Épilepsie : comprendre, traiter, vivre avec
Diagnostic par EEG, traitements antiépileptiques, gestion des crises et qualité de vie au quotidien
700 000
50 000 nouveaux cas par an (HAS 2024)
70%
des patients sont libres de crises sous traitement
30%
candidats à la chirurgie ou neurostimulation

Sommaire
Qu'est-ce que l'épilepsie ?
L'épilepsie est une maladie neurologique chronique caractérisée par une prédisposition durable à générer des crises épileptiques. Ces crises résultent d'une activité électrique excessive et synchrone d'un groupe de neurones dans le cerveau. L'épilepsie n'est pas une maladie unique mais un ensemble de syndromes aux causes, manifestations et pronostics très variés.
📋En bref — Points clés à retenir
Une maladie traitable
70% des patients sont libres de crises avec un traitement antiépileptique adapté. L'observance du traitement est la clé du succès.
Premiers secours simples
Pendant une crise convulsive : ne rien mettre dans la bouche, protéger la tête, mettre en PLS après la crise. Appeler le 15 si la crise dure > 5 min.
La chirurgie peut guérir
Chez les patients pharmacorésistants avec un foyer épileptique localisé, la chirurgie offre 60-80% de chances de guérison.
Les crises sont classées en crises focales (débutant dans une zone précise du cerveau) et crises généralisées (impliquant l'ensemble du cortex d'emblée). Les crises focales peuvent provoquer des symptômes moteurs, sensitifs, visuels ou psychiques selon la zone concernée, et peuvent se généraliser secondairement. Les crises généralisées incluent les absences (brèves ruptures de contact) et les crises tonico-cloniques (convulsions avec perte de connaissance).
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Crise convulsive durant > 5 minutes (état de mal épileptique)
L'état de mal épileptique est une urgence vitale. Risque de dommages cérébraux irréversibles et de décès. Administration de benzodiazépines en urgence (diazépam rectal ou midazolam buccal) par les secours.
Première crise épileptique chez un adulte
Une première crise chez un adulte nécessite un bilan complet : IRM cérébrale (exclure tumeur, AVC), EEG, bilan biologique. Le traitement n'est pas systématique après une première crise isolée.
Crises en série ou changement de type de crises sous traitement
Peut indiquer une mauvaise observance, une interaction médicamenteuse, un sevrage alcoolique ou une progression de la maladie causale.
Les différents types de crises épileptiques
La classification ILAE 2017 distingue :
- Crises focales : débutent dans une zone précise du cerveau
- Avec conscience préservée : le patient reste conscient mais présente des symptômes focaux (mouvements involontaires d'un membre, hallucinations visuelles, sensations abdominales)
- Avec altération de la conscience : rupture de contact, automatismes (mâchonnement, gestes répétitifs), amnésie de l'épisode
- Avec généralisation secondaire : la crise focale s'étend à tout le cerveau → convulsions généralisées
- Crises généralisées : impliquent les deux hémisphères d'emblée
- Absences : brève rupture de contact (5-15 secondes), surtout chez l'enfant, fréquentes (jusqu'à 100/jour)
- Tonico-cloniques : perte de connaissance brutale, phase tonique (raidissement), phase clonique (convulsions), phase post-critique (confusion)
- Myocloniques : secousses musculaires brèves, souvent matinales (syndrome de Janz)
Diagnostic : EEG et IRM, les examens clés
Le bilan d'une épilepsie repose sur deux examens complémentaires :
- EEG (électroencéphalogramme) : enregistre l'activité électrique du cerveau. Peut montrer des anomalies intercritiques (pointes, pointes-ondes) qui orientent le diagnostic syndromique. L'EEG de routine est normal dans 50% des cas → EEG de sieste ou vidéo-EEG prolongé si nécessaire
- IRM cérébrale : recherche une cause structurelle (tumeur, malformation vasculaire, sclérose hippocampique, dysplasie corticale). Protocole épilepsie avec séquences spécifiques (FLAIR, 3D T1, coupes fines sur les hippocampes). Normale dans 30-40% des épilepsies focales
Bilan complémentaire : bilan sanguin (glycémie, ionogramme, toxiques), imagerie fonctionnelle (TEP-FDG, SPECT ictal) en cas de bilan chirurgical.
Les recommandations HAS 2024 insistent sur la réalisation d'une IRM dans les 4 semaines suivant une première crise non provoquée, et d'un EEG dans les 48 heures.
Les traitements antiépileptiques en 2025
Le choix du traitement dépend du type de crise et du syndrome épileptique :
- Épilepsies focales : lévétiracétam (Keppra®), lamotrigine, lacosamide, carbamazépine, oxcarbazépine
- Épilepsies généralisées : valproate (efficace mais tératogène — interdit chez la femme en âge de procréer sauf exception), lamotrigine, lévétiracétam, éthosuximide (absences)
Principes du traitement :
- Monothérapie en 1re intention, augmentation progressive des doses
- Efficacité évaluée après 2-3 mois à dose efficace
- En cas d'échec : changement de molécule ou bithérapie
- Observance rigoureuse : une seule nuit sans traitement peut provoquer une crise
- Arrêt du traitement envisageable après 2-5 ans sans crise, sous surveillance (rechute dans 30-50% des cas)
Nouveautés : le cénobamate (Ontozry®), autorisé en Europe en 2021, montre des résultats impressionnants en add-on dans les épilepsies focales pharmacorésistantes (> 50% de réduction des crises chez 60% des patients).
La chirurgie de l'épilepsie : quand les médicaments ne suffisent pas
30% des patients sont pharmacorésistants (échec de 2 antiépileptiques bien conduits). La chirurgie est alors l'option la plus efficace :
- Chirurgie résective : ablation du foyer épileptique. La plus fréquente est la lobectomie temporale antérieure pour l'épilepsie mésio-temporale avec sclérose hippocampique : 60-80% de guérison
- Thermocoagulation stéréotaxique (SEEG) : destruction du foyer par radiofréquence via des électrodes implantées, moins invasive que la chirurgie ouverte
- Neurostimulation : stimulation du nerf vague (VNS) pour les patients non candidats à la chirurgie résective. Réduit les crises de 50% chez 50% des patients
Le bilan pré-chirurgical est complexe : vidéo-EEG prolongé, IRM haute résolution, TEP, bilan neuropsychologique, test de Wada. Il est réalisé dans des centres de référence épilepsie (CHU Salengro Lille, Pitié-Salpêtrière Paris, CHU Lyon).
Le saviez-vous ?
Le valproate de sodium (Dépakine®) est le traitement le plus efficace pour les épilepsies généralisées, mais il est désormais contre-indiqué chez les femmes en âge de procréer en raison de son risque tératogène majeur (10% de malformations, 30-40% de troubles neurodéveloppementaux chez l'enfant exposé in utero). Un programme de prévention des grossesses (APESAC) est obligatoire.
Source : ANSM 2024 — Programme de prévention des grossesses sous valproate
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