Les voies urinaires hautes
Reins et uretères : production et transport de l'urine. L'urologue intervient en cas de calculs, de tumeurs ou d'obstruction.
Ce que le corps tait, et ce que la médecine peut faire — L'urologie touche à des réalités intimes que beaucoup gardent pour eux : des fuites urinaires, des douleurs en urinant, une gêne nocturne qui dure. Ce guide est là pour mettre des mots sur ces troubles, expliquer comment ils se diagnostiquent et comment ils se prennent en charge, sans jugement.
Les troubles urologiques font partie des pathologies les plus fréquentes et pourtant les plus souvent gardées pour soi. Une envie pressante qui impose le trajet, une gêne nocturne qui perturbe le sommeil, une douleur en urinant qui s'installe : ces signaux méritent d'être entendus, pas banalisés. Ce premier chapitre pose les bases : ce que couvre la spécialité urologique, quels sont les troubles les plus répandus, et comment s'orienter vers les bons interlocuteurs, du médecin traitant au spécialiste. « Nommer ce qui fait souffrir, c'est déjà commencer à en reprendre le contrôle. » — René Leriche, chirurgien et physiologiste français, La philosophie de la chirurgie, 1951
L'urologie regroupe la prise en charge médicale et chirurgicale des voies urinaires pour tous les patients, ainsi que des organes génitaux masculins. Un champ large, qui va de la cystite aux cancers rénaux, en passant par les calculs, l'incontinence et les troubles de la sexualité masculine.
L'urologue est le spécialiste de référence pour tout ce qui concerne les reins (hors maladies chroniques, qui relèvent du néphrologue), la vessie, l'urètre, la prostate, les testicules et le pénis. Il peut également prendre en charge certaines pathologies de la fertilité masculine.
Reins et uretères : production et transport de l'urine. L'urologue intervient en cas de calculs, de tumeurs ou d'obstruction.
Vessie, urètre et prostate (chez l'homme) : stockage et évacuation de l'urine. Infections, incontinence et troubles mictionnels en relèvent.
Troubles de l'érection (dysfonction érectile), troubles de l'éjaculation, fertilité et pathologies testiculaires sont du ressort de l'urologue.
En France, les urgences urologiques représentent en moyenne 4,2 % de l'ensemble des passages aux urgences, soit près de 591 000 consultations par an. Un quart d'entre elles donnent lieu à une hospitalisation. Les trois motifs les plus fréquents chez l'homme sont la colique néphrétique, la rétention aiguë d'urines et l'hématurie (présence de sang dans les urines).
Source : registre OSCOUR, Épidémiologie des urgences urologiques en France, EM-consulte, 2021Côté féminin, l'urologie concerne principalement les voies urinaires : infections, incontinence, prolapsus associé. Certains urologues se spécialisent en uro-gynécologie, une discipline qui traite précisément les troubles urinaires féminins au carrefour des deux spécialités.
Des infections bénignes aux maladies chroniques, les troubles urologiques touchent une part considérable de la population française. Ces quatre chiffres permettent d'en mesurer l'ampleur réelle.
Au-delà de ces chiffres, la réalité urologique se décline en plusieurs grandes familles de pathologies :
La dysfonction érectile (DE) est souvent un signal d'alerte cardiovasculaire : les troubles érectiles peuvent précéder de plusieurs années la survenue d'un infarctus du myocarde. L'artère caverneuse, de petit calibre, se rétrécit avant l'artère coronaire en cas d'athérosclérose. Consulter pour une dysfonction érectile peut donc, au sens littéral, ouvrir la porte à un bilan cardiovasculaire salvateur.
Source : AFU, Référentiel du Collège d'urologie, 6e édition, 2023Le médecin traitant est la première porte d'entrée. Mais certains signes justifient une consultation spécialisée sans attendre : voici les repères pour ne pas laisser passer un signal important.
En dehors des situations urgentes, plusieurs situations méritent une consultation urologique :
Plus de 3 à 4 épisodes par an chez la femme, ou la première infection urinaire chez l'homme (qui est toujours considérée comme compliquée), méritent un bilan urologique approfondi.
Uriner trop souvent, en trop petite quantité, avec un jet faible ou des interruptions, ou ressentir une impression de vidange incomplète : ce sont des signaux à ne pas normaliser.
Une douleur en flanc, surtout si elle est intense et apparaît par crises, peut indiquer un calcul urinaire. Une douleur pelvienne chronique chez l'homme peut évoquer une prostatite.
Persistants depuis plus de 3 mois, ces troubles méritent une consultation. L'urologue évalue également les facteurs de risque cardiovasculaire et hormonaux associés.
L'AFU recommande un dosage annuel du PSA (antigène spécifique de la prostate) et un toucher rectal dès 50 ans, ou dès 45 ans en cas d'antécédents familiaux ou d'origine afro-antillaise.
Une première consultation chez l'urologue combine un entretien approfondi, un examen clinique et des examens complémentaires ciblés. Chaque examen a un objectif précis et s'intègre dans une démarche globale.
L'examen cytobactériologique des urines (ECBU) est l'examen de base pour détecter une infection urinaire. Il identifie le germe responsable et guide le traitement antibiotique. Il se fait sur un échantillon d'urine prélevé en milieu de jet, idéalement le matin.
Le résultat est rendu en 24 à 48 heures. En cas d'infections récidivantes, l'ECBU permet de vérifier l'absence de résistance aux antibiotiques habituels, un point de plus en plus important.
L'échographie rénale et vésicale visualise les reins, la vessie et, chez l'homme, la prostate. Indolore et sans rayonnement, elle est disponible rapidement. Elle détecte les calculs de grande taille, les dilatations des voies urinaires, les tumeurs et donne une estimation du résidu post-mictionnel (volume d'urine restant après avoir uriné).
Le scanner urinaire est l'examen de référence pour détecter les calculs, y compris les plus petits. Il est prescrit en urgence lors d'une colique néphrétique. Sans injection de produit de contraste, il est rapide et très précis. Un scanner avec injection peut compléter le bilan en cas de suspicion de tumeur rénale ou vésicale.
Le PSA (antigène spécifique de la prostate) est une protéine produite par la prostate. Son taux sanguin augmente en cas d'hypertrophie bénigne (HBP), d'infection prostatique ou de cancer. Un taux élevé ne signifie pas forcément un cancer : l'interprétation se fait toujours en contexte clinique, associée au toucher rectal.
L'AFU recommande un dosage annuel chez les hommes de 50 à 75 ans ayant une espérance de vie supérieure à 10 ans, et dès 45 ans en cas de facteurs de risque.
La débitmétrie mesure le débit urinaire lors d'une miction dans un appareil dédié. C'est un examen simple et sans douleur, qui évalue la qualité du jet et détecte un obstacle prostatique ou une faiblesse du sphincter.
Le bilan urodynamique complet est réservé aux cas complexes : incontinence sévère ou troubles neurologiques associés. Il mesure les pressions vésicales et les résistances urétrales pendant le remplissage et la miction.
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Certaines situations permettent un accès direct à l'urologue : urgences, dépistage prostatique, ou établissements proposant un accès libre aux spécialistes. En cas de doute, votre médecin traitant reste le bon interlocuteur.
Oui, pleinement. Les troubles urologiques les plus fréquents chez les femmes sont les infections urinaires, l'incontinence urinaire, les calculs rénaux et les tumeurs vésicales. Certains urologues se spécialisent en uro-gynécologie, une discipline qui couvre précisément les troubles urinaires féminins, souvent en lien avec les structures pelviennes (sphincter, plancher pelvien).
Le toucher rectal (TR) est un examen court, réalisé par l'urologue ou le médecin traitant pour palper la prostate. Il est légèrement inconfortable, mais généralement indolore. Il dure quelques secondes et permet d'évaluer le volume, la consistance et la surface de la prostate.
C'est un examen indispensable pour le dépistage du cancer de la prostate, associé au dosage du PSA. Beaucoup d'hommes l'appréhendent bien davantage qu'il ne le mérite en réalité.
L'Association Française d'Urologie (AFU) recommande un dépistage individuel par dosage du PSA et toucher rectal à partir de 50 ans et jusqu'à 75 ans, à condition d'avoir une espérance de vie supérieure à 10 ans. En cas de facteurs de risque (antécédents familiaux de cancer de la prostate ou du sein, ou origine afro-antillaise), le dépistage commence dès 45 ans, voire 40 ans si une mutation germinale BRCA2 ou HOXB13 est identifiée.
L'urologue est un chirurgien qui prend en charge les pathologies des voies urinaires (infections, calculs, tumeurs, troubles mictionnels) et la santé sexuelle masculine. Le néphrologue, lui, est un médecin interniste spécialisé dans la fonction rénale : il suit les maladies rénales chroniques, les complications du diabète ou de l'hypertension artérielle sur les reins, et gère la dialyse et la transplantation rénale.
Un patient peut être suivi par les deux : par exemple, quelqu'un avec des calculs rénaux récidivants associés à une insuffisance rénale chronique.
Ressources externes de référence pour approfondir vos connaissances sur comprendre les troubles urologiques.
AFU : Référentiel du Collège d'urologie, 6e édition, 2023. urofrance.org
HAS : Cadrage sur la prise en charge des symptômes du bas appareil urinaire liés à l'hypertrophie bénigne de la prostate, octobre 2024. has-sante.fr
Santé publique France : Données épidémiologiques infections urinaires et incontinence urinaire, 2022. santepubliquefrance.fr
EM-consulte : Épidémiologie des urgences urologiques en France, analyse du registre OSCOUR 2014-2019, 2021. em-consulte.com
AFU, Comité Lithiase (CLAFU) : Recommandations 2022. Progrès en Urologie, volume 33, novembre 2023. em-consulte.com
Sélection éditoriale Hospitalidée : toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.
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