Insuffisance rénale chronique : ralentir la progression et retarder la dialyse
Guide patient KDIGO 2024 — Néphroprotection, régime et traitements
3M
Prévalence estimée, 85% non diagnostiqués
30-40%
Réduction de la progression vers la dialyse (KDIGO 2024)
5 stades
De G1 (normal) à G5 (dialyse/greffe)

Sommaire
Qu'est-ce que l'insuffisance rénale chronique (IRC) ?
L'insuffisance rénale chronique (IRC) est une diminution progressive et irréversible du débit de filtration glomérulaire (DFG) en dessous de 60 mL/min/1,73 m² pendant plus de 3 mois. Elle évolue silencieusement vers l'insuffisance rénale terminale nécessitant la dialyse ou la greffe.
📋En bref — Points clés à retenir
3 millions de Français touchés
85% ignorent leur maladie rénale, dépistage crucial.
Gliflozines : révolution 2024
Dapagliflozine réduit de 30-40% la progression vers la dialyse.
IEC/ARA2 en première ligne
Contrôle de la PA < 130/80 mmHg, réduction de la protéinurie.
Régime adapté
Hypoprotidique (0,6-0,8 g/kg/j), hyposodé, contrôle du potassium.
La classification KDIGO 2024 distingue 5 stades basés sur le DFG et le rapport albuminurie/créatininurie (RAC). Les deux causes principales d'IRC en France sont le diabète (30%) et l'hypertension artérielle (25%). La néphroprotection repose sur le contrôle strict de la pression artérielle (IEC ou ARA2 en première intention), les inhibiteurs de SGLT2 (gliflozines : dapagliflozine, empagliflozine) qui ont révolutionné la prise en charge en 2024 en montrant un ralentissement de 30-40% de la progression vers la dialyse indépendamment du diabète, et le régime hypoprotidique (0,6-0,8 g/kg/j). Le finérénone (antagoniste non stéroïdien du récepteur aux minéralocorticoïdes) est la dernière innovation pour la néphropathie diabétique.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Nausées, vomissements, confusion (syndrome urémique)
Les signes d'urémie avancée (nausées, confusion, haleine urémique) indiquent une IRC terminale nécessitant une dialyse en urgence.
Hyperkaliémie > 6 mmol/L
L'hyperkaliémie sévère est une urgence vitale en IRC. ECG en urgence, traitement par gluconate de calcium, insuline-glucose, résines échangeuses.
Créatinine qui double en quelques semaines
Une aggravation rapide de la fonction rénale peut signer une cause aiguë surajoutée (obstacle, médicament néphrotoxique, déshydratation).
Les 5 stades de l'IRC selon KDIGO 2024
La classification KDIGO 2024 combine le DFG estimé (CKD-EPI) et l'albuminurie pour stratifier le risque de progression :
Stade G1 (DFG ≥ 90 mL/min) : fonction rénale normale mais anomalies rénales (protéinurie, hématurie, anomalies morphologiques). Surveillance annuelle.
Stade G2 (DFG 60-89) : IRC légère. Souvent asymptomatique. Dépistage des facteurs de risque.
Stade G3a (DFG 45-59) : IRC modérée. Début de la néphroprotection active (IEC/ARA2, gliflozines). Suivi semestriel.
Stade G3b (DFG 30-44) : IRC modérée à sévère. Régime hypoprotidique, correction de l'anémie (EPO), prévention de l'hyperparathyroïdie secondaire.
Stade G4 (DFG 15-29) : IRC sévère. Préparation à la suppléance rénale (information dialyse/greffe, création de fistule AV, bilan pré-greffe). Consultation pré-dialyse obligatoire.
Stade G5 (DFG < 15) : IRC terminale. Indication de dialyse ou greffe préemptive.
L'albuminurie est un facteur de risque indépendant : RAC < 30 mg/g (A1, normal), 30-300 mg/g (A2, microalbuminurie), > 300 mg/g (A3, macroalbuminurie). Chaque catégorie multiplie le risque de progression.
Néphroprotection : les traitements qui ralentissent l'IRC
Les recommandations KDIGO 2024 ont considérablement renforcé l'arsenal néphroprotecteur :
1. IEC ou ARA2 (ramipril, losartan, etc.) : traitement de référence en cas de protéinurie > 300 mg/g. Objectif de PA < 130/80 mmHg. Réduction de la protéinurie de 30-50%. Surveillance de la créatinine et du potassium à J7-J14 après initiation.
2. Inhibiteurs de SGLT2 (gliflozines) : RÉVOLUTION KDIGO 2024. La dapagliflozine (Forxiga®) et l'empagliflozine (Jardiance®) réduisent de 30-40% le risque de progression vers la dialyse, indépendamment du statut diabétique. Mécanisme : vasoconstriction de l'artériole afférente glomérulaire, réduction de l'hyperfiltration. Recommandés dès le stade G3 avec albuminurie.
3. Finérénone (Kerendia®) : antagoniste non stéroïdien du récepteur aux minéralocorticoïdes. Indiqué dans la néphropathie diabétique en complément des IEC/ARA2 et gliflozines. Réduction supplémentaire de 23% du risque rénal.
4. Contrôle glycémique (HbA1c < 7%) : chez les diabétiques, le contrôle glycémique strict ralentit la néphropathie.
5. Régime hypoprotidique (0,6-0,8 g/kg/j) : réduit l'hyperfiltration glomérulaire. Accompagnement par un diététicien spécialisé.
Complications de l'IRC et prise en charge
L'IRC entraîne des complications systémiques qui apparaissent progressivement :
Anémie rénale : déficit en érythropoïétine (EPO). Traitement par agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) dès que Hb < 10 g/dL, avec supplémentation martiale si ferritine < 100 ng/mL. Cible Hb : 10-11,5 g/dL.
Troubles phosphocalciques : hyperphosphatémie, hypocalcémie, hyperparathyroïdie secondaire. Traitement : chélateurs du phosphore (sévélamer, carbonate de calcium), vitamine D active (alfacalcidol), calcimimétiques (cinacalcet) si PTH élevée malgré le traitement.
Acidose métabolique : bicarbonates < 22 mmol/L. Supplémentation en bicarbonate de sodium oral (gélules ou poudre). L'acidose accélère la perte de masse musculaire et la progression de l'IRC.
Hyperkaliémie : risque cardiaque si K+ > 6 mmol/L. Régime pauvre en potassium, résines échangeuses (patiromer, SZC) si hyperkaliémie récurrente.
Risque cardiovasculaire : première cause de mortalité dans l'IRC (×10 à 20 vs population générale). Statines recommandées, contrôle des facteurs de risque.
Dénutrition protéino-énergétique : fréquente aux stades avancés. Compléments nutritionnels oraux, suivi diététique.
Parcours de soins et préparation à la suppléance
Le parcours de soins de l'IRC est coordonné entre médecin traitant et néphrologue selon les recommandations HAS :
Stades G1-G2 : suivi par le médecin traitant. Dépistage annuel (créatinine, RAC) chez les populations à risque (diabétiques, hypertendus, > 60 ans, antécédents familiaux).
Stade G3 : adressage au néphrologue pour bilan étiologique et mise en place de la néphroprotection. Suivi partagé MT/néphrologue.
Stade G4 : consultation pré-dialyse obligatoire. Information structurée sur les options de suppléance (hémodialyse, dialyse péritonéale, greffe préemptive). Création de l'abord vasculaire (FAV) 6 mois avant la dialyse prévue. Inscription sur liste d'attente de greffe si éligible.
Stade G5 : initiation de la dialyse ou greffe préemptive (greffe avant dialyse, meilleurs résultats). La greffe préemptive représente 15% des greffes en France.
Éducation thérapeutique : programmes ETP structurés, accompagnement diététique, soutien psychologique. Les associations de patients (France Rein, Renaloo, FNAIR) jouent un rôle essentiel.
ALD 100% : l'IRC sévère (stade G3b+) est reconnue comme ALD, avec prise en charge à 100% des soins liés.
Le saviez-vous ?
Les inhibiteurs de SGLT2 (gliflozines) sont la plus grande avancée en néphrologie depuis les IEC dans les années 1990. L'étude DAPA-CKD a montré une réduction de 39% du risque de progression vers la dialyse, chez les patients diabétiques ET non diabétiques. Les recommandations KDIGO 2024 les placent désormais au même niveau que les IEC/ARA2.
Source : KDIGO 2024 — Clinical Practice Guideline for CKD
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Pr Bénédicte Stengel
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Épidémiologie de l'IRC, registre REIN
30 ans