Tumeurs cérébrales : diagnostic, traitement et suivi
Comprendre les gliomes, méningiomes et métastases : imagerie, chirurgie, radiothérapie et nouveaux traitements
6 000
dont 3 500 glioblastomes (INCa 2024)
15 000
incluant méningiomes, schwannomes
30%
chez les patients atteints de cancer

Sommaire
Qu'est-ce que les tumeurs cérébrales ?
Les tumeurs cérébrales regroupent toutes les masses anormales se développant dans le cerveau. On distingue les tumeurs primitives (nées dans le cerveau : gliomes, méningiomes, schwannomes) des métastases cérébrales (cancers d'un autre organe qui se propagent au cerveau). Le glioblastome (grade 4) est la tumeur cérébrale maligne la plus fréquente et la plus agressive chez l'adulte, avec environ 3 500 nouveaux cas par an en France.
📋En bref — Points clés à retenir
Diagnostic par IRM
L'IRM cérébrale avec injection de gadolinium est l'examen de référence. Elle guide la biopsie ou la chirurgie et le suivi post-traitement.
Chirurgie éveillée
La chirurgie éveillée permet de retirer un maximum de tumeur tout en préservant les fonctions neurologiques (parole, motricité). Technique française de référence.
Pronostic variable
Du méningiome bénin (guérison par chirurgie) au glioblastome (médiane de survie 15-18 mois), le pronostic varie considérablement selon le type de tumeur.
Les symptômes dépendent de la localisation de la tumeur : céphalées progressives (surtout matinales, avec vomissements), crises d'épilepsie, déficits neurologiques focaux (paralysie, troubles du langage, troubles visuels), troubles cognitifs ou changements de personnalité. La classification OMS 2021 intègre désormais des critères moléculaires (mutations IDH, codélétion 1p/19q, méthylation MGMT) qui guident le pronostic et le traitement.
Signes d'alerte — Quand consulter en urgence
Ces symptômes nécessitent une évaluation médicale immédiate
Céphalées progressives matinales avec vomissements en jet
Des céphalées inhabituelles, progressives, maximales le matin, aggravées par la toux ou l'effort, avec vomissements, peuvent témoigner d'une hypertension intracrânienne liée à une tumeur. Scanner ou IRM en urgence.
Première crise d'épilepsie chez un adulte > 30 ans
Chez un adulte sans antécédent, une première crise d'épilepsie doit faire rechercher une tumeur cérébrale par IRM. C'est le mode de révélation dans 20-40% des gliomes de bas grade.
Déficit neurologique progressif (paralysie, troubles du langage, vision)
Un déficit qui s'installe sur quelques jours à semaines évoque un processus expansif (tumeur, abcès). L'IRM avec gadolinium est l'examen clé.
Les principaux types de tumeurs cérébrales
La classification OMS 2021 distingue :
- Gliomes diffus de l'adulte :
- Glioblastome IDH-wildtype (grade 4) : le plus fréquent et le plus agressif. Médiane de survie 15-18 mois avec traitement (protocole de Stupp)
- Astrocytome IDH-muté (grades 2-4) : meilleur pronostic, médiane de survie 5-15 ans selon le grade
- Oligodendrogliome IDH-muté, codélété 1p/19q (grades 2-3) : sensible à la chimiothérapie, médiane de survie 10-20 ans
- Méningiomes (grade 1-3) : tumeurs des méninges, le plus souvent bénignes (grade 1 = 80%). Guérison par chirurgie dans la majorité des cas
- Schwannomes (neurinomes) : tumeurs bénignes des nerfs crâniens. Le plus fréquent : schwannome vestibulaire (nerf VIII) provoquant surdité et acouphènes
- Métastases cérébrales : issues de cancers du poumon, du sein, du mélanome, du rein. Traitées par radiochirurgie stéréotaxique, chirurgie ou radiothérapie
La chirurgie éveillée : innovation française
La chirurgie éveillée (awake surgery) est une technique développée notamment en France par le Pr Hugues Duffau (CHU Montpellier) :
- Principe : le patient est réveillé pendant l'intervention. Pendant que le chirurgien retire la tumeur, le patient effectue des tests en temps réel (parler, bouger les membres, reconnaître des images) pour vérifier que les zones fonctionnelles sont préservées
- Cartographie cérébrale : stimulation électrique directe du cortex pour identifier les zones éloquentes (langage, motricité) avant de les contourner
- Résultats : permet une résection plus étendue (meilleur pronostic) avec moins de séquelles neurologiques. Taux de déficit permanent < 2% dans les centres experts
- Indications : gliomes situés près ou dans les zones fonctionnelles (aires du langage, cortex moteur). Particulièrement utile pour les gliomes de bas grade (grade 2) où l'étendue de la résection détermine la survie
Le protocole de Stupp : traitement standard du glioblastome
Le traitement standard du glioblastome depuis 2005 :
- Chirurgie : résection la plus complète possible (guidée par fluorescence au 5-ALA et neuronavigation)
- Radiochimiothérapie concomitante : radiothérapie (60 Gy en 30 fractions sur 6 semaines) + témozolomide oral quotidien
- Chimiothérapie adjuvante : témozolomide 5 jours/28 pendant 6-12 cycles
Marqueur pronostique clé : la méthylation du promoteur MGMT (présente chez 40% des glioblastomes) prédit une meilleure réponse au témozolomide et un meilleur pronostic (médiane de survie 21 vs 14 mois).
Nouveautés 2024 :
- Champs de traitement par tumeur (TTFields / Optune®) : dispositif portable qui génère des champs électriques alternants perturbant la division cellulaire. Ajouté au protocole de Stupp, augmente la médiane de survie de 5 mois
- Essais d'immunothérapie : vaccins peptidiques personnalisés, inhibiteurs de checkpoint en post-rechute. Résultats prometteurs dans certaines sous-populations moléculaires
Suivi et qualité de vie
Le suivi après traitement d'une tumeur cérébrale est rigoureux :
- IRM de contrôle : tous les 3-4 mois pendant 2-3 ans, puis tous les 6 mois. Critères RANO pour évaluer la réponse au traitement et détecter les récidives
- Rééducation neurologique : kinésithérapie (si déficit moteur), orthophonie (troubles du langage), neuropsychologie (troubles cognitifs), ergothérapie
- Gestion de l'épilepsie : 30-50% des patients avec gliome développent une épilepsie nécessitant un traitement antiépileptique (lévétiracétam en 1re intention)
- Soutien psychologique : l'annonce d'une tumeur cérébrale est un choc. L'accompagnement psychologique, les groupes de parole (ARTC — Association pour la Recherche sur les Tumeurs Cérébrales) et l'aide sociale (ALD 30) sont essentiels
Le saviez-vous ?
Le Pr Hugues Duffau (CHU Montpellier) a opéré plus de 1 500 patients en chirurgie éveillée pour des gliomes cérébraux. Grâce à cette technique, certains patients atteints de gliome de bas grade vivent plus de 20 ans après le diagnostic, avec une qualité de vie préservée. La France est leader mondial de cette approche.
Source : Inserm / CHU Montpellier
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