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Guide Néphrologie

Traitements et néphroprotection

Ralentir la progression de la maladie rénale, c'est possible et décisif

Les avancées thérapeutiques des dernières années ont profondément changé le pronostic de la maladie rénale chronique (MRC). Médicaments néphroprotecteurs, mesures hygiénodiététiques et suivi rigoureux peuvent retarder significativement le recours à la dialyse, parfois de plusieurs années.

📅 Mis à jour : avril 2026 ✍️ Équipe Hospitalidée 📚 HAS · KDIGO 2024 · SFNDT
« Les avancées majeures des dernières années permettent de proposer une néphroprotection efficace chez la majorité des patients, lorsque ces mesures sont prises suffisamment tôt. » Le Quotidien du Médecin, FMC et Recos, 2024, d'après les recommandations HAS 2023 et KDIGO 2024

La prise en charge de la MRC ne se résume pas à attendre la dialyse. Pour la grande majorité des patients, surtout ceux diagnostiqués tôt, un arsenal thérapeutique efficace existe : médicaments néphroprotecteurs, contrôle de la pression artérielle, adaptation alimentaire et prévention des complications. La contrainte du traitement au long cours est réelle , mais elle est aussi ce qui permet de tenir dans la durée sans mettre sa vie entre parenthèses.

Cette page détaille les traitements disponibles, leur logique, leurs bénéfices et les objectifs thérapeutiques à atteindre. Elle s'adresse à la fois aux personnes concernées et à leurs proches qui souhaitent comprendre la stratégie mise en place par l'équipe médicale.

Les objectifs de la prise en charge

La stratégie thérapeutique dans la MRC poursuit plusieurs buts complémentaires, qui s'adaptent au stade de la maladie et au profil de chaque patient.

< 130/80
mmHg : objectif tensionnel recommandé chez les patients MRC avec albuminurie significative
Source : HAS, guide MRC 2023 ; KDIGO 2021
0,8 g/kg/j
apport protidique recommandé par jour pour ralentir la progression, hors stade dialyse
Source : HAS 2023 ; France Rein
5 à 6 g
de sel par jour maximum : restriction sodée recommandée dans la MRC à tous les stades
≈ 1 cuillère à café rase. Un Français en consomme en moyenne 8 à 9 g/j. Source : HAS 2023
0,55 g/L
objectif LDL cible en cas d'insuffisance rénale chronique sévère (réduction LDL de 50 % minimum)
Source : RecoMédicales, d'après HAS/KDIGO 2023-2024
Le saviez-vous ?

Une étude récente projette que le traitement précoce par inhibiteurs du SGLT2 (gliflozines) peut retarder de 11 ans en moyenne le recours à la dialyse chez les patients MRC éligibles. Ce chiffre illustre concrètement ce que signifie « néphroprotection » pour la vie quotidienne d'un patient.

Source : modélisation INOVIE, citée dans Le Quotidien du Médecin, 2024

Les médicaments néphroprotecteurs de référence

Deux grandes classes médicamenteuses constituent la colonne vertébrale du traitement néphroprotecteur. Elles agissent en synergie et sont prescrites dans un ordre précis selon le stade et le contexte clinique.

1re intention
IEC et ARA2 , bloqueurs du système rénine-angiotensine-aldostérone
Les inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et les antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II (ARA2) sont les antihypertenseurs de première intention dans la MRC. Au-delà de leur effet tensionnel, ils réduisent la pression intraglomérulaire et la protéinurie. Ils sont indiqués dès qu'il existe une albuminurie significative (RAC supérieur à 30 mg/g), avec ou sans hypertension artérielle (HTA). Surveillance de la créatininémie et de la kaliémie obligatoire 2 à 4 semaines après initiation. L'association IEC et ARA2 est formellement contre-indiquée. Source : HAS, guide MRC 2023.
2e intention
Gliflozines (inhibiteurs du SGLT2) , l'avancée majeure de la décennie
Initialement développées comme antidiabétiques, les gliflozines (dapagliflozine, empagliflozine) ont démontré un puissant effet néphroprotecteur chez les patients diabétiques et non diabétiques. Elles sont recommandées en 2e intention dans la MRC, à introduire environ un mois après l'initiation d'un IEC ou ARA2. La dapagliflozine dispose d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) en néphroprotection depuis octobre 2022, indépendamment du diabète. Elles sont utilisables jusqu'à un DFGe supérieur à 20 ml/min/1,73 m². Source : SFNDT 2023 ; KDIGO 2024 ; AMM EMA 2022.
Diabète associé
Analogues du GLP-1 (sémaglutide, liraglutide)
Les analogues du GLP-1 ont démontré un effet néphroprotecteur chez les patients diabétiques atteints de MRC. L'étude FLOW (2024) a montré que le sémaglutide réduit les événements rénaux de 24 % et la mortalité cardiovasculaire de 29 % chez des patients diabétiques en MRC déjà traités par IEC ou ARA2. Recommandés par les guidelines KDIGO 2024 en cas de diabète de type 2 associé. Source : Perkovic V et al., NEJM 2024 ; La Revue du Praticien, 2026.
Diabète et MRC avancée
Finérénone , antagoniste non stéroïdien des minéralocorticoïdes
La finérénone (Kerendia) cible les effets délétères de l'aldostérone sur les reins (inflammation et fibrose). Recommandée par KDIGO 2024 chez les patients diabétiques de type 2 avec MRC et albuminurie, déjà traités par IEC ou ARA2 à dose maximale tolérée, si le DFGe est supérieur à 25 ml/min/1,73 m² et que la kaliémie est normale. Source : KDIGO 2024 ; RecoMédicales, 2024.
Attention aux médicaments contre-indiqués dans la MRC. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS, y compris l'ibuprofène en automédication) sont néphrotoxiques et doivent être évités à tous les stades. D'autres médicaments courants posent problème : aminosides, produits de contraste iodés, lithium, metformine à partir d'un certain stade. Toute prescription ou automédication doit être signalée au néphrologue ou au médecin traitant.

Les gliflozines en pratique : ce que le patient doit savoir

Les gliflozines représentent une avancée thérapeutique majeure dans la MRC. Voici ce qui les caractérise en pratique pour les patients qui en bénéficient.

Les gliflozines inhibent le cotransporteur SGLT2 présent dans le tube proximal du rein, réduisant la réabsorption du glucose et du sodium. Cela entraîne une baisse de la pression intraglomérulaire, ce qui protège le glomérule, l'unité de filtration du rein. Leur effet néphroprotecteur est additif à celui des IEC et ARA2. Concrètement, elles ralentissent la progression vers l'insuffisance rénale terminale et réduisent significativement le risque cardiovasculaire. Source : SFNDT, fiche pratique 2023.

Oui. Une baisse initiale transitoire du DFGe estimé peut être observée lors du démarrage d'une gliflozine. Ce phénomène est attendu, lié à la réduction de la pression intraglomérulaire, et ne doit pas conduire à interrompre le traitement. Il ne témoigne pas d'une dégradation de la fonction rénale mais d'un effet hémodynamique bénéfique à long terme. En revanche, une baisse supérieure à 30 % doit faire l'objet d'une discussion avec le médecin. Source : SFNDT, fiche pratique iSGLT2, 2023.

Les gliflozines doivent être suspendues dans plusieurs situations : 3 jours avant une chirurgie programmée (risque d'acidocétose euglycémique), en cas de jeûne prolongé, de sepsis sévère ou de déshydratation importante (vomissements, diarrhées sévères). En dehors de ces situations, elles peuvent être maintenues même à des DFGe bas (au-delà du seuil de 20 ml/min/1,73 m²), car leur bénéfice cardiovasculaire persiste. Source : SFNDT 2023 ; KDIGO 2024.

Alimentation et mode de vie : des leviers thérapeutiques à part entière

Les mesures hygiénodiététiques ne sont pas un complément optionnel : elles font partie intégrante du traitement. Elles s'adaptent au stade de la MRC et doivent être guidées par un diététicien spécialisé en néphrologie.

Paramètre Recommandation Pourquoi
Sel (sodium) Moins de 5 à 6 g/j Réduit la tension artérielle, limite la rétention hydrique et la surcharge rénale
Protéines 0,8 g/kg/j (hors dialyse) Réduit l'accumulation de déchets azotés et ralentit la progression vers la dialyse
Potassium Limiter aux stades 3B-5 Prévient l'hyperkaliémie, potentiellement grave (troubles du rythme cardiaque)
Phosphore Limiter aux stades 4-5 Prévient l'hyperphosphorémie et les complications vasculo-osseuses
Liquides Ni restriction ni excès forcé Contrairement aux idées reçues, boire beaucoup n'est pas utile ni recommandé hors dialyse
Tabac Arrêt recommandé Facteur de progression indépendant de la MRC et aggravation du risque cardiovasculaire
Le saviez-vous ?

L'activité physique modérée et régulière est recommandée dans la MRC à tous les stades , y compris chez les patients dialysés. Elle améliore le contrôle tensionnel, la tolérance à l'effort et réduit la mortalité cardiovasculaire, sans aggraver la fonction rénale.

Source : HAS, guide parcours de soins MRC, 2023

Traitement des complications de la MRC

Au fur et à mesure de la progression de la maladie, des complications spécifiques apparaissent. Chacune fait l'objet d'un traitement ciblé, en lien avec le néphrologue.

L'anémie de la MRC résulte principalement d'un déficit de production d'érythropoïétine (EPO) par le rein malade. Avant tout traitement par agents stimulants de l'érythropoïèse (ASE), une carence en fer doit être recherchée et corrigée. L'objectif d'hémoglobine est entre 10 et 12 g/dl. Les guidelines KDIGO 2024 recommandent le traitement par fer si la saturation de la transferrine est inférieure à 30 % et la ferritine inférieure à 500 ng/ml. Source : KDIGO 2024.

Aux stades avancés, la baisse de l'activation rénale de la vitamine D et l'augmentation du phosphore sanguin perturbent le métabolisme phosphocalcique, stimulent les glandes parathyroïdes (hyperparathyroïdisme secondaire), fragilisent les os et provoquent des calcifications vasculaires. La prise en charge comprend la restriction alimentaire en phosphore, des chélateurs du phosphore (pris au cours des repas) et une supplémentation en vitamine D active. Source : HAS, guide MRC 2023.

Le rein malade perd progressivement sa capacité à éliminer les acides produits par le métabolisme. L'acidose métabolique qui s'ensuit aggrave la fonte musculaire, accélère la progression de la MRC et fragilise les os. La cible est une réserve alcaline (bicarbonates) entre 23 et 27 mmol/L. Le traitement associe une alimentation alcalinisante (légumes, fruits) et, si nécessaire, une supplémentation orale en bicarbonate de sodium (3 à 6 g par jour). Source : RecoMédicales, d'après HAS 2023.

Le suivi biologique : ce qui est surveillé et pourquoi

La MRC nécessite un suivi biologique régulier dont la fréquence s'adapte au stade. Comprendre ces analyses aide à suivre l'évolution et à repérer les signes d'alerte.

Examen Ce qu'il mesure Fréquence indicative
Créatininémie et DFGe Fonction rénale globale, vitesse de progression Tous les 6 à 12 mois (stades 1-3), tous les 3 mois (stades 4-5)
Ratio albuminurie/créatininurie (RAC) Atteinte glomérulaire, risque de progression Annuel (stades 1-3), tous les 3 à 6 mois (stades 3B-5)
Kaliémie Risque d'hyperkaliémie (IEC, ARA2, stades avancés) Contrôle après initiation du traitement, puis régulier
Hémoglobine Dépistage et suivi de l'anémie Annuel (stades 1-3), tous les 3 à 6 mois (stades 4-5)
Calcium, phosphore, PTH Métabolisme phosphocalcique À partir du stade 3B, fréquence selon résultats
Bicarbonates (réserve alcaline) Acidose métabolique Inclus dans le bilan ionique standard

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Questions fréquentes

Une légère hausse de la créatininémie (moins de 20 à 30 %) après l'initiation d'un IEC, d'un ARA2 ou d'une gliflozine est attendue et considérée comme acceptable. Elle traduit une réduction de la pression intraglomérulaire, ce qui est précisément le mécanisme protecteur visé. En l'absence de symptômes et si la hausse reste dans ces limites, le traitement est généralement maintenu. Une hausse supérieure à 30 % doit faire contacter le médecin. Source : HAS, guide MRC 2023.

La dapagliflozine (Forxiga) dispose depuis octobre 2022 d'une AMM dans la MRC indépendamment du diabète. Les conditions de remboursement par l'Assurance maladie évoluent régulièrement et peuvent différer des conditions de l'AMM. Il est recommandé de se renseigner auprès de son néphrologue ou de son pharmacien pour connaître la situation à jour. Des restrictions de remboursement peuvent exister selon le DFGe et la présence ou non d'albuminurie. Source : RecoMédicales, 2024.

Non. Aux stades 1 et 2, les recommandations diététiques restent proches de celles de la population générale : limiter le sel à 5-6 g par jour, ne pas dépasser un apport protidique excessif, avoir une alimentation équilibrée. Les restrictions plus strictes (potassium, phosphore) ne s'appliquent qu'à partir des stades 3B-4, sur prescription d'un diététicien spécialisé. Une restriction trop précoce et non encadrée peut exposer à un risque de dénutrition. Source : France Rein ; VIDAL Recos.

Sources et références

  • HAS , Guide du parcours de soins, maladie rénale chronique de l'adulte, septembre 2023. has-sante.fr
  • KDIGO , Clinical Practice Guideline for CKD, 2024. kdigo.org
  • SFNDT , Fiche pratique sur les inhibiteurs du SGLT2 en néphrologie, 2023. sfndt.org
  • Perkovic V et al. , Semaglutide in patients with type 2 diabetes and chronic kidney disease (étude FLOW), NEJM, 2024. nejm.org
  • France Rein , Recommandations diététiques pour les patients insuffisants rénaux. francerein.org
  • RecoMédicales , Insuffisance rénale chronique, recommandations 2024. recomedicales.fr

Sélection éditoriale Hospitalidée , toutes les sources citées dans ce guide sont accessibles librement en ligne.

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