avis ou déposer le vôtreLes proches des personnes âgées de 75 ans et plus jouent un rôle particulièrement décisif aux urgences. Ces patients passent en moyenne plus de 8 heures aux urgences dans 36 % des cas, et la présence d'un proche qui connaît leurs antécédents et leurs traitements peut significativement réduire les délais de prise en charge.
Source : DREES, Etudes et Résultats n° 1334, mars 2025Réclamations et voies de recours
Si vous estimez avoir subi un dysfonctionnement ou une prise en charge inadaptée, des voies de recours claires et progressives existent. Elles ne nécessitent pas d'avocat pour les premières étapes.
La première démarche recommandée est toujours le dialogue direct : s'adresser au responsable du service, au cadre de santé ou au médecin chef pour exposer ses griefs. Cette étape informelle résout de nombreux malentendus sans recours à une procédure formelle.
Chaque établissement de santé dispose d'une Commission des Usagers (CDU), instance légale chargée de veiller au respect des droits des patients et d'examiner les plaintes et réclamations. Elle est composée notamment de représentants des usagers issus d'associations agréées et de médiateurs médicaux et non médicaux.
Pour saisir la CDU, adresser une réclamation écrite au directeur de l'établissement. Toute plainte écrite est transmise à un médiateur qui rencontre le plaignant dans les 8 jours. Un représentant des usagers peut vous accompagner lors de cette rencontre. Source : art. L. 1112-3 CSP et Service-Public.fr, 2024.
Si la réponse de l'établissement ne vous satisfait pas, ou si vous estimez qu'il y a un dysfonctionnement systémique, vous pouvez saisir l'Agence Régionale de Santé (ARS) de votre région. L'ARS veille au respect de la réglementation sur la qualité et la sécurité des soins ainsi qu'au respect des droits des usagers.
L'ARS n'a pas de mission d'expertise médicale et ne se prononce pas sur la pertinence des décisions cliniques, mais elle peut diligenter des inspections si des manquements réglementaires sont constatés. Source : Ministère de la Santé, 2026.
En cas de dommage corporel lié à un acte médical, la Commission de Conciliation et d'Indemnisation (CCI) des accidents médicaux permet d'obtenir une expertise médicale indépendante et, le cas échéant, une indemnisation amiable sans recours judiciaire. La saisine est gratuite et ouverte à tout patient ou ayant droit.
Cette procédure est recommandée lorsque le préjudice est significatif et que le dialogue avec l'établissement n'a pas abouti. Elle n'exclut pas un recours judiciaire ultérieur si la conciliation échoue. Source : HAS, voies de recours des usagers.
Ressources et organismes utiles
Ces structures peuvent vous aider à faire valoir vos droits, obtenir des informations fiables ou trouver un soutien adapté après un passage aux urgences.
Les essentiels santé
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Questions fréquentes
Oui. Tout adulte conscient et capable d'exprimer sa volonté peut refuser un examen ou un traitement proposé. Le médecin est tenu de vous informer des conséquences de ce refus pour votre santé. Si vous refusez une hospitalisation conseillée ou quittez les urgences contre avis médical, il vous sera demandé de signer une attestation indiquant que vous avez été informé des risques.
Ce droit ne s'applique pas dans les situations d'urgence vitale où le patient est inconscient, ni pour les hospitalisations sous contrainte prévues par la loi (troubles psychiatriques sévères avec danger immédiat).
En principe, non. Le secret médical s'impose aux professionnels de santé. Les informations médicales vous concernant ne peuvent être communiquées à vos proches qu'avec votre accord explicite. Si vous êtes conscient et apte à vous exprimer, vous pouvez désigner les personnes que vous souhaitez informer.
Si vous êtes dans l'impossibilité de vous exprimer, la personne de confiance que vous avez désignée est l'interlocutrice prioritaire de l'équipe médicale. En l'absence de désignation, le médecin peut choisir de contacter la famille proche dans votre intérêt.
Une réclamation est une expression de mécontentement portant sur la qualité du service rendu : conditions d'accueil, délais, communication, aspects administratifs. Elle s'adresse en premier lieu à l'établissement via la Commission des Usagers (CDU).
Une plainte engage la responsabilité de l'établissement ou d'un professionnel et peut conduire à une indemnisation ou des poursuites. Elle peut être déposée auprès de la CDU, de la Commission de Conciliation et d'Indemnisation (CCI) pour une expertise médicale, de l'Ordre des Médecins pour une faute déontologique, ou du procureur de la République pour une faute pénale grave. Source : Ministère de la Santé, 2026.
Oui, dans les situations non vitales. Tout patient adulte et conscient peut refuser un transfert vers un autre établissement. Le médecin est tenu de vous expliquer les raisons médicales du transfert proposé et les risques que comporte un refus.
Dans les situations d'urgence vitale nécessitant un plateau technique spécialisé (neurochirurgie, cardiologie interventionnelle), le transfert peut être médicalement indispensable. Le médecin urgentiste doit vous en expliquer les raisons et obtenir votre accord, ou celui de votre personne de confiance si vous n'êtes pas en mesure de vous exprimer.
Sources et références
- Service-Public.fr : Commission des usagers d'un hôpital ou d'une clinique, mis à jour 2024. service-public.fr
- HAS : Patients, usagers, personnes accueillies : vos droits, recommandations et fiches pratiques. has-sante.fr
- France Assos Santé : Guide du représentant des usagers en Commission des Usagers, 2024. france-assos-sante.org
- Ministère de la Santé : Voies de recours pour porter une réclamation sur un soin ou une prise en charge, 2026. sante.gouv.fr
- Légifrance : Code de la santé publique, art. L. 1111-2 à L. 1111-7 (droits des patients), loi du 4 mars 2002. legifrance.gouv.fr
Sélection éditoriale Hospitalidée : toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.