Dialyse : hémodialyse ou dialyse péritonéale ? Comparaison et choix
Guide patient pour comprendre les techniques de dialyse — HAS & SFN 2024
50 000
Prévalence de la dialyse chronique en 2024
89%
Majorité en centre, disparité inter-régionale
11%
Technique à domicile sous-utilisée en France

Sommaire
Qu'est-ce que la dialyse (hémodialyse et dialyse péritonéale) ?
La dialyse est un traitement qui filtre le sang pour éliminer les déchets et l'excès d'eau lorsque les reins ne fonctionnent plus suffisamment (insuffisance rénale terminale, stade 5, DFG < 15 mL/min). Deux techniques existent : l'hémodialyse et la dialyse péritonéale.
📋En bref — Points clés à retenir
Hémodialyse : en centre ou à domicile
3 séances de 4h/semaine, nécessite une fistule artério-veineuse.
Dialyse péritonéale : autonomie à domicile
Échanges quotidiens via cathéter abdominal, 11% des patients en France.
Libre choix du patient
Information pré-dialyse obligatoire, la HAS recommande le choix éclairé.
La greffe reste le meilleur traitement
Inscription sur liste d'attente recommandée dès le stade 4 de l'IRC.
L'hémodialyse utilise une machine (dialyseur) qui filtre le sang à travers une membrane artificielle. Elle nécessite un abord vasculaire (fistule artério-veineuse ou cathéter central) et se réalise en centre (3 séances de 4h/semaine) ou à domicile. La dialyse péritonéale utilise le péritoine comme membrane de filtration naturelle : un cathéter abdominal permanent permet d'injecter un dialysat qui absorbe les déchets et l'excès d'eau. Elle se fait à domicile, en continu (DPCA, 4 échanges/jour) ou automatisée la nuit (DPA). Le choix entre les deux techniques dépend du mode de vie, de l'autonomie, des comorbidités et des préférences du patient. Les recommandations HAS insistent sur l'information éclairée et le libre choix du patient.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Saignement abondant de la fistule artério-veineuse
Comprimer fermement la fistule et appeler les secours immédiatement. Un saignement de fistule peut être rapidement hémorragique.
Liquide de dialyse péritonéale trouble + douleurs abdominales
Un dialysat trouble est le signe cardinal d'une péritonite sur cathéter de dialyse péritonéale. Prélèvement en urgence + antibiothérapie.
Essoufflement brutal, œdèmes majeurs entre deux séances
Une prise de poids excessive entre deux séances d'hémodialyse avec dyspnée peut nécessiter une dialyse en urgence.
L'hémodialyse : principe et organisation
L'hémodialyse est la technique de dialyse la plus utilisée en France (89% des patients). Le sang est prélevé via un abord vasculaire, circule dans un dialyseur contenant une membrane semi-perméable, puis est restitué au patient.
L'abord vasculaire est le maillon essentiel :
• Fistule artério-veineuse (FAV) : création chirurgicale d'une communication entre une artère et une veine du bras, 2-3 mois avant le début de la dialyse pour permettre la maturation. C'est l'abord de référence (survie > 5 ans).
• Cathéter veineux central : jugulaire interne ou fémoral, utilisé en urgence ou en attente de maturation de la FAV. Risque infectieux et thrombotique plus élevé.
Modalités :
• Hémodialyse en centre : 3 séances de 4-5h, 3 fois/semaine, encadrées par une équipe médicale.
• Hémodialyse en unité de dialyse médicalisée (UDM) : patients plus autonomes, présence médicale non continue.
• Hémodialyse à domicile : formation du patient (6-8 semaines), grande autonomie, possibilité de dialyse quotidienne courte ou nocturne longue.
Régime alimentaire : restriction hydrique (500 mL + diurèse résiduelle/jour), régime hyposodé, limitation du potassium (fruits, légumes) et du phosphore (produits laitiers). La prise de poids interdialytique ne doit pas dépasser 2-3% du poids sec.
La dialyse péritonéale : technique et avantages
La dialyse péritonéale (DP) est une technique de dialyse à domicile qui utilise le péritoine comme membrane de filtration naturelle. Un cathéter souple permanent est implanté chirurgicalement dans l'abdomen (cathéter de Tenckhoff).
DPCA (Dialyse Péritonéale Continue Ambulatoire) : 3-4 échanges manuels par jour (drainage du dialysat usagé puis injection de 2L de dialysat frais). Chaque échange dure 20-30 minutes. Le dialysat stationne 4-6h dans l'abdomen.
DPA (Dialyse Péritonéale Automatisée) : une machine (cycleur) réalise les échanges pendant la nuit (8-10h), libérant la journée. Technique idéale pour les patients actifs.
Avantages : autonomie, dialyse à domicile, préservation de la diurèse résiduelle (important pour la qualité de vie), pas de restriction hydrique aussi stricte, pas de ponction vasculaire, résultats équivalents à l'hémodialyse les 2-3 premières années.
Limites : risque de péritonite infectieuse (1 épisode/24 mois en moyenne), altération progressive du péritoine à long terme, contre-indications (antécédents de chirurgie abdominale lourde, hernies non réparées).
La DP assistée : une infirmière à domicile réalise les échanges pour les patients non autonomes (personnes âgées). La France est pionnière dans cette approche (ISPD 2024).
Comment choisir entre hémodialyse et dialyse péritonéale ?
Le choix entre hémodialyse et dialyse péritonéale est un choix médical partagé qui doit être discuté lors de la consultation pré-dialyse (recommandée dès le stade 4 de l'IRC, DFG < 30 mL/min).
Critères en faveur de l'hémodialyse : insuffisance cardiaque sévère (ultrafiltration rapide), abdomen hostile (chirurgies multiples), préférence du patient pour un encadrement médical, perte d'autonomie importante.
Critères en faveur de la dialyse péritonéale : souhait d'autonomie, activité professionnelle à maintenir, éloignement d'un centre de dialyse, préservation du capital vasculaire (attente de greffe), insuffisance cardiaque avec mauvaise tolérance de l'ultrafiltration rapide.
Résultats comparés : les études montrent une survie équivalente les 2-3 premières années, avec un léger avantage de l'hémodialyse à long terme (> 5 ans). La qualité de vie est jugée meilleure en DP par la majorité des patients qui ont essayé les deux techniques.
La HAS recommande : information pré-dialyse structurée (brochures, rencontres de patients, visite de centre et de domicile), prise de décision partagée, et possibilité de changer de technique à tout moment.
Complications et suivi en dialyse
Complications de l'hémodialyse :
• Hypotension per-dialytique (20-30% des séances) : liée à l'ultrafiltration rapide
• Crampes musculaires : déshydratation excessive
• Syndrome du déséquilibre : céphalées, nausées en début de dialyse
• Infections de cathéter : bactériémie, endocardite
• Thrombose de fistule : nécessite une désobstruction ou une nouvelle création
Complications de la dialyse péritonéale :
• Péritonite infectieuse : signe cardinal = dialysat trouble + douleurs abdominales. Traitement : antibiothérapie intrapéritonéale.
• Infection d'orifice de cathéter : soins locaux + antibiotiques
• Altération de la membrane péritonéale (sclérose encapsulante) : complication tardive rare mais grave
• Hernie abdominale : favorisée par la pression intrapéritonéale
Suivi : consultation néphrologique mensuelle, biologie trimestrielle (Kt/V pour l'adéquation de la dialyse, albumine, phosphore, PTH, hémoglobine), évaluation de l'état nutritionnel, dépistage des complications cardiovasculaires.
Le saviez-vous ?
En France, seulement 11% des patients en dialyse bénéficient de la dialyse péritonéale, contre 30-40% dans les pays scandinaves ou à Hong Kong. Cette sous-utilisation est liée au manque d'information pré-dialyse et à l'organisation hospitalière, pas à des raisons médicales.
Source : SFN 2024 & ISPD 2024
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