Comprendre la maladie rénale chronique
Un diagnostic qui change le rapport au temps, pas seulement à la santéLa maladie rénale chronique (MRC) progresse souvent sans symptômes pendant des années. Comprendre ce qui se passe dans les reins, comment la maladie est détectée et ce que signifient les stades permet d'aborder le suivi médical avec davantage de clarté et moins d'appréhension.
« La maladie rénale chronique est un traumatisme.
Beaucoup de patients pensent immédiatement à la dialyse. Mais tous n'ont pas le même risque d'aggravation. » Propos de néphrologue, repris dans le guide parcours de soins MRC, HAS, 2023
Recevoir un diagnostic de maladie rénale chronique (MRC), c'est souvent apprendre que ses reins fonctionnent moins bien depuis longtemps, sans qu'on l'ait su. C'est aussi découvrir un vocabulaire médical nouveau, des bilans réguliers à venir et une incertitude sur l'évolution. Ce guide part du principe que vivre avec une MRC, c'est apprendre à tenir dans la durée sans mettre sa vie entre parenthèses.
Cette première page explique ce qu'est la MRC, comment elle est détectée, ce que signifient les stades, et quelles sont les causes les plus fréquentes. Elle s'adresse aussi bien aux personnes concernées qu'à leur entourage.
Qu'est-ce que la maladie rénale chronique ?
La maladie rénale chronique (MRC) est définie par une altération durable de la fonction rénale ou de la structure des reins, présente depuis plus de 3 mois. Elle touche environ 10 % de la population française adulte.
Les reins ont pour rôle d'éliminer les déchets du sang (urée, créatinine, acide urique), de réguler le volume et la composition des liquides corporels, de contrôler la pression artérielle et de participer à la production des globules rouges via l'érythropoïétine (EPO). Quand leur fonction se dégrade progressivement, ces rôles sont assurés de moins en moins bien.
La MRC est souvent asymptomatique jusqu'aux stades avancés. Dans plus de la moitié des cas, elle est découverte fortuitement lors d'un bilan de routine prescrit pour une autre raison, comme un diabète ou une hypertension artérielle.
Source : HAS, guide parcours de soins MRC, 2023Les stades de la MRC : du G1 au G5
La MRC est classée en 5 stades selon le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe), calculé à partir de la créatininémie. Ce chiffre représente la capacité des reins à filtrer le sang en millilitres par minute pour 1,73 m² de surface corporelle.
| Stade | DFGe (ml/min/1,73 m²) | Signification | Suivi recommandé |
|---|---|---|---|
| G1 | ≥ 90 | Fonction rénale normale ou augmentée, avec marqueurs d'atteinte rénale | Annuel si facteurs de risque |
| G2 | 60 à 89 | Légèrement diminuée, avec marqueurs d'atteinte rénale | Annuel |
| G3a | 45 à 59 | Légèrement à modérément diminuée | Tous les 6 mois |
| G3b | 30 à 44 | Modérément à sévèrement diminuée | Tous les 3 à 6 mois |
| G4 | 15 à 29 | Sévèrement diminuée , préparation à la suppléance | Tous les 3 mois |
| G5 | < 15 | Insuffisance rénale terminale , suppléance nécessaire | Mensuel ou plus |
Les causes de la maladie rénale chronique
La MRC a des origines diverses. Dans la majorité des cas en France, elle est la conséquence d'une maladie chronique préexistante qui abîme progressivement les reins.
La néphropathie diabétique est la première cause d'insuffisance rénale terminale en France, représentant environ 23 % des entrées en dialyse. L'hyperglycémie chronique endommage les petits vaisseaux des glomérules rénaux. Le dépistage annuel de l'atteinte rénale (créatininémie et ratio albuminurie/créatininurie, ou RAC) est recommandé chez tout patient diabétique. Source : France Rein, REIN 2022 ; HAS, 2023.
L'hypertension artérielle (HTA) est à la fois une cause et une conséquence de la MRC. Elle représente environ 17 % des causes d'insuffisance rénale terminale. Une pression artérielle élevée et non traitée endommage les artères intra-rénales et les glomérules. À l'inverse, la MRC elle-même provoque une HTA en perturbant la régulation du sodium et du volume sanguin. Le contrôle strict de la tension artérielle est donc un enjeu thérapeutique majeur à tous les stades. Source : HAS, guide MRC, 2023.
Les glomérulonéphrites sont des maladies inflammatoires qui touchent les glomérules, les unités de filtration du rein. Certaines sont primitives (idiopathiques), d'autres sont secondaires à une maladie systémique comme le lupus érythémateux systémique (LES) ou une vascularite. Elles se manifestent souvent par une protéinurie et/ou une hématurie (sang dans les urines). Le diagnostic repose sur la biopsie rénale. Source : Inserm, 2023 ; RecoMédicales, 2024.
La polykystose rénale autosomique dominante (PKRAD) est la maladie rénale héréditaire la plus fréquente. Elle est caractérisée par le développement progressif de multiples kystes dans les deux reins, entraînant une augmentation du volume rénal et une dégradation progressive de la fonction rénale. Elle touche environ 1 personne sur 400 à 1 000 et représente 5 à 10 % des causes d'insuffisance rénale terminale. Un traitement ralentisseur (tolvaptan) est disponible depuis 2015 pour les formes à progression rapide. Source : AIRG-France ; Inserm, 2023.
Certains médicaments peuvent provoquer ou aggraver une MRC par toxicité directe sur les cellules rénales. Les principaux : les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS, y compris l'ibuprofène en automédication), les aminosides (antibiotiques injectables), certains antirétroviraux, le lithium et les produits de contraste iodés en cas de MRC préexistante. La prise régulière d'AINS sans avis médical est une cause sous-estimée de dégradation de la fonction rénale. Source : HAS, 2023 ; Ameli.fr.
Environ 29 % des patients débutent la dialyse en urgence, sans avoir été préparés au préalable. Ce chiffre reflète la fréquence des diagnostics tardifs de MRC, souvent posés au stade 4 ou 5 alors que la maladie évolue silencieusement depuis des années.
Source : Agence de la biomédecine, rapport REIN 2021Comment la MRC est-elle diagnostiquée ?
Le diagnostic repose sur deux examens simples, réalisables en ville. Ils peuvent être prescrits par le médecin traitant dans le cadre d'un bilan de suivi d'une maladie chronique ou d'une découverte fortuite.
| Examen | Ce qu'il mesure | Seuil d'alerte |
|---|---|---|
| Créatininémie + DFGe | Déchet azoté dans le sang, filtré par les reins. Le DFGe (débit de filtration glomérulaire estimé) est calculé à partir de la créatininémie via la formule CKD-EPI. | DFGe inférieur à 60 ml/min/1,73 m² confirmé à 3 mois |
| Ratio albuminurie/créatininurie (RAC) | Présence d'albumine dans les urines, reflet d'une atteinte des glomérules. Mesuré sur un échantillon d'urine du matin. | RAC supérieur à 30 mg/g confirmé à 3 mois |
| Échographie rénale | Taille, morphologie et structure des reins. Peut révéler des kystes, des anomalies structurelles ou une asymétrie. | Reins petits et hyperéchogènes (fibrose), asymétrie, kystes multiples |
Symptômes : quand le corps commence à parler
Aux stades précoces, la MRC est asymptomatique. Les symptômes apparaissent généralement à partir du stade G3b-G4, lorsque la fonction rénale est significativement réduite.
La fatigue est souvent le premier symptôme ressenti. Elle résulte en grande partie de l'anémie liée à la MRC : les reins malades produisent moins d'érythropoïétine (EPO), hormone qui stimule la production de globules rouges. Un taux d'hémoglobine bas entraîne une oxygénation insuffisante des muscles et du cerveau. L'essoufflement lors d'efforts habituels, les palpitations et la pâleur sont des signaux à signaler au médecin. Source : KDIGO, 2024.
Lorsque les reins n'éliminent plus correctement le sodium et l'eau, ces derniers s'accumulent dans les tissus. Les oedèmes touchent d'abord les chevilles et les pieds (gonflements le soir), puis peuvent s'étendre. Une prise de poids rapide sans modification de l'alimentation doit alerter. Aux stades avancés, des oedèmes pulmonaires (accumulation de liquide dans les poumons) peuvent survenir, entraînant un essoufflement au repos. Source : HAS, guide MRC, 2023.
L'accumulation de déchets azotés (urémie) provoque des nausées, une perte d'appétit et parfois des vomissements, notamment le matin. Des démangeaisons cutanées (prurit urémique) peuvent apparaître aux stades avancés, liées aux dépôts de phosphore dans la peau. Le syndrome des jambes sans repos, fréquent dans la MRC, perturbe le sommeil et aggrave la fatigue diurne. Ces symptômes doivent systématiquement être mentionnés au néphrologue. Source : HAS, 2023 ; Renaloo.
Comment évolue la maladie rénale chronique ?
La progression de la MRC est variable d'un patient à l'autre. Tous les patients atteints de MRC n'évoluent pas vers la dialyse : pour beaucoup, un suivi et un traitement adaptés permettent de stabiliser la maladie pendant des décennies.
Le score KFRE (Kidney Failure Risk Equation), calculé à partir du DFGe et de l'albuminurie, permet d'estimer le risque de progression vers l'insuffisance rénale terminale à 2 et 5 ans. Un patient G3a A1 a un risque très faible de dialyse à 5 ans. Un patient G4 A3 a un risque élevé nécessitant une préparation active. Source : RecoMédicales, 2024 ; KDIGO, 2024.
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Questions fréquentes
Non. Beaucoup de patients avec un DFGe abaissé ne progresseront jamais vers la dialyse. La progression dépend de la cause de la MRC, du niveau d'albuminurie, du contrôle des facteurs de risque (tension artérielle, glycémie, arrêt du tabac) et de la qualité du suivi. Un patient G3a A1 sans facteur aggravant a statistiquement moins de 1 % de risque d'atteindre le stade dialyse à 5 ans. Source : KFRE, RecoMédicales 2024.
Oui. L'aspect des urines ne reflète pas l'état de la fonction rénale aux stades précoces. La MRC peut évoluer pendant des années sans modification visible des urines. La présence de sang ou de mousse dans les urines peut être un signe d'atteinte rénale, mais leur absence ne garantit pas que les reins fonctionnent normalement. Seuls les examens biologiques (créatininémie, RAC) permettent de détecter une MRC de façon fiable. Source : Ameli.fr, HAS, 2023.
Pas nécessairement dès le stade 1 ou 2. Le suivi des stades précoces peut être assuré par le médecin traitant en coordination avec le cardiologue ou le diabétologue selon la cause. Le recours au néphrologue est recommandé dès le stade G3b, en cas d'aggravation rapide du DFGe (perte de plus de 5 ml/min/an), d'albuminurie élevée (RAC supérieur à 300 mg/g) ou de cause rénale incertaine. Source : HAS, guide MRC, 2023.
Pas systématiquement. La grande majorité des MRC (liées au diabète, à l'HTA, aux médicaments) ne sont pas héréditaires. Cependant, certaines causes de MRC ont une composante génétique importante : la polykystose rénale autosomique dominante (PKRAD), le syndrome d'Alport, la cystinose, la néphronophtise. Si la MRC survient chez un sujet jeune sans cause évidente, un bilan génétique est recommandé. Source : AIRG-France ; Inserm, 2023.
Sources et références
- HAS , Guide du parcours de soins, maladie rénale chronique de l'adulte, septembre 2023. has-sante.fr
- Agence de la biomédecine , Rapport annuel REIN 2022, données épidémiologiques de la suppléance rénale en France, 2023. agence-biomedecine.fr
- Inserm , Dossier thématique insuffisance rénale chronique, 2023. inserm.fr
- KDIGO , Clinical Practice Guideline for CKD, 2024. kdigo.org
- Ameli.fr , Insuffisance rénale chronique, information patient, 2023. ameli.fr
- Objectif Rein Santé , Chiffres clés de la maladie rénale en France, 2023. objectifreinsante.org
Sélection éditoriale Hospitalidée , toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.