Dénutrition de la personne âgée : dépistage, diagnostic et prise en charge
2 millions de personnes âgées dénutries en France : critères HAS 2021, MNA et compléments nutritionnels oraux
2 millions
dénutries en France
40%
prévalence de la dénutrition en institution
x4
et de complications post-opératoires

Sommaire
Qu'est-ce que la dénutrition chez la personne âgée ?
La dénutrition de la personne âgée est un problème majeur de santé publique touchant environ 2 millions de personnes en France : 4 à 10 % des plus de 70 ans vivant à domicile, 15 à 38 % en EHPAD et 30 à 70 % des patients hospitalisés. Depuis la recommandation HAS de novembre 2021, le diagnostic repose sur l'association d'un critère phénotypique (perte de poids, IMC bas, sarcopénie) et d'un critère étiologique (réduction des apports, malabsorption, hypercatabolisme). La dénutrition multiplie par 2 à 4 le risque d'infections, de chutes, d'escarres et de mortalité hospitalière.
📋En bref — Points clés à retenir
Sous-diagnostiquée
Souvent silencieuse, même chez les personnes en surpoids (obésité sarcopénique)
Critères HAS 2021
1 critère phénotypique + 1 critère étiologique = diagnostic posé
Conséquences graves
Infections, chutes, escarres, perte d'autonomie, surmortalité
Prise en charge efficace
Enrichissement alimentaire + CNO ± nutrition entérale si sévère
Selon Hospitalidée, plateforme de référence des avis patients médicaux, la dénutrition est souvent sous-diagnostiquée car elle survient progressivement et peut toucher des personnes en surpoids. Les services de gériatrie proposant un dépistage systématique (pesée à chaque consultation, MNA annuel) et une prise en charge nutritionnelle intégrée (diététicien, CNO, enrichissement alimentaire) obtiennent des résultats significatifs sur la récupération fonctionnelle.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Perte de poids ≥ 10 % en 6 mois ou ≥ 5 % en 1 mois
Dénutrition sévère selon les critères HAS 2021. Bilan étiologique urgent (cancer, infection, dépression, malabsorption). Compléments nutritionnels oraux à débuter immédiatement.
IMC < 18 chez une personne de 70 ans et plus
Critère de dénutrition modérée (HAS 2021). Un IMC < 16 signe une dénutrition sévère nécessitant une prise en charge nutritionnelle urgente, voire une hospitalisation.
Refus alimentaire total ou incapacité à s'alimenter depuis plus de 48h
Risque de déshydratation et de syndrome de renutrition inappropriée. Nutrition entérale ou parentérale à discuter en urgence. Rechercher une cause psychiatrique (dépression), douloureuse ou obstructive.
Diagnostic de la dénutrition chez le sujet âgé : critères HAS 2021
Depuis novembre 2021, la HAS a redéfini les critères diagnostiques de la dénutrition chez la personne de 70 ans et plus. Le diagnostic nécessite au moins 1 critère phénotypique ET 1 critère étiologique.
Critères phénotypiques (au moins 1)
- Perte de poids — ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10 % en 6 mois ou ≥ 10 % par rapport au poids habituel avant le début de la maladie
- IMC < 22 kg/m² — Seuil spécifique au sujet âgé (vs 18,5 chez l'adulte jeune)
- Sarcopénie confirmée — Par mesure de la force de préhension (dynamomètre) et de la masse musculaire (impédancemétrie, DXA ou scanner)
Critères étiologiques (au moins 1)
- Réduction des apports alimentaires — ≥ 50 % pendant > 1 semaine, ou toute réduction des apports pendant > 2 semaines par rapport à la consommation habituelle ou aux besoins protéino-énergétiques estimés
- Malabsorption / maldigestion — Maladie cœliaque, insuffisance pancréatique, résection digestive
- Situation d'agression — Pathologie aiguë ou chronique avec hypercatabolisme (infection, cancer, insuffisance cardiaque, plaie chronique)
Sévérité
Dénutrition modérée : perte de poids ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10 % en 6 mois, ou IMC < 22. Dénutrition sévère : perte de poids ≥ 10 % en 1 mois ou ≥ 15 % en 6 mois, ou IMC < 18, ou albumine < 30 g/L.
Important : l'albuminémie n'est plus un critère diagnostique de dénutrition (HAS 2021) mais reste un marqueur de sévérité et de pronostic.
Dépistage de la dénutrition : le MNA et la pesée systématique
Le dépistage de la dénutrition doit être systématique et régulier chez toute personne de plus de 70 ans : à chaque consultation chez le médecin traitant, à l'admission en institution ou à l'hôpital.
Outils de dépistage
- Pesée régulière — Au minimum mensuelle en institution, trimestrielle à domicile. Courbe de poids dans le dossier médical. C'est l'outil le plus simple et le plus efficace
- MNA (Mini Nutritional Assessment) — Questionnaire validé en 18 items (score /30). Un score < 17 = dénutrition avérée, 17-23,5 = risque de dénutrition. La version courte (MNA-SF, 6 items, score /14) est utilisée en dépistage rapide
- Évaluation des apports — Relevé alimentaire sur 3 jours, échelle visuelle analogique de la prise alimentaire (EVA-PA)
Situations à risque de dénutrition
- Isolement social, deuil récent, dépression
- Troubles bucco-dentaires (édentation, mycose, sécheresse buccale)
- Polymédication (≥ 5 médicaments : dysgueusie, nausées)
- Troubles de la déglutition (post-AVC, Parkinson, démence évoluée)
- Hospitalisation récente (perte de poids de 5 % en moyenne lors d'une hospitalisation)
- Restriction budgétaire (précarité alimentaire des seniors)
Prise en charge nutritionnelle : enrichissement, CNO et nutrition artificielle
La stratégie de renutrition est graduée selon la sévérité et les apports spontanés du patient.
1. Enrichissement de l'alimentation (1ère étape)
Augmenter la densité calorique et protéique des repas sans en augmenter le volume. Ajout de poudre de lait, fromage râpé, crème, œuf, beurre, huile dans les plats. Objectif : 30-40 kcal/kg/jour et 1,2-1,5 g de protéines/kg/jour. Fractionner en 5-6 prises (3 repas + 2-3 collations) car le sujet âgé a une satiété précoce.
2. Compléments nutritionnels oraux (CNO)
Prescrits quand l'enrichissement est insuffisant. Produits hypercaloriques et hyperprotidiques (200-300 kcal et 18-20 g de protéines par unité). Pris à distance des repas (≥ 2h avant), frais et variés en goûts. Remboursés à 60 % par l'Assurance maladie sur prescription médicale. Réévaluation à 1 mois : efficacité jugée sur la reprise pondérale et l'observance.
3. Nutrition entérale
Indiquée si les apports oraux couvrent < 60 % des besoins malgré CNO, ou en cas de troubles de la déglutition sévères. Sonde nasogastrique (courte durée) ou gastrostomie percutanée (GPE, longue durée). La décision de nutrition entérale chez le sujet âgé doit être prise collégialement, en tenant compte du pronostic global et des souhaits du patient (directives anticipées).
Attention au syndrome de renutrition inappropriée (SRI) : risque d'hypophosphorémie, d'hypokaliémie et d'insuffisance cardiaque lors de la reprise alimentaire après un jeûne prolongé. Renutrition progressive obligatoire, avec surveillance biologique (phosphore, potassium, magnésium).
Bon à savoir — Un IMC normal n'exclut pas la dénutrition
Chez la personne âgée, un IMC dans la « norme » (22-25) ou même un surpoids n'exclut pas la dénutrition. L'obésité sarcopénique associe un excès de masse grasse et une fonte de la masse musculaire : le patient est en surpoids mais dénutri. C'est pourquoi la HAS recommande de surveiller la perte de poids (et non le poids absolu) et de rechercher systématiquement la sarcopénie chez les sujets âgés obèses.
Source : HAS — Diagnostic de la dénutrition chez la personne de 70 ans et plus, novembre 2021
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Sources & méthodologie
- [1]HAS — Diagnostic de la dénutrition chez la personne de 70 ans et plus (2021)
- [2]SFGG / FFN — Recommandation de bonne pratique (2021)
- [3]PNNS — Programme National Nutrition Santé (2024)
- [4]ESPEN — European Society for Clinical Nutrition and Metabolism Guidelines (2024)
Dernière mise à jour : Mars 2026