Dialyse et suppléance rénale
Comprendre les options, choisir en connaissance de causeLorsque la fonction rénale ne suffit plus à assurer la survie, deux grandes modalités de suppléance existent : l'hémodialyse (HD) et la dialyse péritonéale (DP). Comprendre leur fonctionnement, leurs contraintes et leur complémentarité avec la greffe aide à aborder cette étape avec davantage de sérénité.
« En dialyse, on apprend à ne plus compter le temps de la même façon.
Les séances deviennent un rythme. Pas une prison. » Témoignage de patient dialysé depuis 4 ans, Renaloo, forum patients, 2023
En France, au 31 décembre 2022, environ 93 000 patients étaient traités par suppléance rénale : 55 % par dialyse et 44,5 % avec un greffon rénal fonctionnel. Parmi les patients dialysés, 94 % reçoivent une hémodialyse et 6 % une dialyse péritonéale. Source : France Rein, registre REIN 2022.
La dialyse est souvent redoutée avant de la commencer. Ce que vivent les patients qui l'ont vécue est plus nuancé : des contraintes réelles, une réorganisation de vie, mais aussi une continuité possible. Cette page présente les deux modalités concrètement, afin que chaque patient puisse aborder cette étape informé et acteur de son choix.
Quand la dialyse devient-elle nécessaire ?
La dialyse n'est pas une urgence soudaine. Elle s'anticipe, se prépare, et la décision de son démarrage se prend conjointement avec le patient, idéalement plusieurs mois à l'avance.
Les patients qui débutent la dialyse de façon programmée, après préparation, ont une survie et une qualité de vie significativement meilleures que ceux qui la démarrent en urgence. Pourtant, près d'un patient sur trois arrive encore en urgence au premier bilan, sans avoir eu le temps de choisir sa modalité ni de préparer son accès vasculaire.
Source : Agence de la biomédecine, rapport REIN 2021 ; HAS, 2023L'hémodialyse : le sang filtré par un rein artificiel
L'hémodialyse (HD) est la modalité de dialyse la plus répandue en France (94 % des patients dialysés). Le sang est prélevé, filtré par un dialyseur, puis restitué au patient.
Le sang est acheminé hors du corps vers un dialyseur (filtre artificiel), où il circule d'un côté d'une membrane semi-perméable pendant que le dialysat (liquide de dialyse) circule de l'autre côté. Par diffusion, les déchets (urée, créatinine, potassium) et l'excès d'eau passent du sang vers le dialysat. Le sang purifié est ensuite restitué.
Une séance dure en moyenne 4 heures, à raison de 3 fois par semaine. Ce rythme reproduit moins de 15 % de la fonction d'un rein sain qui travaille 24h/24. Des séances plus longues ou plus fréquentes peuvent améliorer la qualité de vie et le pronostic selon le profil du patient. Source : Renaloo, rapport REIN 2022.
La fistule artério-veineuse (FAV) est la mise en communication chirurgicale d'une artère et d'une veine du bras, créant un vaisseau à haut débit pouvant être ponctionné à chaque séance. Elle est créée en général 3 à 6 mois avant le début prévu de la dialyse, pour laisser le temps de se développer (maturation).
Une attention particulière doit être portée dès le stade G3 à la préservation du capital veineux : éviter les prises de sang et les perfusions dans les veines du bras côté FAV, ne pas porter de bracelet serré, ne pas mesurer la pression artérielle (HTA) de ce côté. Source : HAS, guide ALD 19, 2021.
Quatre modalités coexistent : le centre d'hémodialyse (présence médicale continue, pour les patients les plus fragiles), l'unité de dialyse médicalisée ou UDM (présence infirmière avec astreinte médicale), l'autodialyse (le patient réalise lui-même sa dialyse dans une structure dédiée), et l'hémodialyse à domicile (le patient dialyse chez lui, après formation).
En 2022, 77 % des patients sont en dialyse non autonome (centre ou UDM), et seulement 1,5 % en hémodialyse à domicile. L'autonomie varie fortement selon les régions, de 2 % à 31 %. Source : Renaloo, rapport REIN 2022.
La dialyse péritonéale : filtration à domicile, en continu
La dialyse péritonéale (DP) représente 6 % des dialyses en France. Elle utilise la membrane naturelle du péritoine comme filtre, à l'intérieur même du corps, et permet une plus grande autonomie de vie.
Un liquide de dialyse (dialysat) est introduit dans la cavité abdominale via un cathéter implanté chirurgicalement. Le péritoine, membrane qui tapisse les organes abdominaux, joue le rôle de filtre semi-perméable : les déchets et l'excès d'eau du sang passent dans le dialysat par diffusion. Le dialysat chargé est ensuite drainé et remplacé par du dialysat frais.
En dialyse péritonéale continue ambulatoire (DPCA), 4 à 6 échanges manuels ont lieu pendant la journée. En dialyse péritonéale automatisée (DPA), un cycleur effectue les échanges automatiquement la nuit pendant le sommeil. Source : Ameli.fr ; Objectif Rein Santé.
La dialyse péritonéale offre une plus grande autonomie : elle se pratique à domicile, sans déplacement trois fois par semaine vers un centre. La filtration continue permet un régime alimentaire et hydrique généralement plus souple lorsque la fonction rénale résiduelle est préservée. Elle est souvent privilégiée dans l'attente d'une greffe rénale.
Ses contraintes principales : la présence permanente d'un cathéter abdominal, le risque de péritonite (infection du péritoine nécessitant une vigilance stricte d'hygiène), et la fatigue liée aux échanges. Elle est contre-indiquée en cas d'antécédents de chirurgie abdominale majeure ou de hernies récidivantes. Source : Objectif Rein Santé ; Ameli.fr.
Votre expérience peut aider
D'autres personnes concernées par la dialyse partagent leur vécu sur Hospitalidée. Comment ils ont appris à vivre avec les séances, ce qui les a aidés, ce qu'ils auraient voulu savoir avant. Si vous avez vous-même traversé cette expérience, votre témoignage peut faire une vraie différence pour ceux qui viennent après vous.
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Les deux modalités ont une efficacité équivalente sur la survie. Le choix dépend du mode de vie, des préférences du patient, de son état médical et de son souhait d'autonomie.
| Critère | Hémodialyse | Dialyse péritonéale |
|---|---|---|
| Lieu | Centre, UDM, autodialyse ou domicile | Domicile ou lieu de séjour |
| Fréquence | 3 fois/semaine, 4 h minimum | Échanges quotidiens (4-6/j) ou nuit avec cycleur |
| Accès | Fistule artério-veineuse (FAV) sur le bras | Cathéter abdominal permanent |
| Régime alimentaire | Restrictions : potassium, phosphore, eau | Plus souple si fonction rénale résiduelle présente |
| Déplacements | 3 allers-retours par semaine vers le centre | Aucun déplacement obligatoire |
| Principale vigilance | Hypotension en fin de séance, hyperkaliémie | Prévention de la péritonite (hygiène du cathéter) |
| Préférable si | Fragilité, besoin de surveillance médicale | Activité professionnelle, vie autonome, attente greffe |
La dialyse péritonéale est choisie par seulement 6 % des patients dialysés en France, alors qu'elle représente 20 à 30 % des dialyses dans des pays comme les Pays-Bas ou Hong Kong. Cette différence n'est pas médicale : elle reflète des habitudes de prescription et une information inégale des patients sur les options disponibles.
Source : Renaloo, rapport REIN 2022 ; comparaisons internationales ESRDSe préparer à la dialyse : les étapes en amont
Une préparation anticipée réduit les démarrages en urgence, améliore la survie et la qualité de vie. Elle commence bien avant que la dialyse soit réellement nécessaire.
Consultation de prédialyse
Dès le stade G4 (DFGe entre 15 et 29 ml/min/1,73 m²), une consultation dédiée présente toutes les options : hémodialyse en centre, en UDM, à domicile, dialyse péritonéale, greffe préemptive. L'objectif est un choix éclairé et anticipé, pas une décision sous contrainte.
Création de la fistule artério-veineuse
Si l'hémodialyse est envisagée, la FAV doit être créée 3 à 6 mois avant le début prévu. Elle nécessite une courte intervention chirurgicale sous anesthésie locale, suivie d'une période de maturation pendant laquelle la veine grossit pour devenir ponctionnable.
Inscription sur liste de greffe
La greffe rénale est le meilleur traitement de l'insuffisance rénale terminale (IRT). L'inscription sur la liste nationale d'attente peut et doit être envisagée avant le démarrage de la dialyse (greffe préemptive), sur recommandation du néphrologue.
Accompagnement psychosocial
La perspective de la dialyse est une épreuve psychologique. L'équipe de néphrologie peut orienter vers un soutien psychologique. Les associations France Rein et Renaloo proposent des échanges avec des patients dialysés, souvent plus parlants que n'importe quel discours médical.
Le soin conservateur : une option à part entière
Depuis 2023, la HAS intègre explicitement dans ses recommandations la possibilité d'une prise en charge sans dialyse ni greffe, notamment pour les patients très âgés, fragiles ou porteurs de lourdes comorbidités.
Le soin conservateur de l'insuffisance rénale terminale consiste à traiter les symptômes et les complications sans recourir à la dialyse. Il vise à maintenir la meilleure qualité de vie possible, en collaboration avec une équipe de soins palliatifs si nécessaire. Le patient continue à recevoir un suivi néphologique et des traitements des complications (anémie, surcharge hydrique, douleurs).
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Questions fréquentes
Oui, avec organisation. Les patients en hémodialyse peuvent être dialysés dans un centre partenaire à destination, en France ou à l'étranger, après organisation préalable (recherche d'un centre d'accueil, envoi du dossier médical). France Rein et des agences spécialisées peuvent aider à organiser des séjours adaptés. Les patients en dialyse péritonéale bénéficient d'une liberté plus grande, les poches de dialysat pouvant être livrées sur place. Source : France Rein.
La séance d'hémodialyse elle-même n'est pas douloureuse, hormis la piqûre des aiguilles lors du branchement sur la fistule. Certains patients ressentent des crampes ou une hypotension artérielle en fin de séance, liées à l'élimination trop rapide de l'eau accumulée. Ces effets s'améliorent souvent avec l'expérience et les ajustements du traitement. En dialyse péritonéale, les échanges sont généralement indolores une fois le cathéter en place et la technique maîtrisée. Source : Renaloo ; HAS.
Oui. Si les raisons médicales le permettent, un passage de l'hémodialyse vers la dialyse péritonéale (ou inversement) est possible. Il faut préparer l'accès correspondant, ce qui prend quelques semaines à quelques mois. Ce changement se décide avec le néphrologue et est pris en charge par l'Assurance maladie. La décision est guidée par l'état médical du patient et ses préférences de vie.
Cela dépend du type de dialyse, du rythme de travail et de la tolérance individuelle. En dialyse péritonéale automatisée (échanges la nuit), certains patients maintiennent une activité professionnelle à temps plein ou partiel. En hémodialyse classique, les séances peuvent parfois être aménagées en soirée ou tôt le matin dans certains centres. L'assistante sociale de l'unité de dialyse peut accompagner les démarches d'aménagement du poste de travail, en lien avec la médecine du travail. Source : Renaloo.
Sources et références
- Agence de la biomédecine , Rapport annuel REIN 2022, données épidémiologiques de la suppléance rénale en France, 2023. agence-biomedecine.fr
- HAS , Guide du parcours de soins, maladie rénale chronique de l'adulte, septembre 2023. has-sante.fr
- Renaloo , Analyse du rapport REIN 2022, dialyse en France, 2023. renaloo.com
- Ameli.fr , Dialyse rénale : hémodialyse et dialyse péritonéale, 2023. ameli.fr
- Objectif Rein Santé , La dialyse en pratique, information patients, 2023. objectifreinsante.org
Sélection éditoriale Hospitalidée , toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.